Chine: Le cardinal Gong Pin-mei analyse la situation de l’Eglise catholique

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«Bien que persécutée, l’Eglise a triplé le nombre de ses fidèles»

Stamford/Rome, 12 janvier 1998 (APIC) Agé de 96 ans, le cardinal chinois Ignace Gong Pin-mei, est toujours, pour le Vatican, l’évêque officiel de Shanghaï, même s’il vit en exil aux Etats-Unis depuis dix ans. Dans une interview publiée dans la dernière édition du bulletin de l’agence FIDES à Rome, Mgr Gong Pin-mei affirme que l’Eglise restée fidèle au pape a presque triplé le nombre de ses fidèles depuis l’arrivée au pouvoir des communistes, «preuve que le Saint-Esprit guide et dirige l’Eglise souffrante».

«Au cours de ce demi-siècle de persécution, l’Eglise catholique souterraine chinoise est devenue plus forte. Le nombre des fidèles est passé de 3 à 8 millions», affirme à l’agence vaticane le vieil évêque resté un militant inflexible. Pour lui, pas de doute, l’Eglise dite «patriotique» est schismatique, un avis que ne partagent pas toutes les instances romaines, qui pensent qu’un jour viendra le temps de la réconciliation entre les deux Eglises chinoises.

Eminence, à 96 ans, vous êtes un témoin de ce siècle. D’après votre expérience, quels ont été les événements les meilleurs et les pires de cette époque?

Mgr Gong Pin-mei: Je suis né à l’époque de la Dynastie impériale Ching. A l’âge de dix ans, j’ai vu la naissance de la République de Chine. Le même mois où j’ai été consacré évêque, en octobre 1949, la Chine est devenue communiste et s’est appelée République Populaire de Chine. Le pire événement de ce siècle est pour moi la persécution religieuse en Chine qui dure désormais depuis 50 ans.

L’Eglise catholique romaine a 2.000 ans d’histoire et est reconnue dans le monde entier. Malgré tout, la Chine considère qu’elle est une organisation subversive. Durant les dernières

années, la Chine a changé de politique économique et commerciale, mais elle n’a rien changé dans sa politique de répression religieuse.

Pour ce qui concerne les choses positives, de nombreux pays comme la Russie et la Pologne ont remis en vigueur dans une certaine mesure la liberté religieuse. Positive aussi est la foi que l’on trouve en Chine. L’histoire devra reconnaître la foi solide de l’Eglise catholique romaine chinoise. Protégés par Notre-Dame de Chine, de très nombreux prêtres et fidèles, dont plusieurs sont très jeunes, n’ont pas manqué à leurs devoirs, sans craindre la prison, le martyre et leur sang versé. Ils n’ont pas trahi le Saint-Père. Ils n’ont pas trahi Dieu.

Quelle est la situation religieuse et missionnaire en Chine ? Y a-t-il des signes d’espérance ? Que peut-on faire pour améliorer la Mission de l’Eglise en Chine ?

Mgr Gong Pin-mei: Il y a de nombreux signes d’espérance dans l’Eglise souterraine, même si elle est persécutée. En Chine, nous n’avons pas, c’est vrai, une situation idéale, ou des bibliothèques bien garnies pour les séminaires non officiels; mais le bien-être n’est pas le seul moyen pour nourrir la foi. La foi des séminaristes et des fidèles croît par le bon exemple de leurs vieux prêtres et évêques. Leur foi croît dans la prière et dans le sacrifice quotidien. En conséquence, nous avons toujours plus de vocations religieuses en Chine.

Il y a quarante ans, le gouvernement communiste chinois a fondé l’Association Patriotique Catholique Chinoise, dans l’espoir de remplacer ainsi l’Eglise catholique romaine. Seul un petit nombre de prêtres a accepté d’être nommé évêque par l’Association Patriotique, en violation avec le droit canon, pour devenir une Eglise schismatique vis-à-vis de Rome, à l’instigation du gouvernement chinois.

Comment pouvons-nous soulager les souffrances de l’Eglise chinoise persécutée ?

Mgr Gong Pin-mei:Les prêtres et les évêques de l’Eglise chinoise souffrante veulent rester fermes et fidèles à leur devoir d’obéir au Saint-Père. Je crois fermement que la Sainte Vierge aura compassion de l’Eglise persécutée; elle sauvera la Chine. Avant que tout cela n’arrive, je vous prie toutefois, mes frères et sœurs dans le Christ, d’être patients et d’être à nos côtés. Je vous supplie de prier pour nous.

Le Saint-Père a déclaré l’année 1998 Année du Saint-Esprit. Priez le Saint-Esprit afin qu’il nous donne la force et qu’il fasse que nous ne craignions pas les souffrances pour parvenir à la plénitude de la foi. J’espère aussi que l’Eglise universelle nous aidera au point de vue économique pour former les séminaristes, pour seconder les prêtres dans leur travail pastoral et pour assister les religieux âgés.

Comment pourriez-vous décrire votre mission ?

Mgr Gong Pin-mei: Par la volonté de Dieu, je suis temporairement en exil aux Etats-Unis, en liberté. C’est une occasion que Dieu a accordée à l’Eglise souterraine chinoise pour faire connaître au monde ses souffrances. Je veux continuer à faire appel au gouvernement chinois pour qu’il libère tous les évêques catholiques, les prêtres et les fidèles qui se trouvent encore en prison, pour qu’il reconnaisse l’Eglise catholique romaine, et qu’il lui permette d’annoncer librement la Bonne Nouvelle du Seigneur. (apic/fides/be)

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