Mexique: Vives critiques du porte-parole de la Conférence des évêques contre Mgr Ruiz
Mexico, 10 avril 1998 (APIC) Après le gouvernement de Mexico, qui a critiqué début avril la médiation menée au Chiapas par Mgr Samuel Ruiz, évêque de San Cristobal de las Casas. c’est au tour du porte-parole des évêques mexicains de prendre ses distances. «Personne n’a invité les évêques à être médiateurs dans le conflit», déclare-t-il dans une interview accordée au quotidien catholique français «La Croix». Le porte-parole de la Conférence des évêques met de plus en cause la neutralité de la CONAI, créée et présidée par Mgr Ruiz.
Il y a une dizaine de jours, le gouvernement mexicain menaçait d’écarter la Commission indépendante de médiation CONAI des négociations avec les rebelles de l’armée zapatiste de libération nationale (EZLN), l’accusant de sympathiser avec les zapatistes. Le président Zedillo a par ailleurs pris l’initiative d’élargir à tous les Indiens du Mexique les accords sur les droits des Indiens du Chiapas signés à San Andrès il y a deux ans avec la guérilla zapatiste.
Une initiative que salue Mgr Onesimo Cepeda, évêque d’Ecatepec et porte-parole de la Conférence épiscopale mexicaine: «C’est un premier pas vers la paix au Chiapas, dit-il, et il aurait été absurde de proposer au Congrès une initiative de loi qui ne concerne que cette région. Dans la zone en conflit, il y a 150’000 Indiens. Or, sur l’ensemble du territoire mexicain, ils sont plus de 10 millions. Il faut que tous les Mexicains se parlent sans mensonge et se débarrassent des idéologies de droite ou de gauche qui abondent ici».
Le porte-parole de l’épiscopat juge «très respectable» le travail de Mgr Ruiz comme pasteur et comme évêque, car «cela fait plus de 38 ans qu’il donne sa vie pour les Indiens et la Conférence épiscopale reconnaît son travail». Il n’en va pas de même pour sa prestation comme président de la CONAI : «Plusieurs évêques ont demandé sa démission. La CONAI est une instance civile qui a pour fonction d’être médiatrice pour parvenir à la paix. Ce que l’on demande à ce type d’organisme, c’est d’être neutre. Or, on a pu voir, à partir de documents publiés, que la CONAI s’était peu à peu transformée en juge et partie. Le nonce apostolique, Mgr Mullor, a déclaré que cela n’était pas acceptable».
Droit des Indiens bafoués: silence
Mgr Ruiz n’est-il pas le berger menant son troupeau pour le conduire sur le chemin qui lui paraît le plus juste ? «L’Evangile dit que le berger doit guider son troupeau sur le chemin de Jésus-Christ, et je n’ai jamais entendu dire que ce chemin, pour les Indiens, soit celui de la lutte des classes», répond Mgr Cepeda. Au Chiapas, dit-il, sans même évoquer les droits des Indiens quotidiennement bafoués et les massacres des forces armées, il faut s’atteler à rétablir la justice et la dignité pour tous, respecter les traditions des populations sans recourir à la violence ni enfreindre la Constitution.
Selon le porte-parole des évêques, l’Eglise joue un rôle important au Chiapas. «Mgr Arizmandi et Mgr Aguirre, les deux autres évêques du Chiapas, font un travail extraordinaire, mais personne n’a invité les évêques du Mexique à être médiateurs», déclare-t-il. En revanche, la Conférence épiscopale est disposée à appuyer Mgr Ruiz au moyen d’actions concrètes. C’est ainsi que pendant la Semaine Sainte, plus de 17 diocèses ont participé à des missions pour la paix et la réconciliation au Chiapas, pour lesquelles un grand nombre d’évangélisateurs – laïcs, prêtres, missionnaires – ont été mobilisés.
La CONAI a récemment accusé le gouvernement de vider de leur substance les Accords de San Andrès et dénoncé la militarisation croissante des régions d’influence de la guérilla. Le 1er avril, une soixantaine d’organisations mexicaines ont de leur côté invité la Commission des droits de l’homme de l’ONU à Genève de nommer un rapporteur spécial en raison des graves violations des droits de l’homme au Mexique, et en particulier au Chiapas. (apic/cip/cx/pr)
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