Elections au Mozambique: Les évêques craignent une abstention massive
Maputo, 2 décembre 1999 (APIC) «Les élections doivent être une voie pour la croissance de la paix et non une occasion de renouveler les violences et de provoquer la discorde, comme cela s’est produit durant cette campagne électorale»: c’est ce qu’écrivent les évêques du Mozambique à la veille des élections présidentielles et législatives des 3 et 4 décembre prochains.
Le président sortant, Joaquin Chissano, vient en tête dans les sondages. Elu en octobre 1994, lors des premières élections libres après le traité de paix signé à Rome en 1992, il peut compter sur l’appui du FRELIMO (Front de Libération du Mozambique, ancien parti unique). L’autre candidat, Alfonso Dlalkama, chef de la RENAMO (Résistance Nationale du Mozambique), s’était déjà opposé au président Chissano lors des élections de 1994.Il présente à nouveau sa candidature en tablant sur le mécontentement de la population face à une situation économique stagnante.
Les électeurs doivent aussi renouveler les membres du Parlement, qui voit actuellement une majorité de 4 sièges seulement pour le FRELIMO. L’abstentionnisme reste l’inconnue majeure du scrutin. Lors des élections administratives de 1997, 85 % de la population n’avaient pas voté. Les 16 partis d’opposition décidèrent de s’abstenir, redoutant les fraudes du gouvernement. Les résultats donnèrent alors tous les sièges au FRELIMO.
Vers de nouvelles violences ?
Les évêques craignent une reprise de la violence. Durant la campagne électorale, plusieurs districts du Zambèze, au centre du pays, ont en effet été le théâtre d’accrochages entre les partisans des deux partis principaux, sans toutefois faire de victimes.
Les évêques ont beaucoup contribué à l’instauration de la paix en 1992. L’un d’eux, Mgr Jaime, archevêque de Beira, a été l’un des médiateurs du traité qui a mis fin à seize ans de guerre. Celle-ci a fait un million de morts et trois millions de réfugiés, qui ont dû tout laisser pour fuir la violence: deux millions se sont dispersés dans le pays, un million s’est enfui à l’étranger.
Mais les évêques redoutent aussi l’abstention massive. C’est pourquoi, au terme de la réunion de la Conférence épiscopale, qui s’est tenue du 9 au 13 novembre, ils ont demandé que les élections soient «un témoignage de civisme, d’intérêt et d’engagement pour le bien commun».
La situation sanitaire est grave dans le pays. Les évêques signalent de nombreux cas de lèpre dans les quatre diocèses du nord (Lichinga, Nampula, Nacala et Pemba) et une forte épidémie de choléra qui a fait des milliers de victimes dans le nord. Il n’y a pas de médicaments dans les hôpitaux, déplorent-ils.
Les masses restent pauvres
Malgré la croissance économique enregistrée durant ces six années de paix (6 % par an), il reste à résoudre des problèmes urgents, dus à la grande pauvreté dans laquelle vit la majorité de la population.
Une récente enquête gouvernementale a montré que 69 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Le produit intérieur lourd par habitant (90 dollars) reste parmi les plus bas du monde. Les aides internationales représentent 45 % du produit intérieur lourd national.
La population urbaine croît deux fois plus vite que la moyenne nationale. L’urbanisation a enlevé beaucoup de main-d’oeuvre à l’agriculture : malgré la reprise de la production agricole des dernières années, le pays est bien loin d’exploiter toutes ses possibilités dans ce domaine.
Le gouvernement a privatisé 900 des 1’200 exploitations publiques. Mais la pauvreté des masses empêche la population de travailler à la croissance économique. 3/5 des investissements sont étrangers et les richesses restent dans les mains des élites. (apic/cip/pr)
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