Asie: 250 évêques réunis à Rome dès dimanche pour l’ouverture de l’Assemblée spéciale

APIC – Dossier

Un Synode pas comme les autres

Rome, 17 avril 1998 (APIC) L’Assemblée spéciale pour l’Asie du Synode des évêques s’ouvrira dimanche 19 avril à Rome. 250 évêques d’Asie participeront aux travaux, qui se poursuivront durant un mois, jusqu’au 14 mai. Un synode pas comme les autres qui, de l’avis des observateurs, pourrait réserver bien des surprises. Le Synode des évêques a été institué dans la foulée du Concile Vatican II, qui a redonné vigueur aux notions de collège épiscopal et de gouvernement collégial.

L`Assemblée pour l’Asie a pour thème: «Jésus-Christ le Sauveur et sa mission d’amour et de service pour l’Asie, pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance». Ses trois présidents délégués, désignés par le pape, sont les cardinaux Tomko, préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des peuples, Kim (Corée) et Darmaatmadja (Indonésie). Le cardinal Shan Kou-hsi (Taiwan) sera rapporteur général, Mgr Menamparampil (Inde) secrétaire spécial, Mgr Cruz (Philippines), secrétaire général de la Fédération des Conférences épiscopales d’Asie, et Mgr Lobo (Pakistan) respectivement président et vice-président de la Commission pour le Message; Mgr Fernando (Sri Lanka) et Mgr Bustros (Liban), respectivement président et vice-président de la Commission pour l’information. C’est la première fois que les évêques asiatiques de rite latin se retrouveront avec les évêques asiatiques du Moyen-Orient pour un dialogue organisé et très large.

Une Eglise minoritaire

Les chiffres parlent d’eux-mêmes: alors que près des trois quarts de la population mondiale vit en Asie, 2,7 % de sa population est catholique. Grâce, en particulier, aux Philippines (60 millions de catholiques, à l’Inde (16 millions), au Vietnam (6 millions), à l’Indonésie (5 millions) et à la Corée du Sud (3,5 millions).

La grande énigme – ce sera l’une des questions essentielles du Synode – reste la Chine, où l’Eglise estime pouvoir compter 10 millions de fidèles, mais divisés entre une Eglise patriotique, officielle et contrôlée par le gouvernement, et une Eglise clandestine, unie à Rome et persécutée. La veille de la rencontre, on ne sait toujours pas à Rome, si un représentant des catholiques de Chine pourra participer aux travaux. Au Vatican, on espère «une bonne surprise», mais les informations publiées le 17 avril par l’agence Fides (Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples), faisant état de l’arrestation, le dimanche des rameaux, de deux prêtres chinois de l’Eglise clandestine, n’incitent guère à l’optimisme.

Une mise au point, mais pas de confrontation

Chaque Synode ramène les mêmes interrogations: l’institution synodale, créée pour décentraliser, n’est-elle pas trop «romanisée» ? Le document de travail mis au point à Rome favorise-t-il vraiment le jeu de la participation ? Le Synode n’est-il pas acculé à approuver ce qui a été décidé préalablement dans les hautes sphères de la Curie ? Quelle place pour les voix «plurielles» ? Des responsables religieux pensent que le P. Balasuriya, dont la mesure d’excommunication (janvier 1997) a été levée au début de cette année, avait été condamné «pour l’exemple», afin que le futur Synode pour l’Asie ne soulève pas trop de problèmes qui font peur à Rome.

Les «vaticanistes» y ajouteront leurs griefs sur la politique d’information et la méthodologie des travaux synodaux: les journalistes ne peuvent assister aux sessions, ils ne reçoivent même pas les textes originaux des interventions, mais des résumés d’interventions «faits maison» qui ne leur permettent pas d’apprécier les convergences et les divergences qui ressortent des débats.

Les spécialistes de l’Asie perçoivent néanmoins des signes étonnants. Cette Assemblée pourrait réserver des surprises et marquer une étape décisive dans l’histoire des Synodes. C’est l’avis de Tom Fox, journaliste au «National Catholic Reporter» (Etats-Unis), qui a non seulement couvert plusieurs Synodes et Conclaves, mais qui passe aussi pour un bon connaisseur de l’Asie – il est titulaire d’une maîtrise en études asiatiques de l’Université de Yale. Les conclusions du Synode ne seront pas approuvées sans discussion, souligne-t-il dans un récent éditorial, et des problèmes sérieux comme la collégialité et la nature même de l’Eglise, qui n’ont pas été résolus depuis Vatican II, pourraient faire l’objet d’une «mise au point pointue et peut-être controversée».

Il est cependant improbable que les sensibilités différentes sur des thèmes majeurs donnent lieu à une confrontation publique. Ce n’est pas la «voie asiatique», relève Tom Fox. Il est plus vraisemblable que les évêques d’Asie vont s’expliquer avec une infinie patience, écouter avec une grande attention et rentrer chez eux pour agir comme ils estiment devoir le faire.

Jésus était asiatique !

De l’avis général, on ne peut parler d’ailleurs de l’Eglise d’Asie comme d’un bloc homogène. Les quelque 60 pays qui seront représentés au Synode forment bien un continent, mais leurs histoires, leurs contextes et leurs besoins sont très variés. Avec néanmoins des préoccupations communes, à commencer par des difficultés économiques grandissantes – les évêques d’Asie le répètent souvent: leurs Eglises sont pauvres ! , un fossé grandissant entre les riches et les pauvres alors que l’économie de consommation s’empare du continent. Autre point commun: l’orgueil asiatique. Ils sont fiers de rappeler que Jésus était un Asiatique. Ils sont fiers de dire que les grandes religions sont toutes nées en Asie, que l’empreinte de Dieu peut être trouvée dans toutes ces religions, et qu’après tout les catholiques asiatiques revendiquent leurs ancêtres, leurs familles, leurs amis qui sont bouddhistes, hindous ou musulmans. Pour eux, chercher la vérité religieuse en Asie, c’est nécessairement être en dialogue avec les autres religions.

Typique aussi de l’Asie: l’art de rechercher toujours l’harmonie et d’éviter la confrontation. Si l’Occidental aime les distinctions abstraites, l’Oriental privilégie les relations personnelles, le concret «ici et maintenant»: rien de plus étranger à un Asiatique que la pensée scolastique. Et ils demandent que l’on respecte leur sens de l’Eglise, de la théologie, de la liturgie, qui doivent grandir et s’enraciner sur des sols asiatiques, de leurs expériences et de leurs contextes asiatiques. Ils veulent vivre un catholicisme humble, respectueux, en dialogue, dans une Eglise servante, et prêcher le message chrétien par l’exemple.

Une religion d’importation

Ces préoccupations, on les retrouve dans le document de travail du Synode, publié en février dernier. Ce texte de 73 pages, fruit de la consultation organisée par Rome sur la base d’un document de préparatoire, dresse une série de constats plus qu’il n’apporte de réponses. Les épiscopats d’Asie ont réagi au questionnaire soumis par Rome avec une franchise étonnante. L’épiscopat japonais a même préféré renoncer au document préparatoire pour proposer un texte de son cru. «En lisant le questionnaire romain, expliquait-il, on a la sensation d’être en train d’écouter la voix d’un bureau central qui demande des comptes à ses succursales. Mais un Synode de l’Eglise n’est pas une évaluation d’entreprise».

Le document de travail du Synode s’inscrit résolument dans la perspective de l’évangélisation, avec une attention sans précédent à la question de l’inculturation. «La foi chrétienne est souvent perçue comme quelque chose qui a été importée en Asie de l’extérieur. C’est pourquoi certains n’acceptent pas le christianisme, craignant de perdre leur identité et leur culture nationales», peut-on lire.

Parmi les constats, le fait que l’Asie, qui représente les trois quarts de la population mondiale, se trouve à «un moment crucial» de son histoire: «Une Asie moderne, sûre d’elle, est en train d’émerger, avec ses anciennes cultures, ses philosophies et ses traditions religieuses. Sur le thème de la «nouvelle évangélisation», le document souligne que si la mission n’a obtenu dans le passé que des résultats assez limités en Asie, c’est surtout en raison «du manque d’une réelle compréhension des religions asiatiques, de leurs valeurs inhérentes et de leurs forces, de leurs enseignements séculaires et de leur capacité intérieure de renouvellement, ainsi que d’une aversion à adopter des méthodes qui auraient parfaitement convenu à la mentalité des Asiatiques».. Le texte ajoute: «Les religions de l’Asie sont vraiment des religions vivantes, imprégnant chaque aspect de la vie de l’individu, de la famille et de la société. (…) Ces religions ont, de façon concrète, été le chemin qui a conduit la majorité des peuples de l’Asie vers Dieu, ainsi que la manière, pour Dieu, de les approcher. L’Esprit de Dieu était à l’oeuvre dans les esprits et dans les coeurs des anciens sages du continents asiatiques».

L’Eglise, souligne encore le document, veut «reconnaître la présence de l’Esprit qui révèle Jésus-Christ dans les réalités asiatiques». L’Eglise en Asie cherche à le faire «non comme une étrangère dans un contexte culturel, organisationnel et liturgique éétranger, mais à travers des modes liés aux cultures de l’Asie, faisant sienne les joies et les espoirs, les souffrances et les angoisses du peuple de l’Asie».

En effet, si elle est perçue comme étrangère – à l’exception notable des Philippines -, l’Eglise est connue par ses oeuvres de charité: dans des pays où les chrétiens ne sont que 2%, «les institutions liées à l’Eglise peuvent atteindre un taux de 30% des organisations non-gouvernementales et des organisations de volontariat opérant dans le domaine des services sociaux. (apic/imed/cip/pr)

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