Nigéria : Jean Paul II fait part de sa «profonde préoccupation» pour ce pays et pour l’Afrique

Appel au respect des droits de l’homme

De notre envoyé spécial au Nigéria, Jean-Marie Guénois

Abuja, 22 mars 1998 (APIC) Dès son arrivée samedi à Abuja, la capitale du Nigéria, par 38°degrès d’une chaleur accablante, le pape exprimé sa «profonde préoccupation» pour ce pays et pour l’Afrique en général. S’adressant au général-président Sani Abacha, Jean Paul II a réclamé la justice, le développement et le respect des droits de l’homme. A l’instar de ce qu’il avait fait à Cuba, le Vatican a remis au gouvernement du Nigéria une liste d’une soixantaine de prisonniers politiques dont il demande la libération.

Vêtu dans le costume traditionnel «agabda» et coiffé de la «fila», et non dans son coutumier treillis militaire, le président Sani Abacha, de religion musulmane a très chaudement accueilli son hôte dont la visite représente un «honneur immense» pour le Nigéria. Rappelant le caractère laïc de l’Etat nigérian et l’égalité de traitement entre catholiques et musulmans (les catholiques représentent 11 % de la population, composée à 40 % de chrétiens et à 50 % de musulmans), le président a vanté la «coexistence pacifique des religions» dans son pays.

Le président s’est également réjoui de la béatification d’un «fils de la nation», le père Tansi, dont il «immensément fier» et dont il espère qu’il servira d’exemple pour tout le pays, y compris chez les non-catholiques.

Si le but principal de ce voyage est la béatification, dimanche à Onitsha, du père Tansi, un prêtre nigérian devenu moine mort en 1964, la portée de cet acte ecclésial ne se limite pas à la seule dimension religieuse. Le témoignage de ce prêtre, a expliqué le pape dans son discours d’arrivée à l’aéroport, est le «chemin» que les Nigérians devraient emprunter en ce moment afin de connaître un avenir plus lumineux pour leur pays.

Très vite le pape a proposé un diagnostic et un remède pour la société nigériane : «Des efforts honnêtes et conjoints sont exigés pour promouvoir l’harmonie et l’unité nationale, pour garantir le respect de la vie humaine et les droits de l’homme, pour promouvoir la justice et le développement, pour combattre le chômage, pour donner espérance aux pauvres et aux souffrants, pour résoudre les conflits à travers le dialogue et pour créer une solidarité vraie et durable entre tous les secteurs de la société».

L’enjeu, insiste Jean-Paul II, est de construire une «société qui respecte tous ses membres, dans leur dignité, dans leurs droits et dans leur liberté. Cela exige une attitude de réconciliation et demande que le gouvernement et les citoyens de cette terre s’engagent fermement à donner le meilleur d’eux-mêmes pour le bien de tous.»

Mis au banc des nations pour sa gestion autoritaire du pays dont il a pris les commandes après un coup d’Etat le 17 novembre 1993, le général Abacha (avant la visite du pape, le prix Nobel nigérian de littérature Wole Soyinka, en exil aux Usa et poursuivi pour «terrorisme» a qualifié le général Abacha de «Pinochet d’Afrique») a clamé son «soutien ferme à la campagne générale contre l’injustice, la pauvreté, la dictature et le capitalisme sauvage» estimant que le Nigéria figure parmi les «membres responsables de la communauté des nations».

Alors que des élections présidentielles sont censées se dérouler le 1er août prochain, le général autoproclamé président a jugé que son pays traverse un «moment très critique» et qu’il espère une «ère nouvelle de stabilité et de développement durable».

Le pape salue l’action du Nigéria en Sierra Leone et au Libéria

Le pape a également profité de cette audience africaine pour commenter «la violence» et les «tourments» en deux pays d’Afrique occidentale, le Sierra Leone et le Liberia. «C’est un devoir de reconnaître la contribution offerte par le Nigéria et par d’autres pays afin de résoudre cette situation difficile», a précisé le pape.

Le Nigéria, dans le cadre d’une force armée mise sur pied par la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest, a envoyé des forces armés au Sierra Leone et au Libéria pour des opérations de maintien de l’ordre. Au Libéria cette opération a permis l’élection démocratique de Charles Taylor signant la fin de sept années de guerre civile.

Accueil très chaleureux dans la capitale

Après cette cérémonie, la ville d’Abuja, couverte d’un brouillard impénétrable de sable en raison de l’Harmattan, vent du désert, nouvelle capitale du pays depuis 1992 a réservé un accueil très chaleureux à Jean-Paul II. La veille, vendredi et jour de prière, dans la grande mosquée nationale d’Abuja, le chef de la communauté musulmane avait qualifié la visite du pape «de bénédiction pour le pays», encourageant tous les musulmans à se rendre au bord des routes pour souhaiter la bienvenue à Jean-Paul II.

Jean Paul II demande la libération de soixante prisonniers politiques

Pendant que Jean-Paul II rencontrait dans la soirée des samedi, le général Sani Abacha, au palais présidentiel d’Abuja, le cardinal Angelo Sodano, Secrétaire d’Etat du Vatican, a transmis, au nom du pape, au ministre des affaires étrangères du pays une liste d’une soixantaine prisonniers politiques pour demander leur libération.

Le Vatican s’est refusé à donner plus de détails sur les noms mais a assuré que toutes ces personnes sont «déjà connues de l’opinion publique». Le porte-parole du Vatican, Joaquin Navaro-Valls a uniquement précisé que cette liste comporte des noms de journalistes. Il a aussi laissé entendre, mais sans le nommer, que l’ancien candidat à la présidence de la République, l’homme d’affaire Moshood Abiola, arrêté en juin 1994, et dont la femme a été assassinée en 1996, et qui avait probablement remporté les élections de 1993 avant le coup d’Etat figure aussi sur la liste des prisonniers. La sélection de ces noms a été effectuée sur la base d’indications venant de familles de détenus, de gouvernements extérieurs et d’organisations internationales, a-t-il indiqué.

Le Vatican a précisé qu’il n’entendait pas entrer sur le terrain juridique et qu’il s’agissait d’une «mesure de clémence» et d’un geste purement humanitaire. Selon la même source, les autorités du pays ont accueilli la requête en garantissant qu’elle sera étudiée et qu’une réponse sera donnée. Lors du voyage de Jean-Paul II à Cuba, en janvier dernier, une requête similaire avait permis la libération de plusieurs dizaines de prisonniers politiques. (apic/jmg/m)

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