«Que faire de ceux qui sont tombés du train de la prospérité?»
Fribourg, 1er mars 1998 (APIC), «Que faites-vous de tous ceux qui sont tombés du train de la prospérité?» La question a été lancée vendredi soir aux trois présidents de l’exécutif des villes de Genève, Fribourg et Bulle. Michel Rossetti, Dominique de Buman et Jean-Paul Glasson, ont expliqué comment ils abordent la question des personnes exclues ou marginalisées dans leur cité. Ils ont saisi l’occasion aussi de suggérer quelques pistes de lutte contre le chômage et le racisme.
Réunis au restaurant de l’Ecole du personnel soignant à Fribourg, Michel Rossetti, maire de Genève, Dominique de Buman et Jean-Paul Glasson, respectivement syndics de Fribourg et de Bulle, étaient les invités de l’Action de Carême (AdC) et de Pain pour le prochain (PPP), qui à travers le thème de la Campagne 98, «SolidarCité», traitent précisément de l’exclusion dans les villes. Roger de Diesbach, rédacteur en chef de «La Liberté» a animé la soirée:
Les œuvres d’entraide chrétiennes suisses mettent certes d’abord l’accent sur les grandes villes des pays du Sud, mais en ce temps de «globalisation» et d’interdépendance, les organisateurs du débat ont souhaité connaître l’avis d’hommes politiques romand affrontés eux aussi au problème des «laissés pour compte». Martial Knaebel, directeur du Festival de films de Fribourg, Michel Egger et Charles Ridoré, secrétaires romands de PPP et d’AdC, complétaient la table ronde.
Dominique de Buman a ouvert les feux en récusant l’équation urbanisation=exclusion, en citant quelques exemples concrets où de nouvelles solidarités se créent aussi. Deux clubs de football (au FC Central et dans une équipe dans le quartier du Schönberg) ont fait appel à des jeunes et à des étrangers où l’on respecte à la fois leur intégration et leur identité. Le syndic de Fribourg, se voulant un homme de proximité et de dialogue, préfère parler de Suisses et d’étrangers «fragilisés» par la crise économique ou l’isolement, plutôt que d’exclus. Il ne pouvait pas, dans ce contexte, ne pas faire un clin d’oeil à l’actualité toute récente. «L’issue heureuse des négociations sur la brasserie Cardinal est due, pour Dominique de Buman, à une série de facteurs convergents – dont la protestation massive de la population – qui ne peuvent cependant se répéter nécessairement pour toutes les entreprises en difficulté».
La victoire de la brasserie Cardinal applaudie
Facile alors pour le maire de Genève de lever sa chope de bière Cardinal en la buvant avec délice sous les applaudissements de l’assemblée! «Une victoire significative de résistance populaire à des décisions économiques erronées et hâtives». Puis Michel Rossetti enchaîne en déclarant en préambule que «c’est l’homme qui exclut l’homme». Il faut dire que nous avons eu sans interruption 30 ans de progrès économique et social. Ceux qui sont frappés par le chômage ou l’isolement manquent de repères et sont psychologiquement «choqués». Reconnaissant des erreurs politiques – au lieu de rassembler des gens on les a éloignés dans de grands immeubles certes à loyers modérés, mais qui dans certains cas, tendent vers le ghetto -, il a souligné cependant le cas particulier de Genève, où la population étrangère approche 40% (32’000 Portugais, 28’000 Espagnols, 26’000 Italiens, 20’000 Français, sans parler des nombreuses autres nationalités). Et pourtant le problème du racisme est moins aigu qu’ailleurs. Il reconnaît cependant qu’il existe une discrimination envers les gens de couleur quand il s’agit d’attribuer des emplois.
Solidarité intercommunale
Jean-Paul Glasson a souligné que Bulle ne peut se comparer en taille à Genève et Fribourg puisqu’elle vient d’atteindre ses 10’000 habitants. Il n’en reste pas moins que les problèmes d’exclusion se manifestent aussi dans la capitale gruyérienne: Progression rapide, depuis l’arrivée de la N12, de quartiers nouveaux, et comme partout augmentation du chômage et des cassures des familles. Cas rare, mais cela peut arriver même dans une petite ville: Une personne isolée, clochardisée, meurt seule dans son appartement, sans que les voisins n’en sachent rien. Note positive cependant relevée par le syndic de Bulle: Sur 40 communes de la Gruyère, 35 participent financièrement au fonds réservé aux services sociaux officiels.
Quant à Martial Knaebel, il trouve le thème de «SolidarCité» en symbiose avec beaucoup de films du Sud qui passeront cette semaine dans les cinémas de Fribourg, de Bulle et de Guin. Le directeur du Festival de films de Fribourg interviendra plusieurs fois, de manière péremptoire et piquante dans le débat, pour demander aux hommes politiques d’appeler un chat un chat et de ne pas oublier de répondre concrètement à une question précise.
La prise de parole de Michel Egger éloigne un instant de la Suisse romande pour célébrer la résistance victorieuse d’un village de pécheurs à Salvador da Bahia au Brésil,- contre un projet touristique soutenu par la Banque mondiale. Charles Ridoré, de son côté, raconte l’organisation des habitants des bidonvilles de Guatémala-Ciudad pour exiger des pouvoirs publics, l’électricité, l’eau et des emplois.
Faut-il taxer les capitaux spéculatifs et boursiers?
Michel Egger, ose une question précise aux trois hommes politiques. «Etes-vous, oui ou non, favorables à une taxe fiscale des capitaux spéculatifs ou boursiers?. Tous répondent finalement affirmativement, tout en démontrant la difficulté technique de l’application. Michel Rossetti rappelle que les riches (personnes physiques ou entreprises) sont mobiles et peuvent se réfugier ailleurs. Il estime cependant que les entreprises qui font des bénéfices et qui imposent des licenciements à leurs employés devraient être pénalisées et payer les frais du chômage.
L’animateur Roger de Diesbach, en usant d’un humour, bien utile pour un sujet si sérieux, a détendu l’atmosphère. En faisant par exemple allusion à la couleur politique des syndics présents. Il a exigé des chiffres précis sur le nombre des exclus ou des sans domicile fixe dans les villes citées. Concluant en fin de soirée les interventions des participants à la table ronde, il a résumé d’une phrase le sens de la discussion: «Il s’agit de développer, dans les pays du Nord et comme ceux du Sud, une conscience éthique, car pour lutter contre l’exclusion, il faut tendre vers le respect de l’autre. Mais l’on ne se respecte vraiment que si l’on se parle». (apic/ba)
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