Fribourg: L’archevêque de Gitega réclame la levée immédiate de l’embargo contre le Burundi
Fribourg, 28 janvier 1998 (APIC) « Ce n’est pas l’élite au pouvoir à Bujumbura, mais surtout le petit peuple, les paysans isolés, qui sont frappés par l’embargo », s’insurge Mgr Simon Ntamwana, archevêque catholique de Gitega. Président de la Conférence des évêques du Burundi, Mgr Ntamwana a réclamé une nouvelle fois mercredi la levée immédiate de l’embargo que l’OUA, à la demande des voisins du Burundi, lui a imposé il y un an et demi déjà.
Le jeune archevêque d’origine hutue, âgé de 51 ans, était de passage à la paroisse de Ste-Thérèse à Fribourg pour la présentation du nouveau look et de la nouvelle équipe rédactionnelle de la revue missionnaire suisse « Cœur en Alerte ». Une bonne centaine de personnes, dont de nombreux membres d’instituts missionnaires et de congrégations religieuses, étaient présentes pour entendre le témoignage de cet apôtre de la réconciliation inter-ethnique et de la non-violence évangélique.
Du courage et de l’espérance, il en faut dans cette région des Grands Lacs déchirée par une violence insensée, où les responsables de l’Eglise sont devenus ces dernières années une des cibles privilégiées des tueurs. « Au Burundi, pas moins de 52 prêtres, religieux et religieuses ont déjà été froidement exécutés par les bandes armées ou les militaires », témoigne Mgr Ntamwana. Ancien évêque de Bujumbura, il occupe depuis un an le siège de Mgr Joachim Ruhuna, assassiné par des milices hutues le 9 septembre 1996. L’actuel archevêque de Gitega, qui a lui-même échappé à un attentat il y tout juste trois ans, ne se déplace plus qu’accompagné d’une petite escorte militaire qu’il qualifie de « tout à fait symbolique ».
Un seul embargo souhaitable, celui sur les armes
Dans une interview accordée à l’agence APIC, il qualifie de « très dramatique » la réalité de l’embargo sévère imposé au Burundi suite au coup d’Etat militaire du major Pierre Buyoya en juillet 1996. « Nous restons sans médicaments, sans approvisionnement alimentaire suffisant, sans moyens pour l’agriculture, sans cahiers ni crayons pour les écoles, sans carburant pour les véhicules qui transportent les gens et alimentent les marchés… L’embargo n’atteint pas les personnes qu’il prétend punir. Les plus démunis sont ceux qui souffrent, tandis que les milieux riches ont tous les moyens pour contourner le blocus! ».
Le seul embargo que Mgr Ntamwana appelle de ses vœux, c’est celui sur les armes qui abondent dans la région: « C’est d’ailleurs vous qui les produisez et les faites parvenir chez nous, car à part les lances et les machettes, le Burundi ne produit pas d’armes… ».
Malgré la recrudescence des affrontements armés et des massacres de populations civiles qui ont à nouveau ensanglanté le Burundi en janvier de cette année, Mgr Ntamwana remarque que les gens sont restés sereins à Bujumbura et même à l’intérieur du pays. Il espère malgré tout que les centaines de milliers de déplacés tutsis et des « regroupés » hutus – rassemblés de force l’an dernier par le gouvernement de Buyoya dans des camps de regroupement aux conditions de vie déplorables – vont continuer de rentrer chez eux. « Cela serait encore mieux si ces personnes entendaient qu’un dialogue a commencé entre le gouvernement en place et les rebelles ». (Cf. les milices hutues des FDD, Forces pour la Défense de la Démocratie, ndr.)
La médiation de Sant’Egidio actuellement en veilleuse
Les évêques du Burundi avaient sollicité il y a deux ans la médiation de la Communauté de Sant’Egidio, à Rome; « cette médiation est actuellement en veilleuse ». Sur place, l’Eglise poursuit inlassablement son travail de réconciliation et cherche des moyens d’établir le dialogue entre les parties en conflit. Elle n’entretient pas de contacts directs avec les FDD, la branche armée du Conseil National pour la Défense de la Démocratie (CNDD) de Léonard Nyangoma. « Nous avons des contacts par personnes interposées, car nous cherchons à convaincre tous les Burundais de bonne volonté de se retrouver; nous parlons évidemment aussi avec le gouvernement ».
Les « médias de la haine » sont toujours là
Au niveau des quartiers et des collines, l’Eglise catholique (qui rassemble 65% de la population), réunit Hutus et Tutsis pour reconstruire, au cours de travaux communautaires, des maisons détruites lors d’affrontements inter-ethniques. « Les uns et les autres participent à la reconstruction; il y a même parmi eux des gens qui ont brûlé les maisons de leurs voisins, ce qui montre que la réconciliation est possible ». Encore faut-il que les esprits ne soient pas constamment échauffés par des « médias de la haine », qui sont toujours là pour mettre de l’huile sur le feu. Si la sinistre « radio qui dit la vérité », « Radio Rutomorangingo » – qui émettait depuis le Zaïre, puis se déplaçait à l’intérieur du pays – est aujourd’hui brouillée, d’autres sèment toujours la haine à Bujumbura.
« Ce genre de médias extrémistes existent malheureusement encore, nous l’avons signalé à Monsieur Buyoya: il s’agit des agences d’information ’Net Presse’ du côté tutsi et ’SOS Génocide’ du côté hutu. Nous espérons que ces médias qui alimentent la haine inter-ethnique seront une fois ramenés à la raison et finiront par adhérer au projet de réconciliation que nous essayons tous de porter ». (apic/be)
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