« Ici à Hauterive, nous aimerions surtout vivre nous-mêmes cet anniversaire sans en faire l’occasion de nombreuses manifestations extérieures mais en profiter pour reprendre conscience de la pureté du charisme duquel nous vivons encore », relève l’Abbé Dom Mauro Lepori. Il explique pour l’APIC le sens des célébrations du 9e centenaire et le rôle de la vie monastique.
L’abbaye d’Hauterive fondée en 1138 par Guillaume de Glâne est aujourd’hui le seul monastère cistercien masculin de Suisse (mis à part la fondation récente du monastère des cisterciens vietnamiens d’Orsonnens). Elle compte 23 moines. Elle accueille aussi des confrères de divers pays venus étudier à l’Université de Fribourg.
APIC: Que signifie pour un monastère tel que Hauterive le 9e centenaire de la fondation de l’abbaye de Cîteaux ?
M.L : Nous voulons nous confronter en tant que communauté et en tant que moines avec ce désir des origines pour vivre mieux notre vocation. Voir comment le choix de Cîteaux, dans l’éloignement, la solitude, la simplicité nous interpelle aujourd’hui. Hauterive est né seulement 40 ans après Cîteaux et la refondation en 1939 s’est faite dans l’idée de reproduire la démarche de Robert de Molesmes et de ses compagnons. Mais c’est un perpétuel recommencement.
APIC: La crise des vocations qui frappe les congrégations religieuses touche aussi les monastères Quelle est la situation pour les cisterciens ?
M.L : Le problème des vocations varie beaucoup d’un monastère à l’autre. Généralement pour les cisterciens, il n’est pas trop grave. Le recrutement est sensiblement plus difficile du côté féminin, surtout en Suisse allemande. A Hauterive, le nombre de moines a diminuéé, mais la moitié des membres ont aujourd’hui moins de 45 ans.
APIC: Quelles sont les conditions requises aujourd’hui pour entrer dans un monastère? Comment accueillir des personnes dont la formation religieuse est parfois très sommaire ?
M.L. : Pour appeler quelqu’un, Dieu n’attend pas qu’il ait la formation nécessaire. Il faut accueillir le jeune là où il est, selon son niveau de formation ou de maturité. Il s’agit alors de l’amener au niveau nécessaire pour s’engager définitivement dans la vie monastique. On pourrait d’ailleurs faire le même discours pour le mariage. Il faut plus de patience, plus d’écoute.
Ce qui manque, ce n’est pas tellement la formation catéchétique que l’on peut rattraper assez vite, mais la solidité affective des personnes. Les personnes qui ont grandi dans des familles solides et nombreuses ont déjà une structure humaine plus stable pour pouvoir entrer dans une communauté et y passer toute leur vie. Dans un tissu social plus délabré, il faut aider la personne à rerouver des repères pour mûrir sa vraie personnalité.
La Règle de saint Benoît ne prévoit qu’une année avant un engagement définitif, ce qui est aujourd’hui absolument impensable. A mes yeux, il est très difficile qu’un jeune avant 25 ans puisse s’engager dans un monastère. Un engagement définitif n’intervient que vers la trentaine. D’un autre côté les générations actuelles ont un sens de la prière et une faculté de se donner étonnantes qui constituent une grande espérance.
APIC: Les jeunes désireux de s’engager semblent plus attirés par les communautés nouvelles, souvent de type charismatique, que par un ordre monastique basé sur une tradition vieille de neuf siècles…
M.L. : Je ne vois pas d’opposition avec les mouvements charismatiques plus récents. Ils forment aussi aux valeurs essentielles pour lesquelles on peut vivre dans un monastère: prière, vie communautaire, écoute de la Parole de Dieu. Au début, les cisterciens ont été eux aussi un mouvement charismatique qui s’est développé exactement de la même manière que le font aujourd’hui les communautés nouvelles.
Les anciens monastères ont souvent de très bonnes relations avec ces nouveaux mouvements. Ils offrent un point de repère et de référence stable qui aide les communautés à découvrir comment elles peuvent se structurer pour durer.
APIC: La mentalité contemporaine est profondément marquée par la compétition, la recherche du profit et le souci de l’efficacité. L’Eglise elle-même est influencée par ces tendances. Quelle est dans ce contexte le rôle de la vie monastique ?
M.L : La vie monastique est une vocation qui existera toujours dans l’Eglise, elle fait partie de sa vie depuis ses origines. Elle n’a pas un but immédiat, ni service ou apostolat particulier dans l’Eglise. Elle sert la dimension contemplative.
Dans l’Eglise, on fait aussi l’expérience que l’apostolat qui ne ferait que viser l’efficacité immédiate est très peu fécond. On se rend compte que plus on a de moyens de faire, d’agir de dire, moins on est efficace. L’apostolat n’est fécond que dans la mesure où il repose sur l’union avec le Christ. C’est cette dimension que la vie contemplative rappelle et cultive. Chaque chrétien est appelé à vivre de cette union intime avec le Christ. Je crois que beaucoup de prêtres sont fatigués non seulement parce qu’ils ont beaucoup à faire, mais parce qu’ils ne cultivent pas assez l’union avec le Christ. (apic/mp)
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