Pour éviter la « protestantisation » de l’Eglise
Rome, 11 mars 1998 (APIC) Le cardinal Joseph Ratzinger demande aux évêques et aux prêtres de donner aux laïcs une formation doctrinale et pastorale à la fois sérieuse, cohérente et adaptée, de façon à éviter ce qu’il appelle la « protestantisation » de l’Eglise catholique et la « cléricalisation » des fidèles.
« L’Osservatore Romano » du 11 mars publie le sixième volet du commentaire du cardinal Joseph Ratzinger, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, sur l’ »Instruction interdicastérielle sur la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres ». Le cardinal s’appuie sur les deux exhortations apostoliques de Jean Paul II sur le rôle des laïcs (« Les fidèles laïcs ») et sur le ministère des prêtres (« Je vous donnerai des pasteurs »).
Le cardinal part de situations de fait qui se vérifient en Europe centrale et du Nord, mais aussi en Amérique du Nord et en Australie. Il explique que les « abus » constatés dans ces régions risquent de se propager ailleurs, et c’est ce qui fait l’actualité et l’urgence de l’instruction. Il faut donc, dit-il, clarifier les « formes » que prend la collaboration.
« Les principes et les normes auxquels l’Instruction fait appel, explique le cardinal, exigent de la part des fidèles laïcs engagés dans la collaboration au service pastoral du ministère ordonné une formation théologique et pastorale adéquate et cohérente ». Cette formation, précise Mgr Ratzinger, doit empêcher que l’on considère le ministère de l’Eglise de façon « fonctionnaire », « pragmatique », et « utilitaire ».
En d’autres termes, continue le théologien, il s’agit d’expliquer clairement la nature du sacerdoce ministériel, et à la fois l’unité et les différences entre les diverses « tâches ministérielles au service de l’édification du Corps du Christ ».
C’est donc le devoir des évêques et des prêtres dans les Eglises particulières, insiste-t-il, de fournir une « formation doctrinale sérieuse aux fidèles laïcs » qui sont leurs collaborateurs, de façon à ce qu’ils acquièrent le « sens de l’Eglise ».
Pour le cardinal, cette formation doctrinale et pastorale évitera deux écueils: la « dévaluation » du ministère ordonné, la « cléricalisation des laïcs ».
La « dévaluation » du ministère ordonné, la « perte du sens du sacrement de l’ordre » amènerait, explique le théologien, une « protestantisation » des concepts de ministère et de l’Eglise catholique même.
Relâchement
Selon lui, on assiste en effet à une progressive « relativisation » du ministère sacerdotal et à une croissance corrélative de « ministères parallèles » sous la forme d’ »assistants » ou de « travailleurs » pastoraux. Il déplore une tendance au « relâchement » dans l’observation des règles établies par le droit et la « confusion doctrinale » qui conduit à penser les différentes tâches en termes de « parité ». Dans ce cas, poursuit-il, on considère le sacerdoce comme une « fonction » et on ne voit plus la réalité sacramentelle: le sacrement de l’ordre transformant le prêtre dans son être, « ontologiquement ».
La confusion, précise le Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, vient du fait que les laïcs engagés en arrivent à porter les mêmes noms que les prêtres (« pasteur », « Seelsorger »); qu’ils exercent le rôle de « guides » de la communauté; et qu’ils revêtent les vêtements liturgiques, et, au cours des célébrations ne se distinguent plus des prêtres.
Danger de cléricalisation des laïcs
C’est ce que le cardinal appelle le danger de la « cléricalisation » des laïcs et de la formation d’une structure « de service » parallèle à celle qui est fondée sur le sacrement de l’ordre. Dans ce cas, on ne voit plus et l’on ne comprend plus, explique-t-il, la différence entre « sacerdoce commun » des baptisés et « sacerdoce ministériel » conféré par l’ordination.
Il regrette qu’ainsi le laïc ne soit plus un « vrai laïc » et qu’il perde son « identité » spécifique. Au contraire, affirme le cardinal, l’Instruction indique la direction « juste » pour la « pleine mise en valeur de la vocation et de la mission » des laïcs dans l’Eglise. Elle reconnaît, souligne-t-il, la « coresponsabilité » grandissante des laïcs dans l’Evangélisation, la catéchèse, ou l’animation liturgique. (apic/imed/pr)
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