Belgique: Affaire du prêtre pédophile condamné
Bruxelles, 16 avril 1998 (APIC) Le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, et Mgr Paul Lanneau, évêque auxiliaire dans la capitale, ont interjeté appel, le 10 avril, contre le jugement rendu la veille par le Tribunal correctionnel de Bruxelles. Même s’ils n’ont pas été poursuivis sur le plan pénal, les deux évêques ont été jugés civilement responsables des abus sexuels commis sur des mineurs par un de leur prêtre, l’abbé André Vanderlyn, ancien curé de la paroisse de Jésus Travailleur. Le verdict a provoqué de nombreuses réactions en Belgique.
Pour le quotidien bruxellois «Le Soir», «même s’il n’est pas dirigé contre elle, ce jugement reste comme une sanction vis-à-vis de l’attitude de l’Eglise – restée trop passive et atteinte de surdité – face au problème de la pédophilie. L’élément nouveau est d’avoir pour la première fois engagé la responsabilité de hauts dignitaires de l’Eglise, ouvrant ainsi la porte à l’engagement de la responsabilité des autres hiérarchies».
L’article relève la portée générale du jugement: " Au-delà de la responsabilité d’une institution, fut-elle l’Eglise, ce jugement s’inscrit dans une époque riche de trop d’exemples de fuite ou de dilution des responsabilités, exemples trop clairement illustrés notamment dans les récentes enquêtes parlementaires sur le Génocide au Rwanda ou les dossiers liés à l’affaire Dutroux. Dans ce malaise d’époque, il sonne peut-être le réveil du sens des responsabilités. Il exprime un profond changement de mentalité chez les magistrats dans leur appréciation de la responsabilité civile d’une hiérarchie. Qu’elle soit religieuse, politique, judiciaire ou policière. Qu’elle se situe au niveau des enseignants, des éducateurs de mouvements de jeunesse».
Pour le Professeur de droit canonique Rik Torfs, «la nouveauté du jugement rendu à Bruxelles est que le tribunal applique à quelque 1’200 prêtres du pays la relation qui préévaut entre employeurs et employés dans le monde du travail». Un autre élément réside dans l’évolution des relations entre l’Eglise et l’Etat. Rik Torfs estime que désormais «les autorités hiérarchiques vont devoir exercer un contrôle interne plus strict, du fait que dorénavant, elles seront tenues pour civilement responsables des fautes de leurs subordonnés, les prêtres».
Les enfants d’abord
Le commentateur de «La Libre Belgique» souligne pour sa part le manque de réactions de la hiérarchie: «Dans l’affaire qui vient d’être jugée, il faut de son côté admettre que l’Eglise et certains de ses responsables ont manqué de réactions et ont eu tendance à minimiser les faits reprochés à l’abbé. Il s’agissait de témoignages directs basés sur des faits avérés et surtout d’une plainte adressée et répétée par le délégué général aux droits de l’enfant. La préoccupation première n’est pas précisément l’Eglise, mais la cause des enfants, des plus faibles, des victimes».
Le jugement qui impute aux évêqus la responsabilité civile des abus commis par un prêtre étonne quand même «La libre Belgique»: «Si ce jugement devait être confirmé, l’Eglise, mais aussi toutes les institutions, voire les employeurs, seraient rendues responsables des actes délictueux commis par leurs membres»:
«M’importe avant tout l’enfance bafouée, blessée, déchirée. La condamnation du curé bruxellois libère le passé, permet aux enfants victimes de l’assumer» écrit de son côté l’éditorialiste de «Vers l’Avenir». Il souligne aussi qu’une institution se grandit lorsqu’elle sait faire le ménage en son sein.
La fin d’une époque
Le journal catholique flamand «De Standaard» salue quant à lui la fin d’une époque: «Tout indique que l’Eglise peut s’attendre à un contrôle beaucoup plus strict. L’époque est définitivement révolue où elle pouvait couvrir du manteau de l’amour les inculpations pour abus sexuels et autres méfaits criants. Le plus souvent, c’est une expression déplacée de la charité qui servait d’éteignoir».
Auteur d’un projet de réforme du Code pénal, le professeur Michel Franchimont n’a pas caché sa surprise au journal «Le Soir»: «Pour être civilement responsable, il faut un lien de subordination. Ce lien existe-t-il dans l’Eglise en dehors du fait que l’évêque a un droit de regard sur ses prêtres? Finalement, on risquerait de considérer que le professeur d’université est civilement responsable de son assistant ou de son stagiaire». (apic/cip/ab)
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