L’armée montrée du doigt

Guatémala: Emotion et consternation après l’odieux assassinat de Mgr Gerardi

Guatemala, 28 avril (APIC) C’est avec consternation et émotion que les Guatémaltéques ont appris le brutal assassinat de l’évêque auxiliaire de Guatemala-Ville, Juan Gerardi Conedera, qui venait de terminer une étude entreprise par l’Eglise catholique pour faire la lumière sur ce qui s’est passé en36 ans de guerre civile. Pour un responsable d’étude pastorales, la question n’est pas de savoir si l’armée est responsable, mais qu’elle section de l’armée est responsable de ce crime commis de sang froid. Mgr Gerardi avait échappé à un attentat en 1982. Sous les menaces répétées, il avait dû choisir l’exil pendant deux ans.

Juan Gerardi Conedera a été assassiné, tard dans la soirée du 26 avril, par un agresseur inconnu, deux jours après avoir présenté un rapport de l’Eglise sur les 36 années de guerre civile qui ont ravagé le Guatemala jusqu’en décembre 1996. Ce rapport – Guatemala: plus jamais – accuse les militaires du pays d’être responsables de la mort de près de 150’000 personnes et de 50’000 «disparitions». L’évêque Gerardi était le fondateur et le dirigeant du Bureau des droits de l’homme de l’Archidiocèse de Guatemala. L’agresseur de Mgr Gerardi a probablement attendu le retour du prélat dans la soirée, et il l’a frappé plusieurs fois à la tête, lui fracassant le crâne avec un bloc de ciment. La personne qui a découvert le corps a eu du mal à l’identifier et a pu seulement le reconnaître par la bague épiscopale.

Certains responsables d’Eglise pensent que le meurtrier a quitté les lieux pour revenir dix minutes plus tard, pour une raison inconnue, après s’être débarrassé de ses vêtements couverts de sang. Comme rien n’a disparu, le vol peut être exclu des mobiles du crime.

Le président guatémaltèque Alvaro Arzu a annoncé trois jours de deuil national en l’honneur de Mgr Gerardi, et la police a ouvert aussitôt une enquête. Un témoin qui aurait vu l’assassin a été placé sous la protection de la représentation des Nations Unies au Guatemala.

L’attentat manqué et l’exil

L’évêque Gerardi connaissait bien cette violence qui a ravagé son pays. En 1982, il avait échappé à un attentat alors qu’il était l’évêque de Quiché, dans les régions montagneuses de l’Ouest. Plusieurs prêtres et religieux de son diocèse ont été assassinés par des escadrons militaires, et lui-même a été contraint à un exil de deux ans par le gouvernement militaire de l’époque. On n’ignore pour l’instant si cet assassinat est directement lié à la présentation du rapport de l’Eglise sur la guerre. Pour de nombreux Guatémaltèques, habitués depuis bien longtemps à de telles méthodes et aux crimes politiques, le moment où a été commis cet assassinat est plus qu’une coïncidence. «Certains n’ont pas changé leur façon de penser ou d’agir», fait aujourd’hui remarquer Carmen Pena, juriste chargée de la défense des droits de l’homme auprès de la Conférence des religieux guatémaltèques. «La mort frappe toujours ceux qui dénoncent la violence et disent la vérité». La liste est longue en Amérique latine et centrale. A commencer par Mgr Romero, sans parler des jésuites assassinés à l’Université catholique à San Salvador. Quant à la lauréate du Prix Nobel de la paix, Rigoberta Menchu, elle se déclare «convaincue» que ce meurtre est un «assassinat politique, visant à intimider toutes les victimes qui ont raconté leur histoire pour le rapport», soit quelque 5’000 citoyens. Selon Dennis Smith, directeur de la communication du Centre évangélique latino-américain d’études pastorales, dont le siège est à Guatemala, la façon de procéder indique que l’assassinat a été «perpétré de sang-froid». La question, dit-il, n’est pas de savoir «si l’armée est responsable, mais quelle est la section de l’armée qui est responsable de ce meurtre».

Militaires opposés aux changements constitutionnels

Certains responsables militaires restent opposés aux changements constitutionnels approuvés dans le cadre des accords de paix de 1996 ayant mis fin à la guerre civile. Ces changements doivent en théorie réduite les pouvoirs des militaires, et imposer un civil à la tête du Ministère de la défense.

Mgr Gerardi n’a jamais craint de s’en prendre aux militaires. Il avait ouvert le Bureau des droits de l’homme de l’archidiocèse, qui dénonçait régulièrement les abus commis par les militaires, et leur implication dans les enlèvements, les vols de voitures et le trafic de drogues.

Pour Mgr Alvaro Ramazzini, de San Marcos, cet assassinat «jette une ombre sur l’horizon qui s’est dégagé pour le processus de paix». Quant au chancelier de l’archidiocèse, Efrain Hernandez, il donne trois jours au gouvernement pour faire la lumière sur cet assassinat. Ce meurtre est «une agression impitoyable contre l’Eglise».

Même si ces méthodes ne sont pas sans rappeler d’autres crimes politiques, a souligné Ronalth Ochaeta, directrice du Bureau des droits dont la coordination était assurée par Mgr Gerardi, elles n’empêcheront pas l’Eglise d’accomplir son ministère. Au contraire, «notre action s’en trouvera renforcée. Le sang de l’évêque martyr nous encourage à continuer notre action en faveur de la paix», a-t-elle conclu.

Les condoléances du pape

A Rome, les réactions n’ont pas tardé à l’annonce de cet assassinat. Le pape a fait parvenir un télégramme de condoléances à l’archevêque de Guatemala, Mgr Prospero Penados del Barrio. Jean Paul II exprime ses sincères condoléances à toute la communauté catholique guatemaltèque manifeste son refus le plus énergique de cet acte de violence qui attente à la coexistence pacifique et offense les sentiments de ce pays, pour la pacification de laquelle Mgr Gerardi a consacré généreusement sa vie et son ministère épiscopal, ainsi que pour la défense des droits humains. «Ainsi, j’espère vivement que ce crime exécrable, qui a coûté la vie à un véritable serviteur de la paix et un travailleur infatigable pour l’harmonie entre tous les secteurs de la population, montre clairement l’inutilité de la violence et pousse tout le monde à s’engager à la recherche de l’entente et du dialogue, le seul chemin qui (puisse) assurer le triomphe de la paix et de la justice sur tout obstacle et toute provocation, sans perturber en rien l’application des Accords de paix».

Quant au journal du Vatican, «L’Osservatore Romano», il rend hommage à l’évêque Gerardi, «l’un des plus ardents défenseurs des droits de l’homme durant la sanglante guerre civile», et rappelle que le pape Jean-Paul II avait rencontré Mgr Gerardi plusieurs fois lors de sa visite au Guatemala en 1996. (apic/eni/imed/pr)

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