Jubilé: Une amnistie pour les théologiens dissidents ?
Rome, 2 avril 1998 (APIC) Une conférence prononcée à Rome le 24 mars par le cardinal Angelo Sodano, Secrétaire d’Etat du Vatican, dans le cadre de rencontres programmées par le Vicariat de Rome pour accompagner la «mission dans la ville» à l’occasion du Jubilé, n’est pas passée inaperçue en Italie. Elle a même fait sensation jusqu’aux Etats-Unis. Le numéro deux de l’Eglise catholique a en effet largement cité le théologien suisse dissident, Hans Küng. Un signe d’espoir, a commenté ce dernier. Un signe qui annonce une amnistie des catholiques dissidents à l’occasion du Jubilé, estime le journal londonien «The Times».
Le théologien lucernois Hans Küng, âgé aujourd’hui de 70 ans, a été interdit d’enseignement par Rome en 1979. Il attend toutefois une réhabilitation, que réclame avec lui la Faculté de théologie de Tübingen (Allemagne), où il a enseigné durant 36 ans, jusqu’à sa retraite en janvier 1996. Il est l’un des critiques les plus sévères et les plus constants de Jean Paul II, qu’il accuse d’exercer «un pouvoir rigide et despotique dans l’esprit de l’Inquisition».
Dans sa conférence, le cardinal Sodano avait reconnu que l’Eglise est appelée à se réformer sans cesse pour porter encore «de nombreux fruits de sainteté». Il avait donné quatre règles, tirées du livre «Vraie et fausse réforme dans l’Eglise» du cardinal dominicain Yves Congar : «celui qui aime l’Eglise ne cherche pas à en faire une autre, mais à la rendre toujours plus belle et resplendissante aux yeux des hommes»; la communion avec les pasteurs, «garants de l’unité» dans l’Eglise, qui laisse «une grande place à l’initiative individuelle»; la patience : la parabole du bon grain et de l’ivraie montre que les réformateurs deviennent schismatiques pour n’avoir pas su attendre la maturation de la pâte humaine et invite «à ne pas anticiper l’avenir par une recherche impatiente, typique des puristes» ; enfin, «un véritable renouveau de l’Eglise est le retour au principe de la tradition».
Pour conclure, le cardinal avait lancé deux «messages». Aux hommes de bonne volonté, il demandait de prendre le temps d’examiner l’Eglise «sous tous ses angles» avant de la juger. Et de citer Hans Küng, à la surprise de tous les journaux italiens, qui en ont fait leurs titres, quand il décrit le christianisme comme un grand «fleuve de bonté, de miséricorde, de disponibilité à l’entraide, à la solidarité, qui, à partir de la source, l’Evangile, court à travers l’histoire».
«Un signe d’espoir pour l’Eglise»
Interrogé par l’hebdomadaire américain «The National Catholic Reporter», Hans Küng dit avoir reçu la conférence du cardinal Sodano comme «un signe d’espoir pour l’Eglise», un indice qu’un renouveau se profile à l’horizon, que l’on se dirige «vers une papauté orthodoxe sans excommunier et réduire les théologiens au silence».
«The Times» (Londres) retient que le cardinal Sodano a laissé entendre qu’une amnistie pour les catholiques dissidents pourrait s’inscrire dans les célébrations du millénaire dans l’Eglise.
La déclaration du cardinal Secrétaire d’Etat, qui a dit avoir trouvé dans les écrits de Hans Küng «de belles pages consacrées au mystère chrétien» a évidemment surpris le théologien. «Comme vous le savez, je n’ai jamais reçu beaucoup de marques d’estime de la part du Vatican. Je pense que cela annonce du nouveau […], de prochains changements dans le climat général de l’Eglise», a-t-il réagi. Et d’ajouter : «Tout changement qui se fonde sur Vatican II et sur l’ouverture de l’Eglise au monde a des conséquences immédiates pour moi-même, car j’ai toujours suivi la ligne de Vatican II».
Autre réaction, celle du Père Thomas Reese, jésuite, professeur à l’Institut de Woodstock et auteur du livre «A l’intérieur du Vatican : la politique et l’organisation de l’Eglise catholique». Pour lui, l’intervention du cardinal Sodano pourrait être interprétée comme «une tentative du Vatican de parvenir à la réconciliation avec la communauté théologique», même sous le pontificat actuel. (apic/cip/pr)
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