Une attaque quasiment impossible à justifier

Irak: Les cardinaux américains mettent Clinton en garde contre une attaque des Etats-Unis

Washington, 15 février 1998 (APIC) 7 cardinaux américains ont écrit au président des Etats-Unis William Clinton pour le mettre en garde contre une attaque des Etats-Unis visant l’Irak. Dans leur message rendu public ce week-end à Washington, les responsables catholiques estiment qu’une telle intervention militaire serait extrêmement difficile sinon impossible à justifier et qu’elle risquerait de mettre sérieusement en danger les chances d’une paix durable dans la région.

Dans leur lettre signée également par l’évêque de Cleveland, Mgr Anthony Michael Pilla, président de la Conférence épiscopale des Etats-Unis, les cardinaux saluent par ailleurs l’engagement du gouvernement américain pour la mise en œuvre des résolutions des Nations-Unies contre l’Irak et reconnaissent que la position de Saddam Hussein est inacceptable.

Ils réclament cependant que le gouvernement des Etats-Unis renforce les initiatives diplomatiques en y incluant celles entreprises par d’autres, en particulier par les Etats arabes. Les responsables religieux américains déclarent appuyer tous les efforts pacifiques de la communauté internationale visant à forcer l’Irak à respecter les décisions de l’ONU, à démanteler les armes de destruction massive et à garantir que de telles armes ne seront jamais utilisées dans le futur.

Alléger l’embargo pour sauver la vie de nombreux civils innocents

Concernant l’embargo de l’ONU contre l’Irak, que les Etats-Unis se refusent à alléger, les cardinaux demandent qu’il soit repensé afin de permettre d’acheminer davantage d’aide humanitaire et de sauver la vie de nombreux civils innocents. Pour le nonce apostolique à Bagdad, Mgr Giuseppe Lazzarotto, l’embargo total imposé à la population irakienne est tout à fait «inacceptable». Dans une interview accordée à la revue catholique italienne «Il Regno» (Bologne), le nonce à Bagdad qualifie ces mesures de «punition totale et collective de tout un peuple» violant les droits de l’homme.

Mgr Lazzarotto n’hésite pas à affirmer tout haut ce que d’autres pensent tout bas: en vérité, l’embargo imposé à l’Irak camoufle «d’énormes intérêts économiques». Le nonce ne cache pas que la politique de Washington trouve visiblement une explication dans le prix du pétrole. La chute du marché contraint les firmes pétrolières à vendre plus pour ne pas subir de trop fortes pertes, raison pour laquelle il faut maintenir le plus possible à l’écart le concurrent mal-aimé qu’est l’Irak.

Mentionnant les conséquences funestes de l’embargo sur une population qui ne doit pas être punie dans son ensemble pour quelque chose dont elle ne peut être tenue pour personnellement responsable, le nonce rappelle les souffrances des enfants, des femmes et des vieillards innocents. Mais aussi l’émigration constante des personnes les mieux formées, qui touche particulièrement les chrétiens.

Des chrétiens forcés à l’émigration

Les chrétiens irakiens forment encore aujourd’hui près de 10% de la population et n’ont jamais été persécutés par Saddam Hussein, tient-il à rappeler. Les musulmans irakiens reconnaissent que le christianisme existait avant l’arrivée de l’islam dans le pays. Pour le nonce à Bagdad, l’Irak est l’un des rares pays du Moyen-Orient où la communauté chrétienne peut s’organiser et développer ses activités librement. Cependant, en Irak aujourd’hui, c’est l’espérance et la confiance dans le futur qui meurent, souligne-t-il. Le résultat de cette «situation abominable» est que l’Occident chrétien contraint pratiquement les chrétiens irakiens à quitter leur patrie, déplore Mgr Lazzarotto, alors que l’embargo n’a eu aucun effet politique puisque Saddam Hussein est aujourd’hui plus fort qu’il y a 7 ans. Il se présente d’ailleurs comme le seul à pouvoir défendre les droits et la dignité du pays.

L’embargo contre les commerçants d’armes

Le nonce apostolique relève aussi que les entreprises occidentales ont vendu durant des années des tonnes d’armements à l’Irak et encaissé des milliards de dollars dans ce commerce lucratif. En fait, estime-t-il, c’est contre ces firmes que cet embargo aurait dû être imposé. Mgr Lazzarotto émet également des doutes sur les méthodes des inspecteurs de l’ONU dans leurs recherches d’armes biologiques et chimiques en Irak. En juin dernier, par exemple, deux groupes d’inspecteurs ont même fait irruption dans deux couvents chrétiens et ont tout retourné. Pour le nonce à Bagdad, les Irakiens ont quelque raison de ne pas avoir une très grande confiance dans ces inspecteurs et de réclamer une contre-inspection. (apic/kna/kap/be)

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