L’embargo est une vraie tragédie

Burundi: Une guerre larvée qui fait chaque jour dix à vingt victimes civiles

Rome, 2 Avril 1998 (APIC) Une «guerre rampante» continue de provoquer quotidiennement au Burundi le massacre de dix à vingt civils, déplore le Père Paolo Cereda, de la Caritas italienne. «Les extrémistes des différents camps ont peut-être appris la leçon rwandaise. C’est pour cela que la violence est contenue en-deça du seuil de tolérance pour ne pas déclencher un «effet CNN», c’est-à-dire l’arrivée des caméras de télévision.»

Responsable du programme de la Caritas italienne pour la région des Grands Lacs, le P. Cereda a commenté sur Radio Vatican le rapport de la mission que la Caritas italienne a effectuée au Burundi en août 1997. La mission était chargée d’enquêter sur les conséquences pour la population de l’embargo imposé au Burundi, ainsi que sur la violence qui frappe toujours le pays.

Le P. Cereda dénonce le silence qui couvre la violence quotidienne qui sévit dans tout le pays, faisant de nombreuses victimes, surtout parmi les plus jeunes. «Les extrémistes des différents camps ont peut-être appris la leçon rwandaise, explique-t-il, et c’est pour cela que la violence est contenue en-deça du seuil de tolérance pour ne pas déclencher un «effet CNN», c’est-à-dire l’arrivée des caméras de télévision.» Il dénonce le cercle vicieux des attaques, contre-attaques et représailles entre l’armée et la guérilla, «qui provoque chaque jour la mort de 10, 15 ou 20 civils». «Les parties en cause font la guerre sans épargner la population civile. C’est un état de fait très grave.»

Quant aux effets de l’embargo imposé au pays par ses voisins à la suite du coup d’Etat qui a porté au pouvoir le major Buyoya en juillet 1996, les conclusions du rapport sont claires: «Au lieu de provoquer la crise du régime, les sanctions frappent la population civile.» La population est d’origine paysanne à 85% et c’est l’agriculture, qui représente 43% du produit intérieur brut, PIB), qui pâtit de la situation. Quant au secteur industriel, la paralysie est presque totale, et le chômage est en forte augmentation, tandis que les dépenses publiques sont essentiellement consacrées à l’armée.

Mais c’est surtout l’effet sanitaire de l’embargo est «une vraie tragédie». Le pays dispose d’un médecin pour 75’000 habitants, 13 hôpitaux fonctionnent actuellement sans médicaments, et 3 sont gérés par l’armée. La Caritas estime que les secours viennent pour 90% de l’aide humanitaire et pour 10% seulement du gouvernement. Et le sida frappe 6% de la population rurale et 20% de celle des villes. (apic/imed/cip/mp)

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