France: Les évêques assignent VW à comparaître
Paris, 4 février 1998 (APIC) « Mes amis, réjouissons-nous, car une nouvelle Golf est née »: c’est le « Christ » qui le proclame, dans un pub de caractère « messianique ». Le « Christ » est entouré de ses apôtres dans une image inspirée de la Sainte Cène de Leonard de Vinci. Les évêques français n’ont pas apprécié. Par le biais de leur association « Croyances et Libertés », ils assignent la firme automobile Volkswagen à comparaître devant le Tribunal de grande instance de Paris.
Volkswagen a-t-elle besoin, pour promouvoir la vente et la qualité de ses produits, de franchir ainsi les limites du plus élémentaire respect ? interroge Mgr Louis-Marie Billé, président de la conférence épiscopale française. Pour lui, pas de doute: « De nombreux croyants ressentiront comme une offense grave une telle instrumentalisation des symboles de leur foi, instrumentalisation contre laquelle je tiens à protester avec vigueur », a-t-il fait savoir au président du groupe Volkswagen France.
Une affiche comme celle qui renvoie au dernier repas du Christ pourrait sembler constituer comme un clin d’oeil inoffensif à la fois chrétienne : en fait elle rabaisse celle-ci au rang d’artifice et la rend dérisoire, note Mgr Billé
« Pour autant que je sache, toutes les firmes automobiles sont attentives à protéger leurs modèles des méfaits de la contrefaçon ou de la délinquance industrielles, argumente-t-il. Comment se fait-il que l’une d’elles ose ainsi s’emparer de ce qui ne lui appartient pas ? Il y a en effet un langage des signes, des symboles qui, aux yeux de tous, appartiennent à la foi chrétienne. Ils sont certes à la disposition de tous, mais pas pour en faire n’importe quoi. Le problème n’est pas que vous vouliez vendre vos voitures. […] Le problème est que, pour cela, vous détourniez de leur sens et de leur finalité des images et des mots dont la portée est telle qu’elle ne peut pas être mise au service de buts commerciaux, si légitimes soient-ils. »
Mgr Billé, qui préside l’association « Croyances et Libertés », regrette que les publicitaires auxquels VW a fait appel aient utilisé « des représentations qui font violence à la foi chrétienne et agressent ceux qui la vivent, mais aussi un certain nombre de ceux qui, sans la vivre, pressentent qu’il y a des frontières à ne pas franchir ».
Dans l’événement auquel renvoie toute évocation de la dernière Cène, qui est l’acte fondateur par lequel le Christ a institué l’Eucharistie, note encore Mgr Billé, « beaucoup d’hommes et de femmes trouvent un sens à leur existence et une aide pour leur vie: on ne peut pas impunément travestir cet événement. »
Tendre la joue gauche ?
L’association « Croyances et Libertés » a été créée par l’épiscopat français il y a tout juste un an pour, précisent ses statuts, « défendre, d’une part, la liberté religieuse, le droit au respect des croyances, d’autre part les dogmes, les principes, la doctrine catholique, ainsi que ses institutions ». Dans ce cadre, elle est chargée « de protéger et de défendre les catholiques des atteintes à leurs sentiments religieux ou à leurs convictions religieuses, qu’ils pourraient subir par la vie de la radio, de la presse, du film, de la télévision, de l’image ou de tout autre support ». Sont membres de droit de la nouvelle association les président et vice-président de la conférence épiscopale, les membres de son conseil permanent et tous les évêques qui en font la demande. Peut être membre adhérent toute personne qui porte intérêt à l’objet de l’association et dont la demande d’adhésion a été agrééée par le conseil d’administration ou cooptée par lui.
L’Evangile invite plutôt à tendre la joue gauche et pourtant. Pourtant, Jésus a chassé les marchands du temple. « Il a dénoncé l’hypocrisie, le mensonge, le pharisaïsme. Il a défendu les droits de la vérité, proclamé ceux de la justice », notait à l’époque le P. Olivier de la Brosse, porte-parole de la conférence épiscopale.
Face à l’injustice et à la haine, le chrétien peut se taire, tolérer avec humour certaines formes de dérision, faire preuve de patience stoïque; il peut surtout pardonner, quand il ne s’agit que de ses intérêts personnels, ajoutait le P. de la Brosse. « Mais s’il s’agit de la liberté de conscience et d’expression, lorsque la vérité et la justice sont bafouées, lorsque des dommages sont causés, que des hommes et des femmes sont atteints dans leur dignité, leur honneur, parfois leur situation ou leurs biens par d’injustes attaques, peut-il continuer à se taire ? Le silence ne devient-il pas, alors, faiblesse, mépris de lavérité, complicité dans l’injustice ? »
Et le P. de la Brosse d’assurer: « Les valeurs méritent d’être défendues. Les hommes aussi. L’Association « Croyances et Libertés » […] ne sera pas un instrument d’attaque et de polémique, mais un instrument de défense de la justice et de la vérité. La charité souffre violence. » (apic/com/cip/mp)
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