APIC – Reportage
Valais: Montée vers Pâques avec la Fraternité Eucharistein à Epinassey
«Dieu a mis son corps entre nos mains»
Maurice Page, Agence APIC
Epinassey, 14 avril 1998 (APIC) «Dieu a mis son corps entre nos mains». Un spot de lumière concentre toute l’attention sur un grand crucifix de style roman. La chapelle de la maison «Bethléem», à Epinassey, aux portes de St-Maurice, vit à l’heure de la passion du Christ en ce Vendredi-Saint. Lentement, chacun s’avance et s’agenouille pour baiser les plaies du crucifié. Geste fort comme on embrasserait un ami malade. «Voici l’arbre de vie où le cœur de l’homme est guéri, voici le bois de la croix qui apporte au monde la joie». Nous sommes au cœur de la montée vers Pâques.
Retour à la grande salle au premier étage de la maison dont la rénovation est à peine achevée. Bois brut, dallage de pierre, baies vitrées donnant sur le verger, le lieu respire la simplicité et l’authenticité. Jean a rempli de bûches le fourneau en pierre ollaire dont la chaleur rayonne doucement. Au deuxième jour de leur montée vers Pâques, la trentaine de participants, filles et garçons assis en cercle sur des bancs en planches, médite sur la passion et la mort de Jésus au calvaire. «Jésus sur la croix, c’est pas du cinéma». Avec des mots simples, Nicolas Buttet, responsable de la maisonnée, commente le récit évangélique. Il raconte l’histoire de cette fille sauvée in extremis après s’être jetée dans le Rhône, aujourd’hui étudiante en médecine. «Jésus est venu nous chercher dans nos souffrances, il est là avec nous.»
Sans grosse publicité
Pour cette première montée vers Pâques, les neuf membres de la Fraternité Eucharistein, hommes et femmes, qui ont emménagé dans la vieille bâtisse l’été dernier, n’ont pas fait de grosse publicité, histoire de ne pas concurrencer les nombreuses autres initiatives du même genre. Ils ont par contre volontiers cédé leur lit dans les étroites cellules boisées du grenier pour accueillir les amis et les amis des amis. Ambiance familiale, porte ouverte à tous, fille de l’école secondaire, lycéen de St-Maurice, jeune cadre, infirmière mais aussi paumés, drogués. L’idée de départ n’était pas de faire de ce lieu une maison d’accueil, assure Nicolas, mais comme beaucoup de gens sont venus frapper à la porte… Certains restent quelques jours, d’autres quelques mois, la plupart reviennent régulièrement tel Dominique employé dans une maison d’assurances à Fribourg qui vient se ressourcer un jour par semaine.
«Dans un monde où il faut se battre, être compétitif, être le meilleur sinon tu es nul, tu n’es rien, nous sommes là pour redire l’amour gratuit, total, de Dieu pour chacun. La croix n’est pas efficace, elle est féconde.» Notre message principal pour ses quatre jours de montée vers Pâques? «Faire comprendre que la vie chrétienne n’est pas une théorie ou un ensemble de pratiques, mais quelqu’un à rencontrer Jésus vivant. Nous cherchons à offrir la possibilité de cette rencontre personnelle. Toute la nuit du jeudi au vendredi six à huit jeunes se sont relayés pour l’adoration de Jésus dans l’Eucharistie.»
Autour des tables en bois, après une bonne partie de cartes ou d’échecs, Valérie et Nathalie s’échinent un peu à rédiger des intentions de prière. Pas facile de trouver les mots même si les thèmes sont donnés : l’Eglise, les prêtres, la famille, les malades. Les volontaires pour lire la passion ne se pressent pas au portillon. Côté chants et musique l’ambiance est plus vive autour du piano, des guitares, et du violon. Ce n’est parce que c’est le Vendredi-Saint qu’il faut être sinistre ou compassé. Aux chants religieux s’enchaînent quelques airs plus à la mode.
Vendredi-Saint, jour de jeûne et d’abstinence: soupe en sachet, pain et fromage, pris dans la grande cuisine-réfectoire aux murs de pierre, feront l’ordinaire du jour. «Que notre cœœur ait faim de Dieu, comme notre corps a faim de la table.» Dehors la pluie continue à tomber.
La Fraternité Eucharistein
Ermite à Notre Dame du Scex, dans le rocher au-dessus de l’abbaye de St-Maurice, Nicolas Buttet ne songeait pas à devenir fondateur de communauté. Des jeunes sont venus le trouver avec une idée simple: «Nous voulons faire autre chose de nos samedis que de les passer en boîte ou dans les fêtes». Tous les quinze jours quelques-uns uns se retrouvent à Notre-Dame du Scex pour prier, partager et se former. Au fil des rencontres, le petit noyau de départ découvre de plus en plus de personnes désireuses de faire un cheminement plus approfondi. Trois d’entre eux décident alors de se consacrer à l’accompagnement spirituel et quittent leur travail. «Au départ j’ai été moi-même débordé, et même énervé. Puis j’ai compris que c’était ce que Dieu voulait», avoue volontiers Nicolas Buttet.
«Il nous falllait cependant un signe. Ce fut le don d’une maison, ou plutôt d’une ruine, à Epinasey, sur les hauts de St-Maurice. Qu’à cela ne tienne, l’équipe d’intellectuels se met au travail, démolition, terrassement, charpente, béton, menuiserie. Reconnue d’utilité publique, l’association peut bénéficer de l’aide de chômeurs en programme d’occupation. A mi 1997, la petite communauté formée de neuf personnes peut emménager, dans des conditions précaires. Aujourd’hui le plus gros est achevé. «Nous avons voulu quelque chose de très simple où chacun puisse débarquer.» La maison s’appelle «Bethléem» parce que la chapelle a été creusée dans l’ancienne étable. Quant aux rencontres du samedi, elles se poursuivent tous les quinze jours avec régulièrement 50,80, voire 100 personnes venues de près et de loin.
Le chemin de la rencontre
Au fond du pré, à un jet de pierre de la maison, au pied de la forêt un gros rocher affleure. Pelle et pioche en mains, revêtus de salopettes et de cirés, les garçons les plus costauds creusent un trou. C’est-là qu’ils planteront la croix qu’ils ont déjà fabriquée avec deux grosses poutres de démolition. Le chemin de Croix racontera avec leurs mots et leurs expériences à eux les rencontres de Jésus durant sa passion le baiser du traître Judas, le regard sur Pierre qui le renie, les pleurs de Marie et des femmes de Jérusalem, la confiance du Bon Larron. Des rencontres qui se répètent aujourd’hui. «Ressentir le poids de la croix sur ses épaules, m’a compris de mieux comprendre l’amour de Jésus», explique David.
Le Samedi-Saint se partage entre la réconciliation et la grande veillée pascale. Pour ne pas rester entre soi dans la joie de Pâques, le groupe monte jusqu’à Venthône, au-dessus de Sierre où la célébration est partagée avec la communauté charismatique des Béatitudes. Après le feu dans la nuit et la tempête, tous revivent à travers les récits de la Bible la longue marche de l’humanité de la création à la résurrection du Christ, de la nuit du tombeau à la joie de Pâques. (apic/mp)
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