Europe: Traite des femmes en provenance de l’Europe orientale
Driebergen, 19 décembre 1999 (APIC) Quelque 100’000 femmes de l’Europe orientale ont été poussées dans les pièges de la prostitution, du mariage ou du travail forcés par des trafiquants qui les attirent par la ruse dans des pays de l’Union européenne. Telle sont les conclusions d’un colloque, tenu récemment à Driebergen, aux Pays-Bas, sur la traite des femmes. «Un outrage moral et une violation des droits de la personne humaine». Les Eglises sont invitées à s’attaquer à ce problème, qui prend une terrible ampleur. Traite des femmes, drogue ou argent sale: la mafia russe, notamment, opère. En toute impunité.
En raison de la nouvelle situation de l’Europe orientale, ce problème de la traite des femmes a empiré. Selon des estimations officielles, en une seule année (1995), 500’000 femmes de tous les pays d’Europe orientale ont été attirées dans les pays de l’Union européenne. Les trafiquants gagnent entre 200 dollars et 500’000 dollars par femme vendue.
Pour Lesley Orr McDonald, responsable auprès de la section «femmes» de l’organisation écossaise «Action of Churches together in Scottland» (ACS) et l’une des intervenantes à ce forum, «la traite des femmes dans les pays riches a probablement toujours eu lieu sous une forme ou une autre. Mais notre prise de conscience de ce problème est un phénomène assez récent. C’est terrible à dire, mais dans le cadre de ce trafic, il existe des modes: il y a eu la traite des femmes asiatiques et des femmes noires; aujourd’hui c’est celle des femmes blanches. Cette activité est menée sur une grande échelle, elle est liée au trafic de drogues et dirigée par des gens sans pitié appartenant au milieu». Dont celui de la puissante mafia russe
Le colloque, organisé par la Conférence des Eglises européennes (KEK) et le Forum des femmes chrétiennes d’Europe, a réuni environ 70 femmes et hommes de 27 pays européens, représentant des groupes religieux, des initiatives de femmes et des organisations non gouvernementales.
Parmi les participants figuraient le président de la KEK, le métropolite Jérémie, de France, et le président de la Conférence épiscopale néerlandaise, le cardinal Johannes Simonis.
Terrible augmentation des cas
Au cours des vingt dernières années, la traite des femmes a connu une augmentation rapide. Après la chute du bloc soviétique, plusieurs milliers de femmes d’Europe orientale ont été attirées dans les pays riches d’Europe occidentale, et leur nombre est venu grossir celui des femmes originaires d’Europe du Sud et des pays en développement.
Souvent séduites par les promesses d’emplois bien payés ou de mariages attirants, elles se trouvent prises au piège, littéralement prisonnières, car elles n’ont plus d’argent pour retourner dans leur pays. Leurs passeports ayant été confisqués. Par ailleurs, ces femmes-esclaves ont peur de finir en prison en contactant les autorités locales et craignent d’affronter les réactions de leurs familles et de briser toute perspective de mariage en rentrant dans leur pays.
Procédé esclavagiste et peur au ventre
Selon une représentante de Grande-Bretagne, ces femmes hésitent souvent à se présenter aux autorités locales, car elles craignent d’être traitées comme des immigrantes illégales. «Ces femmes constituent un cas très spécial. Les autorités judiciaires devraient reconnaître qu’elles ont été soumises à la contrainte et aux menaces».
Dans leur Déclaration, les participants exhortent la KEK, et d’autres organisations oecuméniques à relever des défis, entre autres, à considérer le problème de la traite des femmes comme prioritaire dans le cadre de la Décennie du Conseil oecuménique des Eglises (COE) pour vaincre la violence (2001-2010); à attirer l’attention sur les injustices engendrées par les nouvelles configurations politiques et économiques, en particulier l’inégalité de la répartition des richesses en Europe qui est une cause majeure de l’aggravation du phénomène de la traite des femmes; à promouvoir, dans le cadre de la KEK, entre femmes et hommes, le débat théologique sur la traite des femmes, afin de démasquer l’idéologie de profit et de consommation effrénée de l’économie de marché globale. (apic/eni/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/europe-traite-des-femmes-en-provenance-de-l-europe-orientale/