Relancer la dynamique du dialogue

Rome: Nouvelle initiative de la Communauté de Sant’Egidio pour la paix en Algérie

Rome, 14 janvier 1998 (APIC) La communauté catholique de Sant’Egidio, à Rome, va lancer deux nouvelles initiatives pour promouvoir la résolution de la crise en Algérie: une marche pour la paix dans plusieurs grandes villes d’Europe, organisée avec Amnesty International, et une conférence internationale.

La Communauté de Sant’Egidio, qui s’est fait connaître au niveau international par sa médiation dans le conflit du Mozambique, avait déjà favorisé une rencontre de l’opposition algérienne à Rome en janvier 1995. Le gouvernement algérien n’avait pas voulu participer à la rencontre, qu’il avait désapprouvée.

La « plate-forme de Rome »: trois ans de perdus

Cette « plate-forme de Rome » avait soulevé pas mal de critiques et de questions, notamment de la part d’évêques algériens, en particulier de Mgr Pierre Claverie, l’évêque d’Oran. Ce dernier estimait, dans un entretien accordé à l’agence APIC quelques mois avant son assassinat le 1er août 1996, qu’elle faisait la part trop belle au FIS, le Front islamique du salut, alors que celui-ci était éclaté en tendances opposées concernant le recours à la violence armée.

La « plate-forme » avait débouché sur la signature d’un accord des participants, mais était restée sans suite. Après trois ans de violences, la mise en place d’une « troïka » européenne pour tenter une médiation et le troisième anniversaire de la plate-forme de Rome incitent Sant’Egidio à reprendre des initiatives en faveur de la paix en Algérie.

Une marche à la mémoire des morts

Première initiative, en collaboration avec Amnesty International, une marche silencieuse, aux flambeaux, organisée le jeudi 22 janvier prochain dans plusieurs grandes villes européennes, dont Paris, Londres, Berlin, Rome et Barcelone. Une marche « à la mémoire des morts », une marche de « solidarité » avec ceux qui souffrent, explique le Professeur Andrea Riccardi, président de Sant’Egidio, avec pour slogan: « Arrêtons la violence en Algérie ».

Ce sera aussi l’occasion d’adresser au peuple algérien un « message de solidarité », continue A. Riccardi, qui précise qu’il n’a pas voulu attendre la conclusion d’un accord avec d’autres organisations travaillant pour l’Algérie pour reprendre une initiative, au-delà de toute « polémique ». Il insiste sur l’urgence de la situation et cite les interventions de Jean Paul II pour la paix dans ce pays.

Zéroual responsable

Selon A. Riccardi, le gouvernement du président Zéroual est responsable du fait que la plate-forme de Rome de 1995 n’ait pas débouché sur un dialogue démocratique en Algérie. Constatant que la situation est plus difficile aujourd’hui qu’alors, il estime que trois ans ont été perdus, en même temps que tant de vies humaines. Pour lui, les chances sont aujourd’hui plus réduites pour arriver à une négociation.

Cependant, M. Marco Impagliazzo, un porte-parole de Sant’Egidio, se félicite de la mise en place d’une « troïka européenne » pour offrir une médiation dans la crise algérienne. Il déclare que Sant’Egidio est prêt, pour sa part, à promouvoir une Conférence internationale du type de celle tenue à Madrid pour le Moyen-Orient, sous le patronage des Etats-Unis et de la Communauté européenne, voire avec la participation de pays arabes. Le mot « dialogue » est un mot à ressusciter en Algérie. Le projet de mettre sur pied une telle conférence fait partie d’une seconde initiative de Sant’Egidio pour la paix en Algérie.

Aider à éteindre le feu dans la maison du voisin

La question qui pousse ainsi Sant’Egidio à remonter au créneau est: « Qu’avons-nous fait pour arrêter cela?, avoue A. Riccardi en faisant le parallèle avec la guerre en ex-Yougoslavie. « Si la maison du voisin brûle, dit-il, il faut aider à éteindre le feu ». Il en fait une question « d’ingérence humanitaire », mais sans envisager l’éventualité, même lointaine, de l’interposition d’une force de paix internationale.

Dénonçant la « chape de silence » qui couvre les événements d’Algérie depuis trois ans, Andrea Riccardi mentionne « d’obscures connexions », « d’étranges coïncidences ». « Certains, dit-il, ont intérêt au blocage de la situation ». Et de relever aussi la pression des intérêts économiques: l’Italie, par exemple, dépend de l’Algérie pour 80% de son gaz. (apic/imed/be)

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