Rome: Protestations de Mgr Martin contre les décisions de l’OMC

« L’OMC n’écoute pas la société civile »

Rome, 3 décembre 1999 (APIC) « Les puissants du monde, à Seattle, veulent décider des politiques internationales sur le commerce, sans écouter la société civile ». C’est ce qu’a déclaré à Fides, agence missionnaire italienne, Mgr Diarmuid Martin, secrétaire du Conseil pontifical « Justitia et Pax », commentant les manifestations violentes qui ont bloqué le sommet du « Millenium Round ».

Le problème de l’Organisation Mondiale pour le Commerce (OMC), est d’avoir fait des comptes sans prêter attention à la société civile: « la protestation est le signal évident d’un malaise. Tout en condamnant la violence, qui produit toujours l’effet contraire, il faut s’interroger sur ce malaise. L’OMC ne peut continuer sans l’appui de la société civile, en envoyant d’en haut des décisions et des interventions. La société civile doit être protagoniste: les citoyens sont les propriétaires des grands desseins pour le développement ».

D’après le secrétaire de « Justitia et Pax », « le peu de fonctions et de caractère apparent des Organisations Non Gouvernementales (ONG) a été même une erreur dans la manière d’étudier le problème: elles ont droit à une participation et à une influence plus grandes. La présence des ONG devrait être institutionnalisée dans le Secrétariat de l’OMC ». Un autre plan nécessaire de sensibilisation réside, pour Mgr Martin, dans celui qui appartient à chacun des pays, où « les questions globales sont discutées pour augmenter la conscience des citoyens ».

Sur le travail réalisé par l’OMC, Mgr Martin note l’utilité d’un « organisme multilatéral pour élaborer des règles pour le commerce international ». Mais il ajoute que « les règles ne suffisent pas: même dans un cadre juridique commun, les pays pauvres n’ont pas un accès facile aux ressources et aux bénéfices, et leur capacité de négocier est disproportionnée par rapport à la force des pays riches ». Pour cette raison, il faut apporter des garanties à ces pays en éliminant par exemple des mesures de protection vis-à-vis des pays occidentaux, dans le secteur agricole et dans le domaine du textile.

Dans le passé, les pays industrialisés ont fixé des « quotas » d’importation sur les produits textiles des Pays du Tiers-Monde. Dans le « Uruguay Round » (1986-1993), ils ont promis une réduction importante des mesures de protectionnisme . Mais l’Union Européenne et les Etats-Unis n’ont réduit que de 5% les mesures dans le domaine textile, ce qui se traduit en chômage et en pauvreté dans des pays comme l’Inde et le Bangladesh. Pour l’agriculture, les observateurs parlent d’hypocrisie maquillée de crédibilité: les pays riches investissent 350 milliards de dollars par an pour défendre leur propre industrie agricole destinée à l’exportation. Mais, par la suite, les produits agricoles envahissent les marchés des pays pauvres, et détruisent l’économie agricole locale.

D’après des données de l’ONU ; le protectionnisme fait perdre aux pays en voie de développement près de 700 milliards de dollars par an. « Pour cette raison, même la remise de la dette extérieure devient inutile, fait remarquer Mgr Martin, si l’on n’ouvre pas les marchés aux produits des pays du Tiers-Monde ».

Le secrétaire de « Justitia et Pax » fait noter enfin un certain décalage entre les différents organismes qui s’occupent au plan international d’un seul secteur: commerce, travail, milieu, famille, etc. « Il faut de la cohésion dans les politiques internationales » affirme-t-il. Pour lui, le vice qui est commun à ces organisations est « de donner un caractère absolu à la croissance économique. Elle est importante, mais elle doit aller de pair avec l’équité , la sauvegarde du milieu, la stabilité, les bénéfices humains et sociaux. Il faut considérer le « bien global », qui comprend la protection des travailleurs et de leurs familles, la cohésion sociale, le respect du milieu… Le secteur privé lui-même, celui des entreprises, doit prendre ses responsabilités pour améliorer ses capacités humaines et ses infrastructures sociales. On ne peut se désintéresser de l’homme au nom du profit ».

« Le Jubilé, conclut Mgr Martin, est une occasion pour créer un renouveau de sensibilité sur l’idée d’une humanité considérée comme une grande famille, et sur la nécessité de créer des rapports d’équité et d’harmonie entre les hommes, et avec la nature ». (apic/fides/tg)

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