« Il faut résister au Kremlin romain »
Rome, 29 janvier 1998 (CIP) Les évêques allemands sont « complexés » devant le pape, regrette le théologien suisse Hans Küng, au lendemain de leur décision de se soumettre à la demande de Jean-Paul II que les services de consultation de l’Eglise cessent de délivrer les « certificats » requis pour une interruption de grossesse. Dans un article traduit de l’allemand et publié par « La Repubblica », le bouillant théologien reproche aux évêques allemands leur « obéissance servile » au « Kremlin » romain.
Pour Hans Küng, qui n’a rien abandonné de sa verdeur, les évêques allemands ont perdu la « sincérité apostolique » qui les caractérisait dans les années du Concile Vatican II. Le théologien, qui dénonce un « silence lâche », ajoute que la « crédibilité » des évêques est « gravement entamée » du fait qu’ils se sont rangés à l’avis de Rome sur cette question.
S’appuyant sur l’exemple de saint Paul, qui, dans les Actes des Apôtres, « résiste » à saint Pierre, Hans Küng invite les évêques à « résister en face » au pape quand celui-ci « ne se comporte pas selon l’Evangile ». Citant le texte des Actes, il parle en l’occurrence de « demi-vérités » et de « camouflage ». Et ajoute perfidement que ce n’est pas en se soumettant qu’on devient cardinal. Une attaque clairement dirigée contre Mgr Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale, dont beaucoup s’étonnent qu’il n’ait toujours pas été promu à la pourpre cardinalice et qui attribuent ce fait à ses précédentes prises de position en faveur du maintien du système actuel.
Si elle veut sortir de sa crise, l’Eglise devra guérir du « complexe du pape » qui l’affecte, écrit encore H. Küng, dont les premières démêlées avec Rome concernaient précisément l’infaillibilité pontificale. « En Allemagne, un devoir s’impose pour le moment, celui de ne pas négocier […], mais de résister avec ténacité à l’arrogance du pouvoir romain », conclut-il. (apic/imed/cip/mp)
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