Russie: L’immense influence du patriarcat de Moscou

L’Eglise et les catholiques restent des «étrangers» en Russie

Paris, 13 février 1998 (APIC) Les catholiques continuent d’être considérés comme des étrangers en Russie, estime le Père Bernard Dupuy, dominicain, directeur du Centre oecuménique Istina, fondé en 1928 pour établir les relations avec la Russie. Pour lui, on ne pouvait probablement pas attendre de la récente rencontre entre Boris Eltsine et le pape une modification de la loi sur la liberté de conscience adoptée par la Douma, le Parlement russe en septembre dernier.

Non seulement les catholiques et les protestants ne sont pas les seules minorités religieuses de Russie, explique le P. Dupuy, interrogé par «La Croix», mais surtout cette loi est une affaire de politique intérieure, et «ce qui fait question est l’esprit dans lequel elle a été rédigée».

Boris Eltsine, qui avait tenté d’opposer son veto en juillet dernier, n’a aucun pouvoir légal, «ni surtout réel», pour que la Douma revienne sur la loi votée, note le dominicain français. Il avait favorisé en 1995 la création d’un Conseil présidentiel pour la coopération avec les organisations religieuses, mais le Patriarcat de Moscou, qui avait participé à cette création, «n’a guère oeuvré pour la défendre». Un mouvement se créa alors à la Douma pour le supprimer et promulguer une nouvelle loi.

«Celle-ci n’a donc pas été préparée par un organisme constitutionnel, précise le P. Dupuy, mais imposée par une majorité politique, réunissant la droite et les communistes, issue des élections»

Le retour des nationalismes en Europe de l’Est

Pour le directeur d’Istina, la nouvelle loi ne devrait pas avoir de conséquences pratiques immédiates pour les minorités religieuses. «Le point le plus grave ne réside pas seulement dans des autorisations à demander au niveau local, dit-il, mais dans le fait que l’Eglise catholique russe est considérée comme une religion «étrangère». La loi ne considère pas les catholiques comme des Russes à part entière».

Beaucoup de catholiques, il est vrai, ne sont pas d’origine russe. Ils sont Baltes, Polonais, Caucasiens, Ukrainiens…, et leur installation en Russie est la conséquence des déplacements de population sous Staline. Ils sont un million (sur 147 millions de Russes) dispersés sur tout le territoire et forment une couche pauvre de la population. Pour bâtir une église ou un séminaire, il faut une autorisation. La nouvelle loi est restrictive. Pour le P. Dupuy, «une normalisation des relations avec l’Eglise orthodoxe d’abord, avec l’Etat ensuite, restent donc nécessaires».

Le spécialiste des relations avec le monde orthodoxe constate un retour des nationalismes en Europe de l’Est depuis cinq ans. Les Eglises sont invoquées comme porteuses de traditions ancestrales, d’où un clivage nouveau entre les Eglises. Et de souligner l’importance de l’enjeu: «On en vient à oublier que ce qui est en jeu après la chute du communiste, c’est la foi elle-même. J’ajouterais la morale, la force de l’individu. C’est un moment d’importance considérable. Ce serait un grand bienfait de pouvoir annoncer la foi ensemble et non séparément». (apic/cip/cx/pr)

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