«N’attaquez pas mon pays»
Rome, 20 février 1998 (APIC) Alors que les Etats-Unis se préparent à bombarder son pays, le chef de l’Eglise catholique irakienne, Mgr Raphaël Ier Bidawid, lance un appel un appel au peuple américain: «Faites pression sur votre gouvernement pour qu’il n’attaque pas mon peuple. Cela ne ferait pas honneur à une grande nation comme les Etats-Unis d’Amérique».
Mgr Bidawid, patriarche de Babylone des Chaldéens (Bagdad), est le guide spirituel de la plus grande partie des chrétiens irakiens, qui ont comme langue liturgique l’araméen. De passage à Rome pour participer aux réunions du Comité pour la préparation du Grand Jubilé de l’An 2000, il a eu l’occasion de rencontrer le pape Jean Paul II et de le remercier pour ses efforts contre la guerre.
Le pape la confié au patriarche Bidawid que «le peuple irakien était dans ses prières chaque jour, rapporte vendredi FIDES, l’agence internationale de presse dépendant de la Congrégation vaticane pour l’évangélisation des peuples. Sur 20 millions d’Irakiens, les chrétiens sont près d’un million : 80% d’entre eux sont catholiques de rite chaldéen (la majorité), de rite latin, syrien, arménien, syro-orthodoxe, nestorien, etc.
Le peuple ne fait que subir les choix de celui qui le guide
Interrogé par FIDES sur les sentiments de la population irakienne dans l’attente d’une possible attaque américaine, le patriarche estime que «la vie se déroule assez normalement. Les gens ne se rendent pas compte des tensions internationales, pour la raison également que dans un régime comme celui dans lequel nous vivons, le peuple n’est pas acteur de la politique, mais subit les choix de celui qui le guide et a les informations qui lui sont données».
Plus d’un million d’enfants victimes de l’embargo
Le peuple irakien manque de tout: «C’est la faute de l’embargo. Depuis 1990, plus d’un million d’enfants sont morts à cause du manque de médicaments et de denrées alimentaires. On a calculé que 4.500 enfants continuent de mourir par mois pour les mêmes raisons. La population s’appauvrit toujours plus, la dévaluation de la monnaie est de plus de 5.000%, le chômage est énorme, et le coût de la vie a augmenté de manière vertigineuse. Cela ne peut pas durer ainsi», lance le chef de la communauté chrétienne d’Irak.
La guerre n’a fait que renforcer Saddam Hussein
«Le responsable de cette situation n’est-ce pas celui qui dirige le pays ?», interroge FIDES. «La faute retombe sur la guerre, rétorque le patriarche Bidawid. Considérez que le conflit de 1990 (ndlr: l’invasion du Koweit et la guerre qui s’en est suivi) n’a fait que renforcer le gouvernement de Saddam. C’est pour cela que je dis que la guerre est inutile. Depuis le conflit de 1990, la population s’est resserrée plus encore autour de ses dirigeants. Cela peut sembler un paradoxe, mais c’est ainsi. La guerre a renforcé Saddam et a frappé le peuple, en aggravant sa situation de misère».
«Le président des Etats-Unis a menti au pape»
A l’époque, le patriarche Bidawid avait écrit à Bush pour le prier de ne pas attaquer son peuple: «J’ai été accusé d’être complice de Saddam parce que je demandais qu’il n’y ait pas de conflit. A présent j’ai écrit à Clinton. Le pape lui aussi avait supplié Bush, et avait reçu des assurances qu’il n’y aurait pas la guerre. Le président des Etats-Unis a menti au pape. Et à présent, il semble que l’histoire se répète».
Des sources américaines soutiennent que Saddam a caché ses armes en Algérie, au Soudan et en Libye, demande FIDES. «C’est la plus grande bêtise que j’ai jamais entendue. Mon pays est sous embargo, il n’y entre presque rien et presque rien ne peut sortir. Comme le gouvernement aurait-il fait pour transférer les armes ? Grâce à un tunnel construit dans ce but jusqu’à Alger, Khartoum et Tripoli ? Vous croyez que Saddam peut conserver des armes dans ses palais ? Et même si c’était possible, au point où on en est, il les aurait déplacées».
«Aucun peuple n’accepte d’être humilié à ce point»
La préoccupation de Saddam, estime le patriarche de Bagdad, n’est pas d’arriver à un conflit, qu’il n’est pas en mesure de supporter. «Le fait est qu’il veut que l’on enlève l’embargo, et il est prêt à tout risquer pour cela. Et le peuple, malheureusement, est avec lui sur ce point. Aucun peuple ne peut accepter d’être humilié à ce point». Mgr Raphaël Ier Bidawid affirme encore que les gens en Irak pensent qu’il vaut mieux mourir en combattant que de continuer à subir la misère et les humiliations. (apic/fides/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/irak-le-patriarche-de-bagdad-lance-un-appel-au-peuple-americain/