«La Suisse, pays en développement 1798 – 1848 – 1998 – 2048 " Revue Sud 5/1998 38 p. En vente au prix de 3.– francs auprès de la Communauté de travail Swissaid, Action de Carême, Pain pour le prochain, Helvetas, Caritas, case postale 6735, 3001 Berne

Australie: L’Eglise publie des directives pour restaurer la confiance après des abus sexuels

Un guide général en matière d’éthique

Sydney, 15 janvier 1998 (APIC) L’Eglise catholique australienne, confrontée depuis quelques années à une vive controverse déclenchée par les allégations concernant des abus commis contre des enfants dans des institutions religieuses, a décidé de réagir en publiant une série de lignes directrices à l’intention du clergé. Pour Mgr Patrick Percival Power, président du comité de rédaction, ces directives sont «un moyen de restaurer la crédibilité qui a souffert de l’abus de confiance inhérent aux violences sexuelles».

Le document, «Integrity in Ministry», est la principale réponse de l’Eglise aux neuf points du programme publié par la Conférence épiscopale australienne et la Conférence australienne des responsables d’institutions religieuses catholiques en 1996. Ce programme a été élaboré après une série d’accusations à l’encontre du clergé catholique pour agressions sexuelles, qui ont abouti dans certains cas à la condamnation d’ecclésiastiques.

«J’espère que le document sera une étape supplémentaire du processus de guérison, si nécessaire pour notre Eglise, qui permettra à tous de rester fidèles à la mission et à la personne de Jésus», écrit Mgr Power, évêque auxiliaire de Canberra, dans la préface de ce document. Résultat de douze mois de travaux basés sur des rencontres avec des organismes laïcs, des prêtres, des représentants d’Eglises, et des victimes de violences, le document a été rendu public la semaine dernière et, après examen et discussion, il conduira à l’élaboration finale d’un ensemble de lignes directrices.

«Notre objectif n’était pas de produire un code imposé d’en haut, a précisé à l’agence de presse œcuménique ENI le Père Kevin Dance, président de la Conférence des responsables d’institutions religieuses, mais de faire participer pleinement les gens auxquels il s’adressera.

Ce document dresse la liste des normes que tous les membres du clergé et les religieux devraient respecter, et des conduites à adopter, comme par exemple, ne jamais lancer ni accepter une invitation à se livrer à des pratiques sexuelles, ne pas passer la nuit dans la même chambre qu’un mineur, même s’il y a deux lits, ne jamais donner de l’alcool ou des drogues à un mineur, ne jamais infliger de punition corporelle à un mineur et éviter tout geste qui pourrait être considéré comme du harcèlement.

Ne pas émettre des signaux équivoques

Par ailleurs, le projet de code met en garde les membres du clergé: même si le «toucher est une façon forte de communiquer et une part importante du ministère pastoral, il peut aussi faire passer des messages qui sont confus … et être aussi utilisé comme un instrument de contrôle, de harcèlement, ou d’abus».

L’Eglise australienne a beaucoup souffert des controverses sur les abus sexuels

Même si l’élaboration de ce document a été déclenchée par le problème de violences sexuelles, le code devrait servir de guide général en matière d’éthique. Selon Mgr Power, «cela signifie que le clergé catholique australien et les religieux et religieuses recevront des directives qui leur permettront d’exercer leur ministère avec intégrité, professionnalisme et un souci pastoral authentique».

La réputation de l’Eglise a beaucoup souffert de cette controverse. Un rapport sur la pédophilie, rédigé par le juge James Wood, dans le cadre d’une enquête sur la corruption de la police dans l’Etat de la Nouvelle-Galles-du-Sud, a révélé que des générations d’enfants ont été victimes de ces abus parce que la police et les autorités avaient fermé les yeux sur les violences sexuelles commises par des membres du clergé et du corps enseignant. D’après le rapport du juge Wood, l’échec de la police à enquêter sur ces cas résulte de l’ignorance et de la déférence excessive envers l’Eglise.

De leur côté, les Eglises ont mis en place des politiques inexcusables pour protéger leurs membres accusés de violences sexuelles en prétextant que leur conduite représentait un échec moral qu’il fallait mieux gérer par la réprimande, le transfert et le soutien psychologique. «Une priorité excessive a été accordée à la protection de la réputation de l’Eglise en tant qu’institution, et des membres du clergé en tant qu’individus, aux dépens des enfants victimes d’abus», souligne le rapport.

Mais, souligne le juge Wood, les Eglises et les organisations religieuses admettent aujourd’hui que l’on ignorait l’étendue des agressions sexuelles à l’encontre des enfants commises par des membres de l’Eglise. La révélation de ces abus est aujourd’hui si répandue qu’en septembre dernier un évêque catholique a déclaré que des prêtres étaient frappés, humiliés publiquement et que les maisons de certains d’entre eux étaient couvertes de graffiti, signes d’une vague d’hostilité sans précédent.

Le goût du sensationnalisme des médias mis en cause

L’évêque catholique de Sydney, Geoffrey Robinson, membre du comité de rédaction du document «Integrity in Ministry», a même rapporté que des prêtres étaient abordés par des inconnus dans la rue qui les traitaient de «pédophiles» et autres termes injurieux. L’évêque met en partie en cause les médias qui, a-t-il souligné dans une interview au journal «The Australian», ont donné aux gens l’idée fausse que de nombreux prêtres et collaborateurs de l’Eglise se comportaient mal avec les enfants. Or, «la pédophilie et les violences sexuelles se produisent dans tous les milieux professionnels et dans toutes les Eglises, mais dans 99 % des cas, on ne parle que de l’Eglise catholique.» (apic/eni/be)

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