Le document n’envisage qu’une

Belgique: le cardinal Danneels commente l’Instruction romaine prêtres/laïcs

«toute petite partie de la responsabilité des laïcs»

Bruxelles, 16 janvier 1998 (APIC) Dans son édition du 14 janvier, L’hebdomadaire catholique flamand «Kerk en Leven» publie dans sa dernière livraison une interview du cardinal Godfried Danneels sur l’Instruction romaine du 13 novembre dernier relative à «quelques questions concernant la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres». L’archevêque de Malines-Bruxelles observe avant tout que le document n’envisage qu’une «toute petite partie de la responsabilité des laïcs».

Les «quelques questions» dont traite la récente Instruction du Vatican, souligne le cardinal Danneels, ne sont qu’une «toute petite partie de la responsabilité des laïcs». D’abord, «le document ne dit rien sur l’engagement des laïcs dans le monde», qui a tant retenu l’attention du Concile Vatican II. En outre, «il y a une série de tâches qui découlent du baptême et de la confirmation, et qui ne requièrent pas d’autorisation spéciale: la collaboration dans la catéchèse, dans le souci des pauvres, dans les mouvements sociaux, dans l’éducation des enfants, la vie familiale».

A défaut de la replacer suffisamment dans un vaste ensemble, le document qui examine la «toute petite partie» de l’activité des laïcs, où ceux-ci sont amenés à prendre en charge certaines tâches normalement réservées aux prêtres, donne finalement l’impression que «le laïc ne peut intervenir qu’en cas de nécessité et, de préférence, le moins possible». C’est une vision «fort unilatérale», constate le cardinal Danneels.

L’archevêque n’ignore pas que le document est conçu en deux parties, la première soulignant sur un plan général les aspects positifs de la collaboration des laïcs dans la vie de l’Eglise. Mais, les conclusions restrictives qui en sont tirées dans un second temps donnent l’impression que «les laïcs sont encore tolérés, mais ne sont plus vraiment souhaités».

Une Eglise sacrement de salut

Au-delà de ses réserves sur la manière dont le sujet est traité, le cardinal adhère toutefois à l’objectif annoncé: «Il s’agit avant tout, rappelle-t-il, de parvenir à une collaboration meilleure et plus harmonieuse entre prêtres et laïcs. Ceci suppose que l’on ait en vue l’identité propre des uns et des autres. Il y a dans l’Eglise une distinction – non une séparation – entre le ministère ordonné et le sacerdoce commun des fidèles. Les deux sont nécessaires à l’édification de l’Eglise, mais ils ne se superposent pas et ne se confondent pas.

Or, pour diverses raisons, cette sacramentalité est aujourd’hui mal perçue, observe l’archevêque. Il met en cause une mentalité trop fonctionnelle: «Vous assurez la prédication un certain temps, et vous voilà prêtre! La fonction crée l’organe !» Il y voit une mentalité trop pragmatique et trop peu doctrinale: «Il manque des prêtres ? Alors, il faut prendre la relève. Comme s’il s’agissait de constituer une réserve de recrutement !» C’est aussi une mentalité de rapports de force ou de concurrence : «Qui est le patron, ici ? Qui peut faire ceci, et qui ne le peut pas ?»

Or, il faut apprendre, dit le cardinal, à penser «en termes de communion» : «Que pouvons-nous faire ensemble, chacun en vertu de sa propre identité ?» Et d’insister: prêtres et laïcs ont une «égale dignité», mais être prêtre ou être laïc, «ce n’est pas pareil». Face au manque actuel de prêtres, la tentation est grande, poursuit le cardinal de se focaliser, par réaction panique, sur les tâches à remplir, au risque de perdre de vue la sacramentalité de l’Eglise. Or il est vital, dit-il, de redécouvrir l’identité du prêtre et le sens du ministère ordonné pour promouvoir de nouvelles vocations.

Revenir à la situation missionnaire d’origine

L’objectif ne peut être de maintenir à tout prix l’ensemble des activités qui étaient possibles avec un grand nombre de prêtres. «Il faut accepter que le christianisme en revienne à la situation missionnaire des origines. Il faut réapprendre à vivre dans une société plurielle et apprendre à vivre avec une pauvreté de moyens: pauvreté en prêtres, mais aussi en laïcs. Cette pauvreté n’est pas forcément un appauvrissement. Le fait de ne plus pouvoir assumer de multiples tâches incite à aller à l’essentiel: annoncer l’Evangile, célébrer l’eucharistie et les autres sacrements, vivre au service des autres».

Au passage, l’archevêque précise qu’il ne croit pas en une solution miracle reposant sur un appel d’hommes mariés au ministère ordonné, voire sur l’institution de nouveaux types de ministère (non ordonné) dans l’Eglise, car il ne s’agit pas de «cléricaliser les laïcs». L’avenir passe par une sauvegarde de la vocation des laïcs et du ministère des prêtres, et par leur collaboration harmonieuse.

Quant aux confusions de rôles déplorées dans la seconde partie du document, le cardinal Danneels invite à ne pas se crisper sur les interdictions, ni à en exagérer la portée. «Il n’est pas juste d’en déduire que le laïc ne peut pas donner la communion. C’est admis dans les cas de nécessité, notamment pour les laïcs qui iront donner la communion aux malades. Le laïc ne peut pas faire l’homélie, puisque celle-ci est l’avant-propos du sacrement et revient à celui qui y préside. Mais le laïc peut donner un témoignage et participer à toutes sortes d’autres prédications. Le laïc ne peut pas conférer l’onction des malades. Mais il ne lui est pas interdit de prier pour un malade. Il est aussi évident que les laïcs sont des collaborateurs indispensables d’une équipe pastorale, mais la direction de l’équipe revient à celui qui préside aussi l’eucharistie, l’annonce de la Parole et la communauté». (apic/cip/pr)

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