Le changement par le dialogue et la réconciliation

Visite du pape à Cuba: Jean Paul II invite les Cubains au respect des droits de l’homme

De notre envoyé spécial à Cuba, Jean-Marie Guénois

La Havane, 25 janvier 1998 (APIC) Le pape Jean Paul II a invité samedi les Cubains à respecter les droits de l’homme et à se tourner vers ce qu’il a nommé « la vraie liberté ». Autre point fort de la journée de samedi: le pape a couronné solennellement d’un joyau amené spécialement de Rome la statue de la Vierge de la Charité du Cuivre.

Au quatrième et avant dernier jour de sa visite à Cuba, le pape a en effet lancé un appel « à la reconnaissance des droits de l’homme », au cours d’une messe, la troisième, célébrée samedi en fin de matinée à Santiago de Cuba, dans le sud de l’ìle, devant plus de 200’00 personnes. La cérémonie était retransmise en direct par la télévision d’Etat.

Devant Raoul Castro, 66 ans, frère du président, numéro deux du régime et successeur désigné de Fidel Castro, Jean Paul II a encore invité les Cubains à retrouver la foi pour « obtenir la véritable liberté », au centre de laquelle il a placé « la reconnaissance des droits humains et de la justice sociale ».

Pas d’affrontement avec le régime actuel

C’est donc à Santiago de Cuba, le 24 janvier, au pied d’une statue de la Vierge, sanctuaire national, que Jean Paul II a choisi de lancer un véritable appel politique. Jean Paul II a directement signifié aux laïcs chrétiens qu’ils avaient, non seulement « le droit », mais « le devoir » de « participer au débat public » en réclamant « l’égalité de chances » avec d’autres composantes politiques.

Le pape a cependant récusé, dans le même temps, toute idée d’affrontement avec le régime actuel. Cette évolution politique estime le pape, doit se faire avec « des moyens pacifiques et graduels », muni de l’arme du « dialogue et de la réconciliation ». Toutefois, ce programme d’action doit, aux yeux du pape, se fonder sur trois piliers: « la liberté d’expression, d’initiatives, et d’association ». Enfin, pour éviter toute ambiguïté, le pape a relevé que l’Eglise ne cherche « aucune forme de pouvoir politique », mais que, « fondée sur le Christ, elle assume des positions courageuses et prophétiques devant les corruptions du pouvoir politique et économique ».

Dans l’après-midi, de retour à la Havane, le pape, qui visitait un hôpital, a critiqué l’emprisonnement pour « des motifs de conscience », demandant que chacun puisse « exprimer ses propres opinions dans le respect et la tolérance ». A propos de la demande de clémence, pour une série de prisonniers cubains, transmise par le Vatican aux autorités cubaines au début du séjour du pape, le porte-parole du Saint-Siège, Joachim Navarro Valls, a fait savoir samedi que « pour le moment » le Vatican n’avait reçu aucune nouvelle, sinon la promesse, lors d’un entretien à ce sujet, que le gouvernement cubain étudierait cette question avec « la plus grande d’attention ». Toutefois la rumeur circulait que le gouvernement cubain pourrait faire un geste en publiant une liste de libération avant le départ du pape.

Avec la « Virgen de la Caridad del Cobre »

Santiago de Cuba, seconde ville de l’île (400’000 habitants) est le berceau de deux délices, la fameuse danse « salsa » et le rhum. Mais elle est aussi toute proche d’un sanctuaire nationale, la « Virgen de la Caridad del Cobre », qui est le rendez-vous du pays depuis des siècles, autour d’une statuette de bois que le pape a couronnée pour l’occasion. Ce sanctuaire est une sorte de symbole national, reconnu par tous, toutes tendances politiques et religieuses confondues, comme le trait d’union de Cuba.

« C’est au pied de cette vierge », a noté le pape que « le père de la Patrie », Carlos Manuel de Cespedes, « a commencé sa lutte pour la liberté et pour l’indépendance de Cuba ». Ainsi a-t-il rappelé, la « Virgen de la Caridad del Cobre », « Reine et Mère de tous les cubains, sans distinction de races et d’opinions politiques ou d’idéologie, guide et soutient, comme par le passé, ses fils sur le chemin de la Patrie céleste et les encourage à vivre de façon à ce que les valeurs morales authentiques règnent dans la société ».

Poursuivant son homélie, le pape a indiqué une sorte de programme politique pour les chrétiens cubains: « les oeuvres d’évangélisation comme les missions de quartiers ou dans les villages sans église, doivent être soignées et promues, pour qu’elles puissent se développer et servir, non seulement aux catholiques, mais aussi à tout le peuple cubain afin qu’il connaisse Jésus-Christ. »

L’Eglise a poursuivi le pape, appelle « chacun à incarner la foi » dans sa propre vie pour « le développement intégral de l’être humain » et pour obtenir « la vraie liberté qui comprend la reconnaissance des droits humains et de la justice sociale ». Les « laïcs catholiques » ont « le devoir et le droit de participer au débat publique à égalité de chances » avec les autres composantes politiques mais « dans une attitude de dialogue et de réconciliation ». Il a aussitôt précisé : « Le bien du pays doit être promu » par « des moyens pacifiques et graduels ». Ainsi, « toutes les personnes, jouissant de la liberté d’expression, de la capacité d’initiative et de proposition au sein de la société civile, et d’une liberté d’association adéquate, pourront collaborer efficacement à la recherche du bien commun ».

Au service de l’homme et de la liberté

Jean Paul II prévient cependant: « L’Eglise, immergée dans la société, ne recherche aucune forme de pouvoir politique pour accomplir sa mission, mais elle veut être un germe fécond de bien commun, par sa présence dans les structures sociales.(…) Tout ce que l’Eglise réclame pour elle, elle le met au service de l’homme et de la société (…) En défendant sa liberté, l’Eglise défend celle de chaque personne, des familles, et des diverses organisations sociales, réalités vivantes qui ont droit à leur propre espace d’autonomie et de souveraineté (…). L’Eglise est appelée à donner son témoignage du Christ , en assumant des positions courageuses et prophétiques en face des corruptions du pouvoir politique et économique ». C’est là un enseignement permanent de la doctrine sociale de l’Eglise, a-t-il dit.

Avant de conclure son homélie par une longue prière à la vierge, le pape a précisé : « El cobre est le lieu où se trouve le sanctuaire qui fut le premier lieu à Cuba où les esclaves ont conquis la liberté ».

Avec les malades

Dans la soirée, le pape, de retour à la Havane, a visité à « El Rincon », à 26 km de la Havane, un hôpital tenu par des religieuses de Saint-Vincent de Paul. Cette visite a été l’occasion pour Jean-Paul II de prendre position sur la question des prisonniers politiques à Cuba. « La souffrance a-t-il dit, n’est pas seulement de nature physique, comme peut l’être la maladie. Il existe aussi une souffrance de l’âme dont sont affectés les exclus, les persécutés, les détenus pour des crimes divers ou pour des motifs de conscience, pour leur idées pacifiques mais qui ne sont pas partagées ».

Face à ces problèmes a estimé le pape, chacun a une responsabilité car, « l’indifférence face à la douleur humaine, la passivité devant les causes qui provoquent la souffrance de ce monde et les remèdes inadaptés qui ne conduisent pas à soigner en profondeur les blessures des personnes et des peuples, sont des omissions graves ». (apic/imed/pr)

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