«Passeport pour un nouveau millénaire»
Bruxelles, 15 décembre 1999 (APIC) Le XXe siècle s’achève sur une déchristianisation plus poussée que jamais et d’ailleurs loin d’être terminée, constate le cardinal Godfried Danneels, dans sa brochure de Noël, «Passeport pour un nouveau millénaire». L’archevêque de Malines-Bruxelles propose un examen de conscience, non pour s’arrêter au passé de la société ou de l’Eglise, mais pour aller de l’avant. Il suggère donc «un check-up complet: diagnostic et traitement».
L’archevêque ne nie pas les problèmes: les prêtres se font plus rares, l’Occident accuse une certaine sécheresse spirituelle, les préoccupations s’y émiettent dans un univers de marchandises, et même une inquiétante allergie vis-à-vis des étrangers et des immigrés. Le pluralisme, a progressé, mais aussi la perte de consensus de base quant aux valeurs et aux règles morales. Des seuils ont même été franchis: «Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous sommes en mesure de réaliser plus de choses que celles qui nous sont permises».
Sans employer le mot, l’archevêque relève quantité d’indices d’une profonde crise culturelle: il voit un fossé s’élargir entre les valeurs spirituelles et les idées reçues, entre vie publique et convictions privées; il observe que la complexité de la société accentue la tendance au repli sur soi et que l’effondrement des grandes idéologies a été suivi par une kyrielle de désenchantements; il voit que les médias sont devenus les rois de la culture moderne, mais les regarde aussi se comporter en apôtres naïfs pour être les premiers dans la course à l’audimat.
Déchristianisation pas terminée
Le XXe siècle s’achève sur une déchristianisation plus poussée que jamais et d’ailleurs loin d’être terminée, constate le cardinal Danneels. Or, ceci ne l’incite pas au désespoir. Sécularisation poussée n’est pas pour lui absence de Dieu. Il rappelle l’épisode évangélique des disciples d’Emmaüs rentrant chez eux tout tristes après la mort de Jésus: en fait, souligne-t-il, «Jésus faisait route avec eux mais ils ne le savaient pas».
Le message de Noël en arrive ainsi à l’originalité de la foi chrétienne: Jésus ne serait-il qu’une simple fusée porteuse vers Dieu? Une voie parmi d’autres à côté de l’islam notamment? Pourquoi encore s’intéresser à l’Eglise si elle n’est qu’une sorte d’UNESCO spirituelle? Question typique d’une fin de siècle, où la réflexion sur le sens de l’existence et sur le mystère de la réalité est souvent happée par un souci que le cardinal juge trop pragmatique et utilitariste.
«Annoncer, célébrer et servir»
Les trois verbes repris en titre de la troisième et dernière partie du message résument les trois pôles de la mission de l’Eglise. Annoncer le Christ en paroles et en actes est le premier défi lancé à l’Eglise pour demain. Quant à la réforme liturgique, elle est la première qui fut décidée au Concile Vatican II (1976-1965). Aurait-elle été trop loin? Elle fait déjà date pour les jeunes générations. Mais le problème dépasse l’adaptation culturelle: le sens même du rite et de la liturgie doit être redécouvert, insiste le cardinal Danneels. L’Eglise ne peut aplatir son offre sur la demande. Témoigner et servir enfin. La mission que le cardinal aimerait faire découvrir aux lecteurs de son nouveau livre est celle qui apporte l’espérance. Ceci implique, dit-il, une conversion en Eglise face aux obstacles dressés contre un Evangile de l’espérance. (apic/cip/pr)
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