Afrique: 450 ans de présence des Jésuites
Rome, 27 mars 1998 (APIC) Il y a 450 ans, le 18 mars 1548, les quatre premiers Jésuites arrivaient en Afrique. Une lettre adressée par le Préposé Général de la Compagnie de Jésus, le Père Hans-Peter Kolvenbach, aux Pères et Frères de la Province du Portugal et de l’Assistance d’Afrique, rappelle cet événement.
Pour marquer l’événement, la première réunion des Jésuites africains se tiendra à Abidjan du 25 au 30 mai 1998. Le but de cette réunion est de réfléchir aux situations sociales, culturelles et politiques dans lesquelles ils sont amenés à annoncer l’Evangile. La Compagnie poursuit actuellement trois objectifs pour éviter la «marginalisation» de l’Afrique sub-saharienne: la formation des jeunes Jésuites, l’enseignement, et les centres spirituels et sociaux.
Dès les origines, indique le Père Kolvenbach, la Compagnie s’est intéressée à l’Afrique, et elle s’y est engagée. Dès les premiers siècles de sa mission dans ce continent, elle a lié l’annonce de l’Evangile à la tâche d’éducation qui libère de l’ignorance et prépare l’homme à exercer sa mission dans l’édification du monde. En 1995, rappelle le Père Kolvenbach, la 34° Congrégation Générale de la Compagnie dénonça la marginalisation de l’Afrique par les puissants du monde contemporain. Aujourd’hui, devant ce qu’il appelle «l’énormité de la tâche», il invite les Jésuites qui travaillent en Afrique à «être du côté de ceux qui gardent obstinément confiance en l’avenir».
Regard historique
Les Pères Jorge Vaz, Cristovao Ribeiro, Jacome Dias, et le scolastique Diogo do Soveral étaient envoyés en mission en Afrique par le Père Simon Rodriguez, Provincial du Portugal, à la demande du roi du Congo et du roi du Portugal. Ils débarquèrent à Pinda, et rejoignirent ensuite Mbanza Kongo. Ils furent reçus par le roi qui les avait invités, et, avec l’aide d’interprètes, ils se mirent rapidement à annoncer l’Evangile du salut, et firent de nombreuses conversions.
Par la suite, deux catéchismes furent publiés en langue «kikongo», l’un par le Père Cornelio Gomez (1558), et l’autre par le Père Mateo Cardoso (1624). Le Père Pero Tavares inventa une méthode d’enseignement de l’Evangile, des commandements et des prières, par l’utilisation du chant.
La Compagnie fonda bientôt deux collèges, l’un à Luanda et l’autre à San Salvador. A la demande de saint Ignace, les Jésuites portugais furent les premiers à se rendre en Ethiopie. Des Jésuites d’autres nationalités furent envoyés également en Afrique, et notamment à Madagascar où le Père Luigi Mariano arriva en 1623.
Soixante ans après sa restauration, la Compagnie reprit son travail «au service de la Mission du Christ»: au Zambèze, à Madagascar, au Congo Belge (19° siècle), et dans d’autres Pays d’Afrique sub-saharienne (20° siècle).
Depuis le 16° siècle, conclut le Père Kolvenbach, «la Compagnie a été attentive au sort des peuples africains. Elle a connu l’époque de l’esclavage, même au-delà des océans – qu’on se souvienne de saint Pierre Claver à Carthagèène -, elle a vécu le temps de la colonisation et celui des indépendances jusqu’à nos jours. Depuis la première rencontre de Pinda, elle a partagé avec le continent africain, joies et peines, angoisses et espérances». Le Père Kolvenbach rappelle aussi que de nombreux Jésuites ont payé de leur vie l’annonce de l’Evangile.
Priorité à la formation des jeunes
Aujourd’hui, les Jésuites africains et malgaches représentent la majorité des effectifs de la Compagnie; elle compte plus de 1’360 membres en Afrique sub-saharienne. La formation des 450 jeunes jésuites est aussi une priorité, explique le Père Marcel Matungulu, assistant régional pour l’Afrique. La Compagnie dispose ainsi d’un noviciat «Saint Pierre Canisius» à Kimwenza (Kinshasa), et de celui de Harare au Zimbabwé. Le «Hekima College» de Nairobi, au Kénya, assure leur formation théologique. Un autre est déjà prévu à Abidjan en Côte-d’Ivoire, où la Compagnie vient d’acheter un terrain. Les étudiants peuvent aussi poursuivre leurs études en Europe ou en Amérque.
Une autre priorité est l’éducation. Des milliers d’enfants reçoivent un enseignement primaire ou secondaire dans les écoles des Jésuites. L’enseignement supérieur est assuré par la Faculté de philosophie et l’Institut supérieur agro-vétérinaire de Kinshasa. A Madagascar, un Institut supérieur assure un enseignement technique dans les domaines de la mécanique et de l’agriculture. A Yaoundé, au Cameroun, la Compagnie a reçu la charge de la Faculté de sciences sociales et de gestion de l’Université catholique.
Le Père Matungulu souligne l’importance de l’enseignement supérieur scientifique et technique. Dans le domaine agricole, par exemple, grâce à l’étude des conditions nécessaires à l’élevage intensif, les Jésuites ont pu maintenir un cheptel de plusieurs milliers de vaches en République Démocratique du Congo, sans nuire aux paysans qui ont besoin de terres.
L’animation des centres spirituels représente une troisième priorité pour la Compagnie. Une dizaine de maisons de retraites spirituelles, offrent un ressourcement spirituel. Les centres sociaux, pour leur part, proposent des rencontres de réflexion et d’information ou des conseils sur des questions qui concernent la foi, la justice et l’éthique sociale. Le but, explique le Père Matungulu, est d’aider les personnes qui fréquentent ces Centres à «être des promoteurs de leur propre développement et des valeurs de la démocratie». (apic/fides/ab)
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