Mission de l’Eglise freinée par l’islam et par l’Occident

Synode pour l’Asie: premier bilan après 10 jours

Rome, 30 avril 1998 (APIC) Les interventions des Pères du Synode pour l’Asie se sont terminées le mardi 28 avril, dix jours après l’ouverture des travaux de l’Assemblée. Après la lecture de la « Relatio post disceptationem » dans laquelle le Cardinal Paul Shan Kuo-hsi a fait la synthèse de tout ce qui avait été exprimé dans les différentes interventions, le Synode est maintenant entré dans la phase des travaux des « Circuli Minores », groupes de travail divisé par régions linguistiques, et destinés à approfondir les questions abordées dans les dix premiers jours.

En dix jours, on a compté environ 160 interventions. L’inculturation y a la place la plus importante: comme recherche de moyens efficaces d’évangélisation et de promotion humaine; comme adaptation aux différentes sensibilités et traditions du continent asiatique; comme signe d’une Eglise plus ouverte aux problèmes de l’avenir de l’Asie. Il y a ceux qui parlent d’une inculturation « niée », au visage encore trop « occidental », « romain », dénoncée par plusieurs évêques, japonais en tête; il y a ceux qui parlent d’une inculturation « empêchée », freinée par les manquements de Rome dans la phase de réalisation.

Les Eglises du Moyen-Orient ont apporté leur situation comme exemple d’une coexistence possible avec un islam majoritaire et agressif. Même si elles sont contraintes de s’étendre au-delà de leurs frontières pour assurer leur propre survie; les Eglises de rite oriental de l’Inde ont rappelé avec une très grande insistance la nécessité d’avoir plus de liberté pour gérer d’une part leur croissance numérique, et d’autre part une expansion géographique plus vaste, véhiculée par l’émigration. Elles auront probablement été déçues après l’intervention du Préfet de la Congrégation pour les Eglises Orientales, le Cardinal Achille Silvestrini: elles attendaient des nouveautés plus significatives à propos des rapports du Vatican avec les Eglises Orientales.

Dans son intervention, le cardinal a énuméré « les quatre secteurs dans lesquels les Eglises Orientales peuvent offrir leurs dons aux Eglises plus jeunes d’Asie, dans la ligne rigoureuse de l’ »Instrumentum Laboris »: la spiritualité ascétique et contemplative; la collégialité épiscopale; l’oecuménisme, mais sans prendre d’initiatives isolées de dialogue avec les Eglises séparées; la diaspora des émigrés qui menace l’existence même des Eglises. Enfin, une exhortation à poursuivre « le dialogue de la charité », ou encore une confrontation qui soit avant tout interne aux Eglises d’Orient.

Dialogue avec les grandes religions

Un aspect important qui ressort des rapports, est celui du dialogue avec les grandes traditions religieuses. La réalité d’un catholicisme dans un rapport problématique avec l’islam se fait jour. Cette situation, soulignée à plusieurs reprises, a été synthétisée par Mgr Joseph Coutts, Evêque de Hyderabad au Pakistan: l’islam crée et continuera à créer des difficultés à l’Eglise en Asie. Alors que la communion s’affaiblit, l’islam s’étend toujours plus », et, dans les pays musulmans, les chrétiens, souvent dominateurs pendant un temps, se retrouvent être des citoyens de deuxième classe. « Tout en poursuivant le dialogue avec l’islam avec compréhension et amour chrétiens, nous ne devons pas oublier d’exprimer notre condamnation face à la marée montante de l’islam intolérant, militant et oppresseur, qui est source de souffrances pour les Eglises en Asie ».

Avec les grandes religions comme le bouddhisme et l’hindouisme, le dialogue semble plus facile. Il risque pourtant de s’enliser sur les caractéristiques spécifiques de la « religiosité asiatique ». La voie du dialogue et la nécessité de l’évangélisation doivent s’enrichir de la rencontre avec ces deux pratiques religieuses fondées sur la contemplation plutôt que sur un activisme souvent excessif et suspect aux yeux des Asiatiques. Trop souvent, le visage du catholicisme en Asie est le visage d’une religion qui s’identifie avant tout aux cathédrales, aux hôpitaux, aux écoles, aux centres d’assistance sociale, à une religion dépourvue d’une spiritualité profonde. Mgr Joseph Vianney Fernando, évêque de Kandy, au Sri Lanka, déclare: « malgré toutes les activités sociales destinées aux pauvres dans le continent asiatique, l’Eglise ne semble pas faire de progrès dans sa mission évangélisatrice. Les gens de l’Asie sont profondément religieux. L’Asie est assoiffée de Dieu, et admire les hommes et les femmes qui ont une spiritualité profonde et qui sont touchés par le divin… La mission doit jaillir de la prière et de la contemplation ».

Trop de temps à travailler, pas assez pour prier

L’intervention de Mgr Matthias U Shwe, président de la Conférence épiscopale du Myanmar se situe dans la même ligne: « Les bouddhistes pensent que les prêtres catholiques ne prient pas assez. Nous passons trop de temps à travailler. De nombreux Pères du Synode ont parlé de prière et de vie contemplative, et j’espère que, après le Synode, il pourra y avoir un effort plus grand de spiritualité et de prière, pour arriver à unir ce qu’il y a de mieux dans la manière occidentale et asiatique de prier ».

Cela ne veut pas dire qu’il faut renoncer à une tâche de promotion humaine. Plusieurs Pères ont souligné, dans leur intervention, que, dans un continent où des millions d’êtres humains vivent dans des conditions inhumaines, le modèle de l’Eglise doit être la première communauté chrétienne, où personne n’est dans le besoin. De nombreuses interventions ont parlé des minorités tribales, du développement économique, du rôle de la famille dans des sociétés profondément marquées par un changement rapide des valeurs, par la contribution de la femme, par la situation des enfants mineurs, par l’émigration… par les espérances et les angoisses, par la spiritualité et par l’exploitation: les mille visages de l’Asie qui opère sa comparaison avec une Eglise qui cherche surtout à tenir au centre le gouvernail qui a le visage du Christ.

Dans une Asie qui court vers le progrès, distraite par la pauvreté, le consumisme et l’héédonisme, même les ouvriers pastoraux n’ont plus le temps de s’arrêter, de réfléchir, de méditer; ils n’ont même plus de temps pour leurs propres familles. Dans de nombreux pays même, la pénurie dramatique de prêtres et de religieux rend tout à fait impossible une activité pastorale efficace. Tout semblerait miner à la base les possibilités de croissance de la communauté catholique, dans un continent dont l’évangélisation est l’objectif de l’Eglise pour le Troisième Millénaire. D’où une exhortation à un élan missionnaire nouveau en Asie. (apic/fides/pr)

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