Sénégal: Amnesty International dénonce la «terreur en Casamance»

Tortures: le régime du président Diouf montré du doigt:

Sous le titre « Terreur en Casamance », AI évoque le sort de la population civile dans cette région, après avoir recueilli de nombreux témoignages. « Les gendarmes lui ont coupé les lèvres et ils lui ont demandé de les manger. (…) Le sang s’est mis à couler et ils m’ont demandé de le boire. Alors ils m’ont déshabillé et ont versé sur moi le contenu de bouteilles en plastique fondu et imbibé d’essence ». Il s’agit là d’un de ces témoignages qui illustre l’horreur des tortures infligées en Casamance.

Pour AI, les violations massives des droits de l’homme ne peuvent être mises sur le compte de « bavures », car l’armée sénégalaise est unanimement considérée comme une force bien structurée. « Ces violations engagent donc bel et bien la responsabilité des plus hautes autorités de l’Etat ».

Lors d’une entrevue avec une délégation d’AI, l’an dernier, le président sénégalais Abdou Diouf s’était déclaré attaché à l’état de droit, note l’Organisation. Pourtant, dix mois après avoir reçu un mémorandum évoquant de manière précise un certain nombre de cas de torture, d’exécutions illégales et de « disparitions », le gouvernement n’a toujours pris aucune mesure et les violations des droits de l’hommes commises par les forces de sécurité en Casamance se sont multipliées.

Exécutions extrajudiciares

Depuis avril 1995, 120 personnes sont détenues sans jugement depuis leur arrestation, sans qu’aucun fait grave ne soit reproché à la plupart d’entre elles. De nombreux détenus, dont la plupart sont des prisonniers d’opinion, ont signé, sous la contrainte, des procès-verbaux. Nombre de personnes, illettrées, n’ont pu prendre connaissance du contenu de ce qu’ils ont signé.

En Casamance, affirme encore AI, la torture est pratiquée de manière systématique lors d’arrestations, pendant la garde à vue et lorsque les prisonniers sont transférés par bateau de la prison de Ziguinchor à celle de Dakar. Nombre de personnes ont également été torturées à leur domicile, sous les yeux de leur famille. Les prisonniers sont arrêtés ou libérés non pas sur la base de décisions de justice, mais pour servir de monnaie d’échange par le gouvernement.

AI est particulièrement préoccupé par la « disparition » de personnes arrêtées par les forces de sécurité, dont on reste sans nouvelle, ainsi que par le grave problème des exécutions extrajudiciares, qui ont repris depuis juillet 1997.

Depuis 1990, le MFDC s’est également rendu responsable d’homicides de villageois qui refusaient de lui procurer de la nourriture et de l’argent, mais aussi de civils soupçonnés de collaboration avec les autorités sénégalaises. Il semble également que certaines personnes aient été tuées sur la base de critères ethniques. Dans la nuit du 7 au 8 septembre 1997, des combattants du MFDC ont fait irruption dans le foyer de jeunes du village de Djibanar, dans le Département de Sédhiou, et tué une dizaine d’enfants et d’adolescents.

AI dénonce en outre de nombreuses exactions commises en toute impunité par le MFDC contre des civils non armés. L’organisation internationale de défense des droits de l’homme basée à Londres salue en revanche le récent appel en faveur de la paix, en janvier dernier, du principal responsable du MFDC, l’abbé Diamacoune Senghor. (apic/com/pr)

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