Les minorités religieuses pas assez protégées

Imbros: Nouvelle attaque contre une église orthodoxe en Turquie

Agridia/Imbros, 5 février 1998 (APIC) L’église orthodoxe d’Evangelismos a été pillée de fond en comble mardi soir par une bande armée à Tepeköy, sur l’île d’Imbros, l’un des derniers villages turcs où l’on rencontre encore une population grecque-orthodoxe. Située à l’embouchure du détroit des Dardanelles, cette île originairement peuplée de Grecs porte le nom turc de Gökçeada.

Le prêtre du lieu, le Père Nikolaos Vantsos, a été battu et maîtrisé, puis enfermé dans son appartement attenant à l’église. Les agresseurs ont alors vidé l’église de tout ce qu’elle contenait, jusqu’aux chaises. Les 20 icônes, des précieux Evangiles et des ornements liturgiques ont été emportés par les voleurs.

Les autorités turques ont décidément du mal à protéger les petites minorités chrétiennes qui subsistent en Turquie et les membres des services de sécurité, qui ne passent pourtant pas pour des tendres, se révèlent d’une rare inefficacité quand il s’agit d’arrêter des responsables de ces attaques répétées.

Attentats impunis en série

L’incident d’Imbros pourrit une nouvelle fois le climat gréco-turc et suscite une profonde inquiétude dans les rangs orthodoxes. Il survient après l’attaque à la grenade en décembre dernier contre le siège du patriarcat œcuménique au Phanar, à Istanbul, qui a grièvement blessé le Père Nectaire Nikolaos, et l’attaque le 12 janvier dernier par un groupe non identifié de l’église orthodoxe Saint-Théraponte, un très ancien lieu de pèlerinage situé près de la basilique Sainte-Sophie, à Istanbul également. Les agresseurs, qui ont assassiné le sacristain Vassilis Haviaropoulos, ont également détruit les installations, volé de précieuses icônes et bouté le feu à l’édifice.

Ce nouvel attentat s’ajoute à une longue liste d’actes de malveillance et d’agressions perpétrés au cours de ces six dernières années et qui ont visé les sanctuaires et les bâtiments de la communauté orthodoxe grecque qui est estimée aujourd’hui à moins de 5’000 fidèles. Elle en comptait encore plus de 150’000 « autorisés » après le traité de Lausanne de 1923, qui avait permis « l’échange forcé » de centaines de milliers (on parle de 1,2 million) d’habitants Grecs établis sur territoire turc et de Turcs vivant sur sol grec en Thrace (un demi-million).

Que reste-t-il des garanties du Traité de Lausanne ?

Le Traité de Lausanne avait prévu des exceptions pour les habitants grecs de Constantinople (Istanbul) et des îles d’Imbros et Tenedos (à l’embouchure du Détroit des Dardanelles) ainsi que pour les habitants turcs de la Thrace occidentale. Il contenait aussi une section spéciale sur la Protection des minorités applicable aux non musulmans de Turquie et aux musulmans de Grèce, garantissant la stricte égalité devant la loi, l’utilisation de leur langue dans la presse, la religion, le commerce, les réunions publiques ou privées et devant les tribunaux. Les minorités ont la liberté d’établir et de gérer des institutions éducatives, caritatives et religieuses propres.

L’assassinat du sacristain de Saint-Théraponte est, pour le Service orthodoxe de presse SOP, semble-t-il la première mort d’homme qui est à déplorer dans la communauté orthodoxe d’Istanbul depuis les violents pogroms anti-Grecs de septembre 1955 qui avaient fait de nombreuses victimes et provoqué un véritable exode des Grecs d’Istanbul. (apic/idea/sop/be)

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