Les juges admettent que la secte promeut

Le Tribunal cantonal fribourgeois refuse un droit de réponse aux raëliens

bel et bien la pédophilie et l’inceste dans ses écrits.

Affirmer le contraire est manifestement inexact.

Fribourg, 23 mars 1998 (APIC) La Cour civile du Tribunal cantonal fribourgeois a refusé un droit de réponse au mouvement raëlien, que ce dernier demandait suite à un article paru en août 1997 dans le quotidien fribourgeois «La Liberté» et repris de l’Agence APIC. Les juges de la Cour civile admettent que la secte promeut bel et bien la pédophilie et l’inceste dans ses écrits. Affirmer le contraire est manifestement inexact. Le Tribunal cantonal confirme ainsi le premier jugement émis en première instance par le Tribunal de district de la Sarine, au terme d’une audience peu ordinaire de quelque 5 heures, le 24 novembre dernier.

Dire que le mouvement raëlien prône «théoriquement» la pédophilie et l’inceste dans ses écrits n’est ni mensonger, ni diffamatoire. Au contraire, lorsque la secte réagit en demandant un droit de réponse, dans lequel elle affirme qu’elle condamne ces «abominations», et estime que leurs auteurs relèvent des bons soins des psychiatres, le journal visé par ce droit de réponse doit le considérer comme manifestement inexact. Lors de l’audience, le 13 février, l’avocat de «La Liberté», Me Pierre Perritaz, dossier à l’appui, a démontré que ces pratiques sexuelles condamnables sont non seulement encouragées par Raël, mais qu’elles sont mêmes des valeurs fondatrices de la secte.

La Cour civile du Tribunal cantonal fribourgeois, présidée par Marius Schraner, a donc refusé le droit de réponse que le mouvement raëlien voulait imposer à «La Liberté» suite à un article dans lequel la secte était accusée, exemples à l’appui, de promouvoir des pratiques sexuelles à la fois illégales et contre nature.

Dans un jugement de treize pages, les juges ont rejeté le droit de réponse sur chacun des trois points pour lesquels il était demandé. L’argument principal de ce refus: la secte, lorsqu’elle affirme «condamner ces abominations» que sont la pédophilie et l’inceste, tient des propos «manifestement inexacts». Ce qui, traduit du juridique en français courant, signifie qu’elle se défend en disant n’importe quoi, et que le droit de réponse n’a pas été inventé pour ça.

La preuve pas apportée

A preuve de cette inexactitude, une série d’extraits choisis de la littérature raëlienne, tous convergents, et auxquels la secte s’est trouvée bien incapable d’opposer des contre-exemples démontrant sa prétendue condamnation des perversions sexuelles. Le Tribunal cantonal qualifie ces écrits de «pour le moins ambigus, voire sans détours licencieux».

Dans un article repris de l’agence de presse APIC, écrit par Pierre Rottet, l’auteur expliquait que la secte avait été jugée dangereuse par la France, qu’elle prônait «théoriquement» dans ses écrits la pédophilie et l’inceste et que deux de ses membres avaient été condamnés dans le sud de la France pour le viol d’une fillette de onze ans, au domicile de sa mère, elle-même raëlienne.

Lors de l’audience, tenue le 13 février devant le Tribunal cantonal, les avocats de «La Liberté» et du mouvement raëlien avaient précisé les plaidoiries qu’ils avaient faites devant le Tribunal de la Sarine à la fin du mois de novembre, et qui avaient abouti à un premier refus du droit de réponse.

Le pilier de la pédophilie

En réponse, l’avocat de «La Liberté», Me Pierre Perritaz, avait cité plusieurs extraits choisis des écrits de l’ancien journaliste sportif Claude Vorilhon, fondateur de la secte, ainsi que des articles parus dans la revue «Apocalypse». La bible et le bulletin paroissial de Raël, en quelque sorte.

Avec fougue et avec beaucoup de précision, l’avocat avait démontré brillamment que la sexualité adultes-enfants est non seulement une pratique que la secte promeut, mais qu’elle est même l’une de ses principales valeurs fondatrices, un pilier sans lequel toute la conception raëlienne du monde s’écroulerait. Car c’est par l’éveil de l’intelligence, qu’il voit parallèle à un épanouissement physique et sexuel précoce, que Raël espère engendrer une génération de «génies», seuls dignes de diriger le monde et d’accueillir les extraterrestres qui l’ont créé avec tout son contenu.

«Il faudrait interdire»

Les membres de la secte ont beau dire en tribunal que ces écrits sont périmés, que certains de leurs auteurs ont quitté la secte et que la pédophilie est une abomination, ils n’ont jamais rétracté ces articles, ni émis de regret sur leur contenu, a insiste l’avocat Perritaz.

Les actes de certains raëliens ont d’ailleurs rattrapé les discours de leurs maîtres à penser: des membres et des proches de la secte ont été condamnés pour des abus sexuels gravissimes commis sur des enfants, a tonné l’avocat.

Si c’était vrai, il faudrait interdire cette secte, poursuivre ses membres, enfermer ses chefs. Bref, en finir avec Raël, lui a répondu Elie Elkaim, le second avocat de la secte. Dont l’ironie donnera peut-être, qui sait, des idées à un juge d’instruction.

Reste à savoir si les responsables du mouvements raëliens, et avec eux leurs avocats, porteront l’affaire devant le Tribunal Fédéral, iront ainsi qu’ils l’avaient laissé entendre au terme du premier jugement. Aucune décision n’avait encore été prise lundi. (apic/lib)

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