Document de 30 pages publié à Rome

Rome: Un cours sur l’œcuménisme désormais obligatoire dans la formation des prêtres

Rome, 9 mars 1998 (APIC) Cinq ans après la publication du «Directoire pour l’application des principes et normes de l’oecuménisme», le Vatican a publié lundi le texte d’application de ce directoire. Il insiste sur l’urgence de l’oecuménisme et sur la place qu’il doit prendre dans l’enseignement et dans la formation pratique des prêtres.

Intitulé «La dimension oecuménique dans la formation de ceux qui travaillent dans le ministère pastoral», ce texte de 30 pages est publié sous la responsabilité du Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des chrétiens, présidé par le Cardinal E. Cassidy. Articulé autour de deux chapitres: «Conditions nécessaires pour donner une dimension oecuménique à chaque domaine de la formation théologique» et «Enseigement spécifiquement oecuménique», il se caractérise par la place laissée à l’adaptation locale. «Il n’est ni réalisable, ni souhaitable d’essayer de parvenir à un projet unique valable pour tout programme de formation», précise l’introduction. Seconde caractéristique: la volonté de ne pas seulement transmettre des connaissances, mais de conduire les pasteurs à «la conversion et à l’engagement oecuménique».

Ce texte s’inscrit dans le contexte de mobilisation générale de toute l’Eglise, voulue par Jean Paul II dans la foulée du Concile Vatican II, en vue d’un progrès significatif dans le dialogue qui doit mener à l’unité des chrétiens à l’occasion du jubilé de l’An 2000. Sur fond aussi de crise des relations oecuméniques, en particulier avec l’orthodoxie.

La formation des futurs prêtres à l’oecuménisme

Le premier chapitre précise que la formation des futurs prêtres «doit» désormais, non seulement proposer un «cours d’introduction à l’oecuménisme», mais aussi prévoir une «dimension oecuménique dans chaque matière». Cette formation doit tenir compte de trois axes: «l’herméneutique», pour «rechercher des expressions de la foi qui soient réciproquement acceptables et transparentes» et «aider progressivement à la création d’un langage oecuménique commun»; la «hiérarchie des vérités», qui est «un critère que les catholiques doivent suivre quand ils exposent ou comparent des doctrines»; les «fruits du dialogue», enfin, classés selon «les divergences et les convergences, les accords partiels, les consensus, les plein accords.

Une telle évaluation, est-il précisé, tout en suscitant de nouvelles intuitions, peut faciliter le processus de réception qui est guidé par l’autorité enseignante officielle de l’Eglise, celle-ci ayant la responsabilité de rendre le jugement final sur les déclarations oecuméniques».

Des «recommandations pratiques» pour la mise en oeuvre de cet enseignement insistent sur le travail de groupe entre professeurs, mais aussi sur «la promotion de la collaboration, quand cela s’avère opportun, avec des professeurs d’autres Eglises et Communautés ecclésiales, par exemple en les invitant à exposer leurs propres traditions de la foi chrétienne et la manière dont elle est vécue».

Un cours spécifique

Le second chapitre considère le «cours spécifique d’étude de l’oecuménisme», qui «devrait être rendu obligatoire». Il comprendra une introduction générale sur «l’engagement oecuménique de l’Eglise catholique» et sur «le rôle fondamental du dialogue théologique», pour traiter ensuite toute une série de thèmes comme les fondements bibliques de l’oecuménisme, «la catholicité dans l’espace et dans le temps» (»Nous confessons dans le Credo de l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique», est-il rappelé), les fondements doctrinaux, l’histoire les buts et méthodes de l’oecuménisme et «l’oecuménisme spirituel».

Cinq autres thèmes portent davantage sur «les autres Eglises et Communautés ecclésiales» et sur la relation oecuménique proprement dite. Seront ainsi étudiées ces «Eglises et autres communautés ecclésiales qui entretiennent un dialogue avec l’Eglise catholique ou qui occupent une place importante dans un pays ou une région donnés». Une liste les précise dans l’ordre suivant: «l’Eglise orthodoxe; les anciennes Eglise de l’Orient (copte, éthiopienne, syrienne, arménienne) et l’Eglise assyrienne d’Orient; les Eglises et Communautés ecclésiales du temps de la Réforme (par exemple anglicans, luthériens, réformés); les Eglises libres (par exemple méthodistes, baptistes, disciples du Christ, pentecôtistes classiques)».

Le cours doit étudier ensuite «les principaux domaines dans lesquels le dialogue doit progresser»: «La relation entre la sainte Ecriture, autorité suprême en matière de foi, et la Tradition sacrée, interprétation indispensable de la parole de Dieu»; «L’Eucharistie en tant que sacrement du Corps et du Sang du Christ […]»; «l’ordination, comme sacrement […]»; «le Magistère de l’Eglise, confié au Pape et aux Evêques en communion avec lui, compris comme responsabilité et autorité exercée au nom du Christ pour l’enseignement et la sauvegarde de la foi»; «la Vierge Marie, Mère de Dieu et Icône de l’Eglise, Mère spirituelle qui intercède pour tous les disciples du Christ et pour l’humanité toute entière»; «la compréhension de ce qu’est l’Eglise»; «la nature de la primauté de l’Evêque de Rome et son exercice».

Face aux défis contemporains

Enfin, le cours devra proposer une réflexion sur «l’oecuménisme face aux défis contemporains», avec plusieurs questions: «la dimension oecuménique des problèmes éthiques et les progrès récents de la science»; «l’inculturation de la foi»; «le prosélytisme»; «le défi théologique et pastoral des sectes, des cultes et des nouveaux mouvements religieux»; «la contamination de la foi par la politique dans le nationalisme et le chauvinisme»; «la sécularisation dans les Eglises».

Le texte conclut par une série de recommandations pratiques pour donner aux futurs prêtres une «expérience oecuménique concrète», par exemple par l’assistance à des liturgies, l’échange d’étudiants ou la recherche d’occasions de prière commune.

Non une unité de compromis, mais la recherche de la vérité

En présentant le document à la presse, le Cardinal E. Cassidy a souhaité qu’une telle initiative de formation soit prise aussi par les autres Eglises et précisé que la recherche de l’oecuménisme ne peut se faire au prix de compromis. «Sur la question de la primauté, nous n’avons aucunement l’intention de céder sur ce qui est essentiel, a indiqué le cardinal. Jean Paul II a très clairement demandé une étude sur la façon dont il l’exerce. Cette question peut être étudiée dans l’espérance de trouver un accord acceptable avec les autres. La primauté pourra ainsi davantage atteindre son but. En effet, la primauté du pape n’est pas seulement pour l’Eglise catholique, mais pour l’unité des chrétiens».

Voilà pourquoi nous faisons l’œcuménisme, a-t-il poursuivi. «Non comme un choix aléatoire, mais parce que le Concile, avec tous les évêêques du monde, donc assisté par l’Esprit Saint, a dit que le moment était venu de prendre très au sérieux l’invitation de notre Seigneur de se dédier à l’unité. La question n’est pas de faire ou de ne pas faire l’oecuménisme. Comme le pape le dit, cela fait partie de la mission de l’Eglise et de sa constitution. Si nous voulons être fidèles au Christ, nous devons travailler à cette unité, mais pas une unité de compromis ou de concessions, mais en cherchant ensemble la vérité».

Selon le cardinal Cassidy, il y a eu beaucoup de confusions à cet égard. «Il y a ceux qui ne veulent pas entendre parler de l’oecuménisme, et puis ceux qui ont beaucoup d’enthousiasme mais peu de patience. Ils pensent que nous sommes tous frères et que nous pouvons tout faire ensemble, comme concélébrer. Mais comment y arriver sans un accord sur la notion de ministère et l’eucharistie ? D’où l’importance de la formation à l’oecuménisme. Nous sommes engagés. Nous avons ce but, mais nous ne pouvons sacrifier la vérité pour y parvenir, inon nous construirions une maison sur le sable. Or nous devons la construire sur le roc et sur la vérité».

De ce point de vue, «le problème n’est pas qu’il faille céder, ce serait une erreur», a conclu le président du Conseil pontifical. (apic/cip/imed/pr)

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