Le pape prône l’équité, la solidarité et la remise de la dette

Journée Mondiale de la Paix: Jean Paul II interpelle les chefs d’Etat sur la globalisation

Rome, 1er janvier 1998 (APIC) Le pape Jean Paul II a lancé le 1er janvier, traditionnelle Journée Mondiale de la Paix, un vibrant appel à la responsabilité des chefs d’Etat et de tous les hommes de bonne volonté pour orienter le processus actuel de globalisation vers «l’équité et la solidarité». Au cours d’une messe solennelle en la basilique Saint-Pierre de Rome, le pape a plaidé en particulier par une remise «coordonnée» de la dette extérieure des pays pauvres.

Le Souverain pontife, qui présidait la messe solennelle de la fête de Sainte Marie, Mère de Dieu (première fête liturgique de l’année civile), a rappelé son message pour la 31ème Journée Mondiale de la Paix, intitulé «De la justice de chacun naît la paix pour tous». Selon la tradition, le corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège était présent à la cérémonie.

Le pape a souligné, lors de l’Angélus qui a suivi, que ce thème a été choisi pour marquer le 50ème anniversaire de la Déclaration des Droits de l’homme (1948). Il en cite d’ailleurs le préambule: «la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits, égaux et inaliénables, constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde».

Danger de marginalisation

Dans la perspective de l’An 2000, le pape souhaite une réorientation du processus de globalisation dans le sens de la justice. «Le processus de globalisation en route dans le monde, dit-il, a besoin d’être orienté dans le sens de l’équité et de la solidarité pour éviter que [ce processus], de fait, sinon dans les intentions, ne marginalise des personnes, des groupes ou des nations». Cette équité et cette solidarité doivent, selon le pape, caractériser ce qu’il a appelé la «famille des nations», le 5 octobre 1995, lors de son discours de New-York devant l’Assemblée générale des Nations-Unies.

Concrètement, le pape demande à nouveau qu’un pas soit fait vers la réduction de la dette extérieure de pays pauvres. «On doit tendre à cette ’famille des nations’, dit-il… Un pas positif dans cette direction est certainement l’engagement à la réduction coordonnée de la dette extérieure des pays les plus pauvres.» Et d’insister aussitôt sur la nécessité d’une réelle coordination: «une solution durable, affirme le pape, requiert l’effort concerté de tous».

Pour une culture de la légalité et la lutte contre la corruption

Comme il le fait dans son message pour la Journée Mondiale de la Paix, le pape préconise en même temps que les pays débiteurs favorisent une réelle «culture de la légalité», une «bonne administration» et la «lutte contre la corruption». Le ton est ferme, la voix insistante. Du point de vue de la marche des croyants vers le Jubilé et de leur responsabilité, le pape les invite à développer un «esprit de partage», un «style de vie simple». Ce sont, dit-il, les conditions d’une «distribution toujours plus équitable des fruits de la création».

Mais, insiste encore le pape, la responsabilité de la construction de la paix et de la justice incombe à tous. «Il est indispensable, affirme Jean Paul II lors de l’Angélus, que chacun s’engage pour la justice, dans le respect des droits humains et dans l’accomplissement cohérent des devoirs qui en découlent».

Dans son homélie également le pape est revenu sur le lien étroit qui unit la promotion de la justice et la construction de la paix. Et à deux reprises il insiste sur le fait que la paix et la justice relèvent de la responsabilité de tous. Il rappelle en effet que son message s’adresse aux chefs d’Etat et à tous les «hommes de bonne volonté», pas seulement aux croyants, ni aux catholiques. «C’est une responsabilité à laquelle nul ne peut se soustraire», dit-il.

Citant son message, présenté en décembre dernier par le cardinal Roger Etchegaray, président du Conseil pontifical Justice et Paix, le pape insiste: «Justice et paix ne sont pas des concepts abstraits ou des idéaux lointains; ce sont des valeurs inhérentes au cœur de toute personne, en tant que patrimoine commun [à tous]. Les individus, les familles, les communautés, les nations, tous sont appelés à vivre dans la justice et à œuvrer pour la paix. Personne ne peut se dispenser d’une telle responsabilité».

Le pape souligne alors le rôle du Conseil pontifical «Justice et Paix» pour favoriser la construction de la paix et de la justice dans le monde. Le Conseil est né de la Commission «Justice et Paix» instituée à titre expérimental par Paul VI en 1967. L’année suivante ce même pape instituait la Journée Mondiale de la Paix.

Le rôle spécifique du Conseil pontifical «Justice et Paix»

«Justice et Paix» a pour rôle spécifique, explique le pape, de «témoigner de la préoccupation du pape et du Siège apostolique pour les différentes situations de tension et de guerre, ainsi que la constante sollicitude que nourrit l’Eglise pour la construction d’un monde plus juste et plus fraternel». Le Conseil est aussi chargé de la promotion de la Journée Mondiale de la Paix.

Faisant le lien entre son message pour la paix et ce qu’il appelle «la théologie de Noël», le pape affirme ensuite que «c’est le Christ, la paix authentique». Et d’expliquer: il «réconcilie l’homme avec l’homme et l’humanité tout entière avec Dieu». Cette réconciliation, le pape l’exprime, en commentant saint Paul, en termes de «filiation adoptive». «L’homme, dit-il, devient fils adoptif de Dieu grâce à la naissance du Fils de Dieu lui-même». C’est l’Esprit-Saint (à qui l’année 1998 est consacrée, dans la perspective du Grand Jubilé de l’An 2000) qui rend possible cette adoption filiale, explique encore le pape. «L’homme reçoit une telle filiation, dit-il, par l’action de l’Esprit-Saint -l’Esprit du Fils-, que Dieu a envoyé en nos cœurs. C’est grâce à l’Esprit-Saint que nous pouvons dire: ’Abba, Père!’.»

Cette réconciliation et cette adoption filiale est source de vie éternelle, explique encore Jean Paul II. «L’homme existe, affirme le pape, non ’pour la mort’ mais ’pour l’immortalité’.» Dans ce sens, continue le pape, la naissance de Jésus n’est pas seulement centrale dans le temps humain (»la naissance de Jésus est le centre du temps», affirme-t-il), mais elle est aussi centrale pour le «salut» de l’humanité.

Enfin, lors de la prière d’intercession, les intentions reprenaient chacune un passage du Message du pape pour la paix. En portugais: «la justice marche avec la paix»; en polonais: «tous sont appelés à vivre dans la justice et à œuvrer pour la paix»; en arabe: «La paix de tous naît de la justice de chacun»; en swahili: «édifier la paix dans la justice est le devoir de tous et de chacun»; en allemand: «les êtres humains sont tous égaux en dignité»; et en chinois: «le Christ paix et justice peut devenir notre paix et notre justice». Le pape est apparu reposé, l’articulation très claire. Jean Paul II a improvisé et plaisanté en espagnol à la fin de l’Angélus.

Les thèmes des Journées Mondiales de la Paix de la décennie ont été: la création (»Paix avec Dieu créateur – paix avec toute la création», 1990), la conscience (»Si tu veux la paix, respecte la conscience de tout homme», 1991), l’unité des chrétiens (»Les croyants unis dans la construction de la paix», 1992), les pauvres (»Si tu cherches la paix, va vers les pauvres», 1993), la famille (»De la paix de la famille naît la paix de la famille humaine», 1994), la femme (»La femme: éducatrice de la paix», 1995), les enfants (»Donnons aux enfants un avenir de paix», 1996) et le pardon (»Offre le pardon et reçois la paix», 1997). (apic/imedia/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/journee-mondiale-de-la-paix-jean-paul-ii-interpelle-les-chefs-d-etat-sur-la-globalisation/