Le christianisme reste une religion d’importation

Rome: Document de travail sur le Synode pour l’Asie publié

Rome, 23 février 1998 (APIC) «La foi chrétienne est souvent perçue comme quelque chose qui a été importée en Asie de l’extérieur. C’est pourquoi certains n’acceptent pas le christianisme, craignant de perdre leur identité et leur culture nationales». Le document de travail du Synode sur l’Asie, qui s’ouvrira en avril prochain, s’inscrit résolument dans la perspective de l’évangélisation, avec une attention sans précédent à la question de l’inculturation.

Le document de travail (Instrumentum laboris) du Synode pour l’Asie est un texte de 73 pages divisé en sept chapitres: réalités de l’Asie; réalités ecclésiales de l’Asie; brève évaluation de l’histoire de la mission catholique en Asie; Jésus Christ, la bonne nouvelle du Salut; le dessein salvifique de Dieu, l’Esprit à l’œuvre; l’Eglise comme communion; La mission d’amour et de service de l’Eglise en Asie. Il a été élaboré à la suite d’une consultation des Eglises concernées.

Le Synode pour l’Asie, qui s’ouvrira à Rome le 19 avril prochain (pour se conclure le 14 mai), s’inscrit dans le cadre d’une série de Synodes continentaux voulus par Jean Paul II en préparation du Jubilé de l’an 2000. Destiné à faire réagir les pères synodaux lors de l’assemblée, le document de travail dresse davantage une série de constats qu’il n’apporte de réponses.

Des religions vivantes

Parmi ces constats, le fait que l’Asie, qui représente les trois quarts de la population mondiale, se trouve à «un moment crucial» de son histoire: «Une Asie moderne, sûre d’elle, est en train d’émerger, avec ses anciennes cultures, ses philosophies et ses traditions religieuses». Le document de travail précise: «L’Asie contemporaine, bien que restant encore attachée à de nombreuses façons de vivre et aux valeurs traditionnelles, est en train de subir une très rapide et très radicale transformation.»

L’Eglise, en organisant ce synode, espère un «renouvellement intérieur et à une revitalisation de son engagement à proclamer le message de salut de Jésus-Christ à l’aide d’une nouvelle évangélisation.» Mais elle est très consciente d’une difficulté majeure, qui dominera les débats du synode : «Parmi les causes pour lesquelles les efforts missionnaires de l’Eglise n’ont obtenu, dans le passé, que des résultats assez limités en Asie, ne faut-il pas citer le manque d’une réelle compréhension des religions asiatiques, de leurs valeurs inhérentes et de leurs forces, de leurs enseignements séculaires et de leur capacité intérieure de renouvellement, ainsi qu’une aversion à adopter des méthodes qui auraient parfaitement convenu à la mentalité des Asiatiques ?»

La présence des autres religions est stimulante pour le christianisme

Le texte ajoute: «Les religions de l’Asie sont vraiment des religions vivantes, imprégnant chaque aspect de la vie de l’individu, de la famille et de la société. Une nature profondément religieuse représente l’une des principales caractéristiques du peuple asiatique. […] Ces éléments religieux positifs prédisposent favorablement en Asie les gens au message de salut de Jésus-Christ.» Et plus loin: «Ces religions ont, de façon concrète, été le chemin qui a conduit la majorité des peuples de l’Asie vers Dieu, ainsi que la manière, pour Dieu, de les approcher. L’Esprit de Dieu était à l’œuvre dans les esprits et dans les cœurs des anciens sages du continent asiatique.» «Pour cette raison, en Asie, les autres religions constituent un défi positif pour l’Eglise, note le document. Elles la stimulent tant pour découvrir et reconnaître les signes de la présence du Christ et de l’action du Saint-Esprit que pour examiner d’une manière plus approfondie sa propre identité et porter témoignage de la plénitude de la Révélation qu’elle a reçue pour le bien de tous.»

Le Christ est présent dans les réalités asiatiques

L’Eglise, souligne encore le document, veut «reconnaître la présence de l’Esprit qui révèle Jésus Christ dans les réalités asiatiques» et «la présence de Jésus-Christ à travers l’humble partage des expériences de vie des peuples asiatiques et à travers le service rendu à tous». L’Eglise en Asie cherche à le faire «non comme une étrangère dans un contexte culturel, organisationnel et liturgique étranger, mais à travers des modes liés aux cultures de l’Asie, faisant sienne les ’joies et les espoirs, les souffrances et les anxiétés du peuple de l’Asie».

En effet, si elle est perçue comme étrangère – à l’exception notable des Philippines – l’Eglise n’est pas pour autant absente d’Asie, mais elle est connue uniquement par ses œuvres de charité: dans des pays où les chrétiens ne sont que 2 %, «les institutions liées à l’Eglise peuvent atteindre un taux de 30 % des organisations non-gouvernementales et des organisations de volontariat opérant dans le domaine des services sociaux».

Des signes de croissance

Aussi, «au-delà des arguments intellectuels, le véritable témoignage du Christ parmi le peuple asiatique ne sera effectif que quand la distance qui sépare la religion du service sera comblée, en d’autres termes quand les croyants deviendront réellement des signes vivants du Seigneur Jésus-Christ à travers l’exercice d’œuvres de miséricorde sur le plan spirituel et corporel». L’Eglise, souligne le texte, est aussi «porte-parole de pauvres» dans un continent frappé par des inégalités flagrantes, avec une «pauvreté dégradante».

Dans de nombreux cas, «la défense de la cause des travailleurs et des classes marginalisées tout comme l’exemple des laïcs dans la vie de chaque jour de l’Eglise ont contribué à donner une bonne image de l’Eglise dans la société». Oscillant entre la volonté de faire avancer l’évangélisation tout en respectant les religions locales et sans se laisse enfermer dans la seule action sociale, le texte constate que, «malgré ces difficultés évidentes, il existe dans certains pays des signes de croissance du point de vue de l’évangélisation et du développement humain». (apic/cip/imedia/be)

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