L’article constitutionnel sur les évêchés dans le collimateur

Berne: Conférence de presse de la Conférence des évêques suisses

Berne, 5 mars 1998 (APIC) Les évêques suisses ont vivement salué le vote du Conseil des Etats biffant l’article 84 du projet de nouvelle Constitution fédérale, subordonnant la création d’évêchés à l’approbation préalable des autorités fédérales. Disposition surannée, elle est discriminatoire, puisqu’elle ne vise que les catholiques.

Réunie de lundi à mercredi en assemblée plénière à Matran (FR), la Conférence des évêques suisses (CES) a également décidé de ne pas soutenir l’initiative populaire « pour la protection génétique ».

Même s’il ne faisait pas partie du plat de résistance de l’assemblée de printemps de la CES, l’article constitutionnel sur les évêchés, de par son actualité, a tout de même suscité une discussion passionnée. « Personnellement, je tiens infiniment à la paix, mais jamais au prix d’un silence de lâcheté », a déclaré jeudi à Berne le nouveau président de la CES, Mgr Amédée Grab, lors de la conférence de presse à l’issue de l’assemblée de l’épiscopat suisse. Une assemblée à laquelle n’a pas assisté Mgr Haas, toujours administrateur apostolique du diocèse de Coire, en séjour à l’étranger. Commentant la révision de la Constitution, Mgr Grab a tenu un langage très clair, « sans vouloir faire mousser les choses ».

Volonté de collaboration œcuménique intacte

L’art. 84 al.3, une mesure discriminatoire datant de 1874 ne s’applique qu’à l’Eglise catholique romaine. C’est pour les évêques suisses une relique des tensions du XIXème siècle, « quelque chose d’autre âge ». Mgr Grab, qui fut un évêque auxiliaire apprécié dans la Cité de Calvin, a rappelé la pénible époque du « Kulturkampf » et le 125ème anniversaire de l’expulsion manu militari de Genève du vicaire apostolique Gaspard Mermillod. Citoyen de Carouge, « il fut le seul citoyen suisse jamais banni de son pays depuis 1848 ». Le président de la CES se refuse certes à ressasser le passé, alors que des défis cruciaux s’accumulent pour les Eglises à l’aube de l’an 2000.

Il s’est toutefois étonné que les Eglises protestantes tiennent tant au maintien de cette disposition controversée. Dans ses déclarations officielles, le Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS) affirme qu’il n’y a aucune raison théologique ou juridique pouvant justifier un tel article d’exception. Mais la FEPS doit tenir compte de l’avis de ses Eglises membres. Il s’agit là pour Mgr Grab d’un combat d’arrière-garde, qui ne met pas en cause la volonté de collaboration œcuménique. Et de reconnaître qu’il existe aussi des milieux catholiques favorables au maintien de cet article.

Nouvelles directives pour la formation des prêtres en vue

Les évêques ont encore traité des directives pour la formation des futurs prêtres, la « ratio nationalis », qui devraient être adoptées lors de leur assemblée d’été. Le texte en vigueur en Suisse depuis 1988 avait été accepté pour une période d’expérimentation et d’essai de 6 ans, qui a été prolongée. La CES a demandé à la Conférence suisse des Supérieurs de séminaires, responsables de la formation des futurs prêtres, d’intégrer dans leur projet les remarques de la CES dans la version définitive qui sera soumise à Rome pour approbation.

Même si des changements seront certainement apportés, il ne devrait pas y avoir de bouleversements « dramatiques » en Suisse, un pays dont certains séminaires représentent des caractéristiques uniques que l’on ne retrouve que dans le monde germanophone. Ainsi, la cohabitation entre séminaristes et théologiens laïcs (hommes et femmes) existant à St-Beat à Lucerne. Les directives cadres ne traiteront pas de la façon dont doit être conçu concrètement ce séminaire, car cela relève de la responsabilité de l’évêque de Bâle.

Formation à la collaboration avec les laïcs

« L’objectif est de former des prêtres préparés à une collaboration non seulement avec les futurs agents pastoraux théologiens, mais avec tous les laïcs qui s’engagent dans l’Eglise », souligne Mgr Grab. Les contacts avec les laïcs sont pour lui indispensables. Il ainsi est tout à fait possible qu’un séminaire dispose d’un endroit pouvant accueillir d’autres personnes: « L’idée que des prêtres ne pourraient être formés dans l’esprit de l’Eglise qu’en fermant la porte à clef et de faire en sorte que personne d’autre n’entre dans la maison est une chose qui n’effleure ni les instances romaines ni aucune Conférence épiscopale au monde! ». Le président de la CES, qui mentionne diverses expériences de séminaires diocésains en Suisse, se refuse à donner de bonnes ou de mauvaises notes. Pour lui, il n’y a pas un modèle unique de règlement de séminaire qui corresponde aux besoins de l’Eglise. (apic/be)

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