Les femmes diacres pas à l’ordre du jour

Rome: Publication d’un directoire sur l’identité et le rôle des diacres permanents

Rome 10 mars 1998 (APIC) Si l’option, décidée au Concile Vatican II, de promouvoir le diaconat permanent – composé aujourd’hui à 90% d’hommes mariés – est fortement encouragée et confirmée, la perspective de voir un jour des femmes diacres dans l’Eglise catholique n’est pas à l’ordre du jour. C’est ce qui ressort de la publication au Vatican, le 10 mars, d’un « directoire » définissant l’identité et la formation des diacres.

Les « Normes fondamentales pour la formation des diacres permanents » (48 pages) et le « Directoire pour le ministère et la vie des diacres permanents » (63 pages), précédés d’une « déclaration conjointe », ont été présentés mardi au Vatican par les deux cardinaux compétents, Mgr Pio Laghi, Préfet de la Congrégation pour l’Education Catholique, et Mgr Dario Castrillon Hoyos, Préfet de la Congrégation pour le Clergé.

Trente ans après la réintroduction du diaconat permanent dans l’Eglise, il ne s’agit pas de traiter des questions théologiques fondamentales, mais de définir des directives pratiques valables pour l’ensemble de l’Eglise, a précisé Mgr Castrillon Hoyos.

Le diaconat est avec la prêtrise et l’épiscopat l’un des trois ministères ordonnés de l’Eglise catholique. Il est caractérisé la prédication et l’instruction « diaconie de la Parole », par le service de la liturgie « diaconie de la Liturgie » et par le service des pauvres « diaconie de la Charité ». Actuellement 22’390 diacres permanents sont ordonnés dont 68% vivent en Amérique, essentiellement aux Etats-Unis, 29% en Europe, pour seulement 3% en Asie, Afrique et Océanie.

Une expérience parvenue à maturité

L’expérience du diaconat permanent ouvert à des hommes mariés décidée par le Concile Vatican II il y a trente ans, est maintenant parvenue à « maturité » précise le texte, avec un « essor important » et des « fruits prometteurs ». Il s’agit donc ajoute « la déclaration commune » d’arriver à une clarification globale, marquée par une unité d’orientation indispensable au nouvel essor du diaconat.

« Il nous faut maintenant réguler en précisant des normes universelles car les normes pour le diaconat dans les différentes conférences épiscopales du monde étaient très différentes. Nous avons organisé une large consultation mais nous nous sommes beaucoup inspirés des normes et de l’expérience de l’Eglise des Etats-Unis et de ses 15 000 diacres », a expliqué le cardinal Pio Laghi. Dorénavant chaque conférence épiscopale devra donc soumettre pour approbation au Saint-Siège les normes de formation et de définition du diaconat.

« Les abus en ce domaine ne sont pas le problème aujourd’hui, estime de son côté cardinal Castrillon Hoyos. Il s’agit au contraire de stimuler cette force sacramentelle et spirituelle qui donne une vie à l’Eglise. La nouveauté est que nous insistons profondément sur l’identité du diaconat. »

Pas de nouveautés fondamentales, mais des précisions

De fait, les deux textes n’apportent pas de nouveautés fondamentales sur la définition actuelle du diaconat. Le texte traitant de la formation des diacres permanents qui doit durer au moins trois ans définit les responsables de cette formation, en premier lieu l’évêque et le « profil » du candidat. Il doit avoir au moins 35 ans, s’il est marié, être « équilibré et prudent », avec un fort sens relationnel. Il doit aussi « rayonner des vertus évangéliques » avec, a répété deux fois le cardinal Pio Laghi, un « sens de l’Eglise prononcé et humble ». S’il est marié son épouse, qui doit donner son accord, « doit faire preuve d’un témoignage exemplaire de vie chrétienne » et une fois son mari ordonné, elle doit s’intéresser mais ne pas se « mêler abusivement » des ses activités. Le texte décrit enfin l’itinéraire de formation que doit suivre le futur diacre permanent.

Le diacre permanent peut faire de la politique ou appartenir à un syndicat

Le « Directoire pour le Ministère et pour la Vie des Diacres permanents » définit quant à lui le statut juridique du diaconat, le ministère spécifique du diacre, la spiritualité du diacre et la formation permanente de ce dernier. Ce directoire « revêt un caractère juridiquement contraignant » mais insiste-t-on, il donne des « garanties à la pluralité légitime ».

Dans les « droits et devoirs » des diacres, figure le droit de s’associer entre eux, mais pas « d’une manière qui dénaturerait le rapport direct et immédiat entre chaque diacre et son évêque propre ». « De tels groupements « sont interdits, précise le directoire, car ils nuisent à l’exercice du ministère sacré diaconal qui risque d’être considéré comme une sorte de responsabilité subalterne ; ils introduisent ainsi une attitude d’opposition aux pasteurs, considérés uniquement comme des employeurs ».

Cela dit les diacres peuvent faire de la politique ou appartenir à un syndicat si ces groupements ne sont pas « incompatibles avec la doctrine catholique », ou s’ils « ne conspirent pas contre l’Eglise », citant sur ce dernier point un texte des évêques allemands sur « Eglise catholique et maçonnerie ». En cas de conflit entre une activité séculière ou professionnelle et l’exercice du diaconat « les diacres doivent donner la priorité à leur ministère ».

Pas de femmes diacres

La présentation de ce texte à la presse a soulevé la question de l’accès des femmes à l’ordre du diaconat. La réponse reste négative car, « il n’y a pas actuellement de raison de changer l’enseignement et la tradition de l’Eglise sur ce point », a répondu le cardinal Castrillon Hoyos. Les « diaconesses » de l’Eglise primitive qui recevaient une bénédiction pour des tâches déterminées au service de la communauté ne peuvent pas être assimilées au diaconat tel qu’il est conçu dans l’Eglise actuelle avec son caractère sacramentel. Pour l’Eglise catholique le diaconat est un sacrement intimement et substantiellement lié au sacerdoce du Christ. Le diacre ordonné, de la même manière que le prêtre, même s’il n’est pas au même niveau que lui, agit « in persona Christi » et comme le Christ était un homme, seuls les hommes peuvent le faire, a souligné le préfet de la Congrégation pour le clergé.

A la question de savoir si l’Eglise, sans conférer un sacrement, reviendrait à la pratique de la simple bénédiction de diaconesses, le cardinal Castrillon Hoyos a répondu : « En éditant ce texte nous voulons précisément éviter toute nouvelle confusion sur la notion de diacre. Revenir à une telle pratique dans l’Eglise créerait une confusion du langage ». Le cardinal a en outre rappelé que ces nouveaux documents ne traitaient pas des questions théologiques fondamentales mais étaient seulement des directives pratiques trente ans après la réintroduction du diaconat permanent dans l’Eglise. (apic/imed/mp)

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