Paris: Le Père Vernette analyse, en cette fin de siècle, l’angoisse de la fin du monde
Paris, 5 janvier 1998 (APIC) A la veille de l’an 2000, les «millénaristes» – qui prédisent la fin des temps – connaissent un regain de succès, tirant sans conteste profit de l’angoisse panique qu’éprouvent nombre de contemporains à la veille du 3ème millénaire. Perte du sens de la vie, solitude et anonymat, manque de reconnaissance sociale, besoin de religieux et de sacré, refus de contraintes sociales asphyxiantes sont le terreau fertile des mouvements apocalyptiques, analyse le Père Jean Vernette, responsable, en France, du Service national «Pastorale, sectes et nouvelles croyances».
«La période que nous vivons est riche, en effet, en catastrophes de tous genres succédant au grand cataclysme des 55 millions de morts de la Seconde Guerre mondiale», écrit le Père Vernette. Les bouleversements économiques et sociaux, la «crise», les conflits et les révolutions (fruits encore présents de la guerre froide), voire certaines variations climatiques incompréhensibles, inquiètent. Considéré globalement, cet ensemble disparate de malheurs peut suggérer l’idée d’un grand bouleversement en marche et générer une forte angoisse existentielle, s’exprimant dans certains cas sur un plan religieux, note le spécialiste.
D’où le succès des mouvements eschatologiques et millénaristes.
Des prophéties catastrophes à satiété
Les Témoins de Jéhovah annoncent la «fin du présent système de choses mauvaises», refaisant d’ailleurs consciencieusement leurs calculs à chaque prédication erronée. De même, différents «Ordres» initiatiques, le groupe guérisseur Mahikari (venant du Japon, il est en forte expansion en Europe), l’Eglise Universelle de Dieu d’origine américaine, la religion d’Extra-terrestres des Raëliens (les Extra-terrestres menaçant de détruire totalement l’humanité par un bombardement radical), certains Pentecôtistes et Evangélistes annonçant la toute proche «fin des temps», des micro-groupes catholiques exploitant les «secrets» de Fatima ou San Damiano, de Garabandal, Kerizinen ou Dozulé, voire des groupes à révélation particulière comme les Pèlerins d’Arès, propagent des peurs ou des prédictions du même acabit.
Tous annoncent la fin du monde prochaine et l’avènement d’une ère nouvelle. Et l’approche de l’an 2000 réactive chez d’autres le mouvement de panique abusivement attaché aux dites «terreurs de l’An Mille». C’est une explosion de prophéties, poursuit le Père Vernette, plus catastrophiques les unes que les autres.
Plusieurs lisent dans les astres les grands bouleversements liés au passage de l’ère des Poissons à celle du Verseau. Les «Centuries» de Nostradamus (de Michel de Nostradamus, 1503-1566, astrologue appelé à la cour par Catherine de Médicis) en version moderne ont été un best-seller vendu à plus d’un million d’exemplaires.
On appelle à la rescousse la prophétie de saint Malachie qui laisse prévoir la destruction de Rome et le Jugement dernier sous le deuxième successeur du pape actuel. Cette prolifération est d’ailleurs provoquée et entretenue pour fournir un public à ce genre d’écrits, note le Père Vernette. On regarde aussi du côté des groupes de «mutants» qui annoncent le «Nouvel-Age» du monde, communautés écologiques comme Findhorn, lieux initiatiques ou centres gnostiques comme la Fraternité Blanche Universelle. Attente d’une nouvelle Ere, celle de l’Esprit, dans la suite de Joachim de Flore (1140-1202) et de sa mystique. Ou d’un monde nouveau. Les millénarismes font ainsi un retour remarqué.
L’attente d’un autre monde après la destruction du monde actuel
Hier, les «fanatiques de l’Apocalypse» étaient – au Moyen-Age – des pauvres aspirant à améliorer leurs conditions matérielles de vie, qui trouvèrent dans les prophéties de la fin du monde imminente, un ressort puissant pour inventer un nouveau modèle de société et un nouveau paradis après le retour du Christ. La protestation d’aujourd’hui et l’attente d’un autre monde après la destruction de celui-ci, se manifestent chez des gens connaissant des frustrations en des domaines autres que ceux de l’avoir et du pouvoir: frustration du sens de la vie, solitude et anonymat, manque de reconnaissance sociale, besoin de religieux et de sacré, refus d’un mode de vie sociale asphyxiante… Les nouveaux mouvements religieux foisonnent parce qu’ils semblent offrir des réponses à ces attentes.
La Parole jubilaire de l’Eglise
Le Père Jean Vernette estime enfin que la montée actuelle des millénarismes doit interroger l’Eglise sur son propre discours eschatologique aujourd’hui. Il faut sans doute retrouver le sens eschatologique du «Marana tha», «Viens Seigneur Jésus», qui clôt le Livre de l’Apocalypse. C’était le cri des premières générations chrétiennes implorant la venue du Jour «où il n’y aura plus ni larmes, ni mort, ni souffrance d’aucune sorte».
Or, constate Mgr Vernette, ce texte ne semble plus rien dire aux chrétiens actuellement. «Mais à ne plus rien dire de ce qui est notre propre Tradition, nous risquons de laisser à d’autres le champ libre pour prendre une parole bien douteuse. Il serait urgent de la retrouver». Aussi le pape Jean Paul II a-t-il choisi et de donner à la préparation de l’année jubilaire de l’an 2000 une toute autre signification et un tout autre contenu que ceux de l’attente d’une catastrophique fin des temps. En demandant aux chrétiens de préparer positivement la venue de l’an 2000 durant un Jubilé de trois années de réflexion et de prière: «pour inaugurer l’entrée du monde, non pas dans l’apocalypse, mais dans le troisième millénaire de la naissance du Christ». (apic/snop/ba/be)
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