La repentance de l’Eglise a ses limites

Le document du Vatican sur l’Holocauste reçoit un accueil mitigé des milieux juifs

Bonn / Bâle, 17 mars 1998 (APIC) Les juifs ont réservé un accueil mitigé au document du Vatican sur l’Holocauste publié lundi à Rome. A leurs yeux, ce texte ne va pas assez loin et s’apparente trop à une auto-justification.

Le document du Vatican sur l’Holocauste montre une vision loyale, des sentiments sincères et la volonté de placer les relations judéo-chrétiennes sur de nouvelles bases estime Ernst Ludwig Ehrlich, co-président de la Commission suisse de dialogue Juifs catholiques romains. Mais pour le professeur bâlois, le document montre cependant aussi des limites.

L’historien et spécialiste du judaïsme déplore surtout le fait que le document se limite aux fautes des chrétiens, mais que l’Eglise en tant qu’institution reste en dehors de la critique. « Les conciles du Moyen-Age n’ont-ils pas proclamé l’antijudaïsme? » Ernst Ludwig Ehrlich critique aussi le fait que le document cite comme exemple positif certains évêques allemands. Le cardinal Adolph Bertram, de Breslau, n’a jamais officiellement protesté contre les persécutions des juifs et le cardinal de Munich Michael Faulhaber a uniquement défendu l’Ancien Testament en excluant expressément les juifs vivants à l’époque. Ehrlich doute aussi de l’affirmation selon laquelle le pape Pie XII aurait sauvé la vie de centaines de milliers de personnes. Il n’a jamais aidé les mille juifs déportés de Rome sous ses fenêtres vers Auschwitz, conclut-il.

Des siècles d’antijudaïsme

Pour Ignaz Bubis, président du Conseil central des Juifs d’Allemagne, le document ne fait pas assez apparaître comment des siècles d’antijudaïsme de la part de l’Eglise ont constitué le terrain dans lequel a pu se développer l’antisémitisme des nazis, jusqu’à la solution finale. Le rôle du pape Pie XII est trop enjolivé, estime Ignaz Bubis. Ce pape n’a pas sauvé des centaines de milliers de juifs durant le troisième Reich. Visiblement il est difficile à Rome d’admettre que la réalité était peut-être encore pire. Aussi bien le document des évêques allemands en 1995 que la déclaration de repentance des évêques français en 1997 à Drancy vont plus loin que le document du Vatican.

Pour Michel Friedman, membre du même Conseil, ce « document est mieux que rien, mais moins que ce que l’on attendait. ». « La majorité des chrétiens se sont tus et ont détourné leur regard, seule une minorité se sont engagés dont quelque un jusqu’au prix de leur vie », rappelle-t-il (apic/kna/wm/mp)

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