Vaduz: Mgr Haas lance un appel de fonds à l’extérieur pour financer son archidiocèse
Vaduz, 12 mars 1998 (APIC) Depuis 1991, Mgr Wolfgang Haas, ancien évêque de Coire, a reçu quelque 10 millions de francs de dons, dont 7 ont servi à la caisse du diocèse, 2 à la formation des prêtres. Un million de francs a été affecté aux œuvres caritatives. Aujourd’hui, pour financer le nouvel archidiocèse de Vaduz, Mgr Haas lance un appel de fonds à quelque 3’000 donateurs, domiciliés en majorité hors du Liechtenstein. Cette initiative fait grincer des dents certains responsables d’Eglise, qui craignent que l’on mette ainsi en cause le principe de territorialité et la solidarité.
Porte-parole de Mgr Haas, l’abbé Christoph Casetti affirme que l’archevêque ne s’adresse pas tant à des fidèles se trouvant dans d’autres diocèses, mais plutôt à un «cercle de 3’000 donateurs né spontanément». Ces bienfaiteurs qui disposent visiblement de moyens financiers non négligeables se trouvent notamment en Suisse, dans le Vorarlberg autrichien et le Sud de l’Allemagne.
Il faut dire que Mgr Haas a été longtemps privé de subventions d’Eglises cantonales provenant des impôts ecclésiastiques, en raison de l’hostilité de ces dernières à l’égard du prélat qualifié de conservateur. Il s’agit aussi pour lui de se garantir aujourd’hui et aussi à l’avenir la plus grande liberté possible. «Afin que le nouveau diocèse soit tout à fait en communion avec le pape et en accord avec l’enseignement de l’Eglise», souligne Mgr Haas lui-même. «Toute aide spirituelle et toute offrande matérielle serviront finalement à la vraie liberté de l’Eglise». Le nouvel archevêque entend donc éviter d’être trop dépendant des ressources provenant de l’impôt, par le biais desquels une pression massive a été exercée sur l’Eglise ces dernières années, estiment des proches collaborateurs de Mgr Haas.
Pas encore de ressources en provenance de l’Etat et de l’Eglise
Pour C. Casetti, l’archevêque de Vaduz ne touche pas au principe de territorialité des paroisses, mais a recours à ce qui est prévu par le droit canonique, à savoir que l’Eglise vit de dons. Comme le nouvel archidiocèse du Liechtenstein ne dispose pour l’instant d’aucune ressource propre ni de subvention de la Principauté, Mgr Haas lance donc une collecte. Le hic, c’est qu’elle s’adresse à des fidèles situés dans d’autres diocèses. Une telle démarche faite sans l’accord des évêques locaux n’est pas très loyale, estiment divers responsables de l’Eglise en Suisse.
En agissant de cette manière on risque d’encourager les fidèles à se désolidariser de leur Eglise locale, de les pousser à quitter leur paroisse territoriale pour rejoindre une paroisse «personnelle» qu’ils auraient la possibilité de choisir librement. La norme générale du droit canon prévoit que tout catholique est membre de la paroisse de son domicile. C’est donc à ce niveau-là qu’il doit contribuer au financement de l’Eglise soit par des dons, soit par le biais d’un impôt, rappellent les responsables.
Une réserve pour les conservateurs
La constitution de «paroisses personnelles», là où cela s’avère utile, est déterminée par le rite, la langue, la nationalité des fidèles d’un territoire, «et encore pour tout autre motif» (Canon 518). Cette possibilité ne saurait être invoquée pour des raisons d’idéologie ou de commodité, notent des responsables ecclésiastiques interrogés par l’agence APIC.
L’archidiocèse de Vaduz est-il celui des catholiques du Liechtenstein ou celui des catholiques conservateurs de Suisse, du Sud de l’Allemagne et du Vorarlberg ?, se demandent-ils. Dans le second cas, ce serait pousser les croyants à quitter leur paroisse et leur diocèse s’ils sont en désaccord. Ce qui ne resterait pas sans conséquences au niveau de l’impôt ecclésiastique. Les responsables des corporations ecclésiastiques remarquent qu’une minorité cherche déjà à miner de cette façon le système des impôts ecclésiastiques prévalant en Suisse, un système – bénéficiant du soutien étatique – que les évêques suisses ne remettent pas en cause.
Des fidèles libres de leur choix
L’abbé Christoph Casetti, porte-parole de Mgr Haas, ne partage pas ce point de vue. Mgr Haas ne s’adresse pas dans les autres diocèses à l’ensemble des croyants, mais à un cercle précis de 3000 donateurs. «Je ne crois pas que Mgr Haas pousse à un développement qui verrait le passage des fidèles des paroisses territoriales à la paroisse personnelle. Nous assistons de toute façon déjà à un tel développement». Et l’abbé Casetti de relever que nombre de croyants participent à la messe dans la paroisse de leur choix: «C’est une attitude tout à fait humaine». Mgr Haas confirme par ailleurs qu’en tant qu’évêque de Coire, il a largement eu recours aux dons des fidèles, après que les collectivités ecclésiastiques cantonales eurent décidé de réduire ou de supprimer leur contribution au diocèse.
Pour le moment, Mgr Amédée Grab, président de la Conférence des évêques suisses, ne souhaite prendre position ni sur l’appel aux offrandes du public lancé par Mgr Haas pour financer son nouveau diocèse ni sur la séparation de l’archevêché du Liechtenstein du territoire du diocèse de Coire. Il doit d’abord parler personnellement avec Mgr Haas. Et de confier à l’APIC qu’il tient à ce que les relations entre les évêques suisses et le nouvel archidiocèse soient très bonnes dès le départ. (apic/gs/mp/be)
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