Autriche: Les évêques prennent la parole dans l’»affaire Groër»

Les accusations contre Mgr Groër sont «pour l’essentiel fondées»

Vienne, 1er mars 1998 (APIC) Les accusations d’abus sexuels portées contre le cardinal Hans Hermann Groër sont «pour l’essentiel fondées», estiment quatre de ses confrères évêques autrichiens. Dans une déclaration publiée vendredi, Mgr Johann Weber, président de la Conférence épiscopale, le cardinal archevêque de Vienne, Mgr Christoph Schönborn, l’évêque de Salzbourg, Mgr Georg Eder et celui de Gurk, Mgr Egon Kapellari, disent ne plus pouvoir garder le silence sur ce scandale qui ébranle l’Eglise autrichienne.

«Notre Eglise proclame une morale sexuelle exigeante» rappelle la déclaration épiscopale. Si un évêque est accusé d’avoir commis de graves fautes contre cette morale envers des jeunes qui lui étaient confiés, l’absolution dans le secret du confessionnal ne suffit pas. «L’accusé doit alors déclarer publiquement et clairement qu’il n’est pas coupable ou bien il doit demander ouvertement pardon, ce qui dans la plupart des cas est lié à une démission de sa charge». Les quatre évêques déplorent que Mgr Groër n’ait saisi aucune des ces deux possibilités et ait ainsi causé de graves dommages à l’Eglise en Autriche.

«Nous devons supporter son silence. Mais nous ne pouvons pas nous-mêmes nous taire car nous devons assumer notre responsabilité pour l’Eglise. Nous nous sentons particulièrement obligés de faire cette déclaration parce qu’un silence des pasteurs de l’Eglise serait couvert par le soupçon paralysant que la réputation d’un cardinal est plus importante pour l’Eglise que le bien de jeunes gens». Rappelant la parole du Christ «La vérité vous rendra libres», les évêques précisent en outre que leur déclaration doit également protéger le pape des affirmations selon lesquelles il tolérerait un comportement ambigu.

La visitation extraordinaire de l’Abbaye de Göttweig ordonnée par le Vatican et confiée à l’Abbé-primat des bénédictins le Père Marcel Rooney devrait constituer un pas important pour l’éclaircissement et la guérison de cette affaire.

Les évêques reviennent également sur l’attitude négative de Mgr Kurt Krenn, l’évêque du diocèse de Sankt Pölten où se trouve l’Abbaye de Göttweig. La déclaration lui adresse un avertissement sévère: «Nous nous savons en même temps obligés de conduire un dialogue honnête avec toutes les personnes et les groupes à qui l’Eglise tient à cœur. Celui qui refuse un tel dialogue met en danger à sa manière l’unité et la crédibilité et l’Eglise et l’expose à un risque de rupture. C’est pourquoi nous espérons que le diocèse de Sankt Pölten prenne part à ce vaste processus de dialogue.»

Le pape aura le dernier mot

La visitation extraordinaire du Père Rooney, qui sera accompagné pour la circonstance du Père Franziskus Heereman, Abbé du monastère allemand de Zuydwyck, devrait commencer lundi. Les visiteurs rencontreront individuellement chacun des membres de l’Abbaye de Göttweig. Ils devraient notamment leur poser des questions sur le comportement du cardinal Groër alors qu’il était encore moine de l’Abbaye, avant sa nomination comme archevêque de Vienne en 1986. Les deux visiteurs rentreront ensuite à Rome pour y rédiger un rapport écrit. Le cas échéant, une seconde visite effectuée alors par le préfet de la Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée, le cardinal Eduardo Martinez Somalo pourrait avoir lieu. Il appartiendra ensuite au pape de prendre une décision, puisque Mgr Groër est cardinal et qu’il n’est pas soumis à une autre juridiction.

On espère en Autriche que l’affaire puisse être réglée avant juin, afin de ne pas assombrir la visite du pape dans le pays.

Pas de jugement pénal

L»’affaire Groër» ne devrait cependant pas aboutir devant la justice pénale autrichienne. Les abus sexuels reprochés à Mgr Groër par un ancien élève d’un internat datent de plus de vingt ans et sont couvert par la prescription. C’est la raison pour laquelle, bien que les abus sexuels constituent un délit poursuivi d’office, aucune enquête n’a été ouverte. En outre les relations homosexuelles entre personnes majeures ne sont pas punissables en Autriche. Malgré le tapage médiatique, les tribunaux sont tenus d’appliquer une stricte présomption d’innocence. (apic/kap/kna/mp)

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