Saluant la « déclaration de repentance » des évêques français, prononcée le 30 septembre dernier à Drancy, devant le mémorial dressé en souvenir des juifs déportés de ce lieu vers Auschwitz, le Grand Rabbin Safran estime pourtant que ce geste important n’est pas suffisant. « La déclaration ne parachève pas mais accomplit ce qui n’a pas été fait au Concile Vatican II avec la déclaration « Nostra Aetate ». Cette déclaration est certes d’une très grande importance, mais reste encore assez elliptique en ce qui concerne les juifs. Il y manque l’acte de repentir, qui est fondamental pour le croyant, la reconnaissance de ses fautes et de sa responsabilité. Les évêques ont évidemment fait leur « déclaration de repentance » en tant qu’évêques français. Mais l’Eglise universelle n’est certes pas encore arrivée à ce niveau ».
Les gestes significatifs de Jean Paul II
Le Grand Rabbin relève toutefois les gestes significatifs du pape Jean Paul II, comme sa visite à la Grande Synagogue de Rome (13 avril 1986) ou la reconnaissance diplomatique complète de l’Etat d’Israël (15 juin 1994). Une reconnaissance certainement liée à toute la problématique théologique qui a nourri l’animosité et l’hostilité multiséculaires entre chrétiens et juifs depuis bientôt 2000 ans. Les premiers contacts entre Theodor Herzl, initiateur du mouvement sioniste, et le pape, montrent qu’à l’époque l’Eglise en était encore à un stade où elle ne reconnaissait pas aux juifs leur droit théologique au retour en Terre Promise en tant qu’Etat.
Alexandre Safran salue la grande évolution accomplie par le pape Jean Paul II avec la reconnaissance de l’Etat d’Israël. La reconnaissance aussi de la personnalité du judaïsme, de la foi juive, de la Synagogue, par sa visite historique du 13 avril 1986. « Entre-temps, nous avons tout de même eu des problèmes, notamment lors de l’installation du couvent des carmélites au camp d’Auschwitz. Il y a encore des choses qui doivent se réaliser au niveau de l’Eglise universelle ».
Concernant l’ »acte de contrition » de l’Eglise catholique à l’occasion du Grand Jubilé de l’an 2000, le Grand Rabbin dit sa confiance en l’être humain, car l’homme est quand même le gardien de l’étincelle divine et le porteur de l’image divine, qu’il a malheureusement souvent dénaturée ».
Point de départ, pas point final
« Nous attendons une telle déclaration de repentance de la part de l’Eglise universelle à l’occasion du Jubilé, affirme Alexandre Safran, mais cela dépend de l’Eglise elle-même, de l’influence du Saint-Esprit, pour utiliser le langage de l’Eglise catholique. J’ai le ferme espoir qu’un tel acte aura lieu. Ce sera un nouveau point de départ, mais pas un point final. Le point final est encore très lointain, parce que, comme nous le constatons maintenant partout dans le monde, on assiste à des réactions anti-juives ».
Les réactions antisémites, pour le Grand Rabbin de Genève, ne sont pas que des vestiges en voie de disparition, mais bien plutôt des réalités encore fortement enracinées dans l’âme de beaucoup de chrétiens: « Cela ne m’étonne pas, car ce sont des processus à l’œuvre depuis près de 2000 ans. Il reste à faire un long travail d’éducation qui va prendre certainement des générations. Mais nous avons aussi cette foi humaine en la grâce divine, qui peut intervenir d’une façon soudaine et gratuite, et provoquer ce changement ». (apic/be)
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