France : Déclaration de la Conférence épiscopale «Essor de la génétique et dignité humaine»

Oui aux thérapies géniques, non à l’eugénisme

Paris, 14 janvier 1998 (APIC) Si les thérapies géniques ne sont pas condamnables en elles-mêmes, le risque d’eugénisme ne doit pas pour autant être négligé, rappellent mercredi les évêques français dans une déclaration d’une vingtaine de pages intitulée « Essor de la génétique et dignité humaine ». En matière de génétique, « il faut clairement distinguer entre ce qui est techniquement possible et ce qui est moralement souhaitable », a souligné à Paris Mgr Louis-Marie Billé.

« La qualité d’une société ou d’une civilisation se manifeste au respect qu’elle manifeste envers les plus faibles de ces membres ». Cette citation du pape Jean Paul II sert de toile de fond à la déclaration des évêques français. Le Père Verspieren, directeur du Département d’éthique bio-médical du Centre Sèvres, a souligné que cette déclaration prend acte de la montée en puissance de la génétique. La prise de conscience s’est cristallisée en novembre 1996 lorsqu’ a été mis en place le dépistage systématique de la trisomie 21.

« Nous n’avons pas de suspicion à priori. Au contraire, l’Eglise admire les efforts des scientifiques qui cherchent à mieux comprendre le phénomène de la vie, notamment à analyser le génome humain. Mais force est de constater que ce savoir ne donne pas aujourd’hui un nouveau pouvoir sur l’anomalie et la maladie. Cela peut, en l’absence d’une réelle volonté de respecter pleinement la dignité humaine, entraîner des discriminations entre les forts et les faibles, entre ceux qui sont ’sains’ et les autres, et renforcer les exclusions », rappelle le Père Verspieren.

Le document épiscopal approuve sur le principe les thérapies géniques. Mais il met en garde contre un engouement excessif pour ce mode de traitement et contre la tentation de s’y cantonner. A propos de la médecine ’prédictive’, le texte rappelle les abus graves commis naguère au nom de l’eugénisme.

Le diagnostic et le dépistage prénatal ont pris au cours des dernières années une dimension collective plus importante. Face à une anomalie révélée, les médecins conseillent de manière plus ou moins directive l’interruption de grossesse, constatent les évêques. Au-delà de la défense absolue de la vie, de sa conception à la mort naturelle, prônée par l’enseignement catholique, les évêques s’inquiètent du caractère de plus en plus discriminatoire de la société et de la conviction toujours plus répandue selon laquelle il est préférable que certaines vies ne soient pas vécues.

« Sélection avant la naissance et mise à l’écart des personnes handicapées se renforcent mutuellement. Le respect de la dignité humaine et des droits de l’homme exige d’ouvrir des brèches dans ce processus », soulignent les évêques. Le document relève la nécessité de multiplier les lieux d’accueil, afin de ne pas laisser aux seuls parents la charge d’enfants handicapés, mais surtout de changer le regard sur eux.

Sœur Marie-Luc Rollet, médecin pédiatre, se félicite de cette mise au point. Elle fait valoir l’état de sidération dans lequel sont plongés les parents qui apprennent que leur enfant porte une anomalie grave. Souvent les médecins ne prennent pas assez en compte cet état et coloreraient la nécessité de prendre du temps pour que mûrisse une décision. La religieuse constate en outre un abaissement préoccupant du seuil de tolérance des anomalies. Elle souligne que des femmes vivent mal aujourd’hui les premières semaines de leur grossesse parce qu’elles sont suspendues aux résultats du diagnostic prénatal. Quel est l’impact de ce malaise, s’interroge-t-elle?

Sœur Marie du Christ Coudurier, secrétaire du Comité épiscopal pour la Santé, déplore que les efforts pour plus de tolérance envers les autres cultures ou les autres religions ne soient pas accompagnées d’efforts semblables envers les personnes blessées dans leur chair ou dans leur esprit. (apic/jan/mp)

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