Rome: Réunion de la Commission théologique internationale
Vatican, 3 décembre 1999 (APIC) Pourquoi l’Eglise catholique demande-t-elle pardon? La question figure à l’ordre du jour de la réunion de la Commission théologique internationale, actuellement en session au Vatican. Une demande de pardon pas toujours comprise, voire controversée. Bruno Forte, théologien italien, analyse la démarche.
Cette Commission, que préside le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, regroupe quelques uns des plus grands théologiens catholiques du monde. Elle est chargée d’analyser l’attitude que l’Eglise doit adopter face aux erreurs que ses fils ont commises dans le passé. Elle analysera en particulier des actes commis par des représentants de l’Eglise qui ont laissé des séquelles encore visibles dans la mémoire collective et qui sont par conséquent un obstacle à l’évangélisation. Il s’agit en définitive d’une purification de la mémoire, comme le demande Jean Paul II dans l’exhortation « Tertio Millennio Adveniente » avec laquelle il a préparé l’Eglise à vivre le grand Jubilé de l’an 2000.
Bruno Forte, théologien italien, a été chargé par la Commission de présenter la relation de l’analyse de ce sujet. Il a notamment expliqué que l’équipe d’experts réunis en ce moment au Vatican n’a pas pour objectif d’analyser des événements historiques spécifiques comme les croisades ou l’inquisition. « Ce que nous faisons, c’est préciser les conditions de possibilité pour que ces déclarations soient pleinement fondées. Par exemple, nous soulignons la nécessité de conjuguer le jugement historique et le jugement théologique. Un jugement historique absolu pourrait tomber dans l’historicisme qui relativise tout car il analyse tout du point de vue des différents moments historiques et par conséquent nous empêche de penser qu’un acte du passé puisse être évalué aujourd’hui en fonction d’un critère moral permanent ».
Obéir à la vérité
« Il ne faut jamais oublier », a précisé Mgr Forte aux micros de « Radio Vatican », « que contrairement au reste des communautés humaines, l’Eglise se considère comme un sujet historique unique car nous sentons que ce que nos pères dans la foi ont fait, c’est comme si c’était nous qui l’avions fait, et nous nous sentons solidaires dans l’unité de la foi et de l’esprit avec l’Eglise, à chaque moment de son histoire. Celui qui oublie cette particularité du mystère de l’Eglise ne comprendra jamais la force, le courage et l’importance de ces actes », a-t-il expliqué.
Au sein de l’Eglise, certaines personnes ont déclaré qu’elles n’étaient pas d’accord avec l’insistance de cette demande de pardon. Mgr Forte reconnaît que « celui qui ne vit pas de l’intérieur le mystère de l’Eglise peut interpréter ces déclarations comme une manière de donner raison aux ennemis de l’Eglise. Mais ce n’est pas cela. L’intention du pape, réellement prophétique, est celle d’obéir à la vérité. Ceci rend l’Eglise encore plus crédible dans son annonce au monde. D’ailleurs, le document que la Commission théologique internationale est en train d’élaborer n’est pas une apologie des gestes réalisés par le pape mais une réflexion sur les conditions théologiques de possibilité de ces gestes. Il sera ainsi une aide pour que ces actes puissent être réalisés de manière attentive et responsable sans blesser la conscience ecclésiale, y compris au niveau des épiscopats locaux ou des Eglises particulières ».
Le document de la Commission théologique internationale devrait être publié le premier dimanche de Carême 2000, le jour où est prévu un acte solennel de demande de pardon, selon le calendrier des cérémonies jubilaires. (apic/zn/tg/pr)
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