Les laïcs ne sont pas des « concurrents » des prêtres !
Bologne, 15 février 1998 (APIC) L’ »Instruction sur quelques questions concernant la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres », publiée à Rome en novembre dernier, transpire la peur, constate le Père jésuite français Bernard Sesboüé.
Le professeur au Centre Sèvres à Paris déplore que le document romain – à la rédaction duquel ont collaboré pas moins de huit Congrégations – soit un texte « curial » qui semble avoir fait bien peu cas de la collégialité épiscopale. Le professeur de théologie fondamentale souhaite qu’un futur synode soit consacré à la place des laïcs dans l’Eglise.
Pas de concurrence entre laïcs et prêtres
Dans une interview accordée en janvier au bimensuel catholique italien « Il Regno » (Bologne), le théologien français observe qu’il est paradoxal que ce soit sous un pontificat placé dès le premier jour sous le titre « N’ayez pas peur » que paraisse une instruction « si manifestement marquée par la peur »: peur que les laïcs ne se « substituent » aux prêtres; peur que les prêtres en soient déstabilisés et qu’une confusion ne n’introduise entre sacerdoce universel des fidèles et sacerdoce ministériel; peur que les Eglises négligent la promotion des vocations presbytérales. Le texte sourd d’une rivalité supposée entre laïcs et prêtres, d’une concurrence agressive de la part des premiers, comme s’ils cherchaient une promotion personnelle et, de la part des seconds, d’un souci de défendre leur « chasse gardée ».
La participation des laïcs au ministère pastoral, un pis-aller transitoire ?
Le théologien, qui reprend la fameuse apostrophe de Jean Paul II « N’ayez pas peur ! », rappelle que la situation en France ne justifie aucunement les craintes formulées dans le document signé par huit dicastères: « Les fidèles baptisés qui se sont engagés sur cette route l’ont fait souvent en réponse à une demande de l’évêque. Ils sont guidés par un désir authentiquement spirituel de service de l’Eglise. Ils perçoivent qu’ils sont investis d’une responsabilité nouvelle qui a changé leur rapport avec l’Eglise. »
Le document, regrette encore le P. Sesboüé, considère la participation des laïcs au ministère pastoral comme une « parenthèse regrettable », en tenant pour acquis que cet état « transitoire » sera renversé au plus vite. « Est-ce réaliste ? Qui peut dire, pour de nombreuses régions du monde, que le nombre de prêtres redeviendra « suffisant » ? On ne peut réfléchir sur une question aussi grave et lourde pour l’avenir de l’Eglise – l’Instruction elle-même le reconnaît du reste – en regardant en arrière plutôt qu’en avant et en refusant de donner un nom à ce qui se pratique déjà. »
Mettre en œuvre un nouveau modèle du ministère pastoral
Le P. Sesboüé est très conscient que l’Eglise ne peut vivre sans prêtres et qu’il faut donc
tout faire pour favoriser les vocations presbytérales. Mais il pense que la crise actuelle, qui est « incontestable », appelle aussi à « écouter une parole que l’Esprit dit aux Eglises, qui invite à mettre en œuvre un nouveau modèle du ministère pastoral, où le prêtre aura évidemment une place décisive, mais en s’inscrivant dans une concertation plus ample », car il ne peut et ne doit plus être « celui qui fait tout ».
La collégialité épiscopale mise à mal par la montée du pouvoir de la curie romaine
Le jésuite regrette aussi avec des évêques éminents, comme Mgr Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale allemande, et le cardinal Pierre Eyt, archevêque de Bordeaux, que le document soit avant tout un texte de curie et une nouvelle manifestation de son autorité, sans égard pour la collégialité épiscopale.
Les évêques en sont les destinataires, « et des destinataires soupçonnés de ne pas remplir correctement leur devoir ». Ce texte n’est « qu’un signe, parmi tant d’autres, de la montée de l’autorité et du pouvoir de la curie romaine par rapport au collège des évêques », ajoute le jésuite, qui pense « en bonne conscience qu’il y a ici un « abus », plus grave par son l’ampleur et sa profondeur que le fait qu’un laïc prononce une homélie ».
Désarroi et espoir
Différentes rencontres ont permis au P. Sesboüé de mesurer « l’effet désastreux » produit par le document romain: « Il faut reconnaître que si on voulait décourager les bonnes volontés, on ne s’y prendrait pas autrement. A quoi riment les remerciements pour les services rendus, exprimés au début du document, avant une série d’interdictions, de suspicions, de permissions répétées et déplaisantes… Les rédacteurs ont-ils pensé au temps qu’il faudra aux évêques et aux prêtres pour redonner confiance aux laïcs et empêcher quelques-uns de tout planter là ? »
Par delà son « immense tristesse », le P. Sesboüé garde « malgré tout l’espérance invincible qu’on n’en restera pas là ». Le document n’est pour lui « qu’un épisode dans une recherche de toute l’Eglise sur une question qui est capitale pour son avenir ». C’est pourquoi il souhaite qu’un synode des évêques soit consacré à la place des laïcs dans l’Eglise. (apic/cip/be)
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