Rome: Assemblée du Synode spécial pour l’Asie
Rome, 19 avril 1998 (CIP) L’assemblée spéciale du Synode des évêques pour l’Asie qui s’est ouverte dimanche à Rome aura à se pencher sur la délicate question de l’inculruration et du dialogue interreligieux. Les évêques japonais souhaitent clairement que Rome leur fasse davantage confiance et leur laisse plus de liberté dans le domaine.
Le théologien moraliste et essayiste don Valentino Salvoldi, enseignant à l’Académie pontificale « Alphonsianum » à Rome et à l’Institut supérieur du Latran, s’est rendu au Japon, notamment à Kyoto, où il a rencontré des évêques, des prêtres, des religieux, à propos du Synode pour l’Asie. Il a expliqué à l’agence italienne ADISTA la froideur de leur réaction face à cette démarche.
Comment s’explique la réponse critique des évêques japonais aux » Lineamenta « , le document préparatoire du Synode pour l’Asie ?
Don Valentino Salvodi : Les évêques japonais critiquent le Vatican pour toute une série de motifs. Les « Lineamenta » ont été écrits pour un contexte occidental et non asiatique: là où on parle de Synode « asiatique » on aurait pu mettre indifféremment « européen », « africain », « américain ». Le texte en anglais ne dit rien à la culture japonaise ; il a fallu trois mois pour le traduire et chercher à le comprendre. Les évêques ont également observé que l’image d’Eglise présente dans le document est beaucoup plus pauvre que celle esquissée par le concile Vatican Il.
Par rapport au contexte asiatique, le document ne souligne pas assez la nécessité du dialogue avec toutes les religions. On voit plutôt une volonté de présenter le Christ comme unique vérité, en ignorant que, dans le contexte japonais, il est indispensable de le présenter comme voie; une voie respectueuse du salut universel. Une nouvelle conception de l’évangélisation s’impose, présentée avec des caractéristiques que les évêques asiatiques connaissent mieux que les « experts » du Vatican.
On touche-là au délicat problème de l’inculturation…
V.S.: Au Japon, l’inculturation est promue dans les faits. Les évêques qui l’expérimentent ne doivent pas être pénalisés. Il est ridicule par exemple que Rome rejette une traduction approuvée par les évêques japonais pour un texte liturgique : » Quel est le séminariste japonais à Rome ou la soeur cuisinière du Vatican qui l’a rejetée ? » se demande un évêque. Il faut créer un nouveau rapport entre le Saint Siège et l’épiscopat asiatique, qui demande une plus grande collégialité, une plus grande autonomie et beaucoup de compréhension. « Nous avons besoin d’encouragements et non de reproches. Nous avons besoin d’être valorisés et non traités comme des jeunes écoliers passibles de punition », notent les évêques. On ne peut mesurer le travail d’une Eglise par le nombre de baptêmes administrés en un an.
La réaction à la lecture du Document de travail a donc été plutôt négative ?
V:S.: Je me trouvais à la mi-février à Tokyo, tandis que se déroulait l’Assemblée de la Conférence épiscopale. J’ai demandé aux évêques s’ils avaient poursuivi la discussion sur le Synode asiatique et j’ai appris qu’ils venaient à peine de recevoir le texte du Vatican et qu’ils se refusaient à le prendre en considération. Le prétexte était que la plus grande partie d’entre eux ne comprend pas l’anglais et que pour traduire ce texte de manière décente on aurait besoin de trois mois de travail.
Un évêque à qui j’ai demandé une audience pour parler du Synode a décliné, d’une manière très peu japonaise. Un autre, d’une manière très courtoise, ne m’a pratiquement rien dit. Par contre, le président de la conférence épiscopale, Mgr Hamao, et le secrétaire sortant, Mgr Mori, ont parlé en véritables prophètes : les évêques sont lassés de subir des reproches de Rome, ils voudraient une plus grande confiance.
Quelle est la plus grande préoccupation du Vatican à l’égard de cette Eglise ?
V.S.: Qu’elle brade le dialogue avec les autres religions, n’ayant pas le courage de présenter le Christ comme Vérité. Dans cette optique, on comprend aussi la récente mesure du Vatican de mettre sous enquête tous les séminaires de l’Inde. A cette préoccupation, les évêques répondent en substance que la crainte de Rome est excessive. Personne ne doute que le Christ soit Fils de Dieu, Vérité qui sauve le monde. Mais si on veut tenter un dialogue avec les religions, dans un monde si complexe, il faut savoir valoriser la culture locale, le mysticisme du monde asiatique, et tenter humblement de présenter le Christ comme voie de salut. Ce n’est qu’ainsi qu’on pourra éviter les malentendus et les fanatismes, favoriser le dialogue, sans être obsédés par la préoccupation de baptiser des personnes qui ont des catégories mentales complètement différentes des nôtres.
Qu’enseigne l’Eglise japonaise à l’Eglise universelle ?
V.S.: Influencée par les religions shintoïste et bouddhiste, l’Eglise du Japon nous appelle à la valeur du silence. Surtout le silence à l’égard de Dieu : ne pas le nommer en vain. Nous devons sentir et vivre Dieu, mais en respecter le mystère. Nous le disons ineffable et nous continuons de parler de Lui. Nous disons qu’il est mystère, et nous le présentons comme si nous connaissions tout de Lui, nous, les experts de Dieu !
En général, l’Eglise asiatique invite le Vatican à produire moins de documents et que les rares qu’il produirait soient courts, essentiels et n’aient pas la prétention de dire toujours tout, en partant chaque fois d’Adam et d’Eve… Elle demande explicitement la cohérence : que l’orthopraxis suive l’orthodoxie. Si, par exemple, le Vatican est convaincu de l’importance de l’inculturation de l’Evangile, qu’il ne pénalise pas ces Conférences épiscopales qui la prennent au sérieux et font de timides expériences. En particulier, l’épiscopat japonais demande le respect, l’autonomie et la liberté de traduire les textes liturgiques en japonais, sans subir l’humiliation de la non-approbation et sans devoir attendre deux ans avant que soit approuvé le texte de la formule de l’absolution sacramentelle. (apic/cip/mp)
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