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Sommaire

APIC Reportage

SyrieAvec la reprise des pourparlers de paix,3

la petite communauté juive reprend espoir

Nous espérons la paix pour l’an 2000, si le Bon Dieu le veut !

Nouvelles internationales:

Paris Islam sur Seine 5

La « schorba » de la rue de Tanger rassemble les démunis

Mexique Juan Diego, l’Indien qui a vue la Vierge à Guadalupe a bien existé 7

La controverse continue

Espagne Mgr Masnou répond aux progressistes de « Nous sommes Eglise »8

Un danger réel de schisme

Liban Cérémonie œcuménique au sanctuaire 11

d’Harissa pour l’ouverture du Grand Jubilé

Etats-Unis Deux jésuites pacifistes arrêtés dans le Maryland13

Pour avoir peinturluré deux avions

JérusalemLe gouvernement israélien s’en prend au patriarche latin 13

« Trop politique » aux yeux d’Uri Mor

Nouvelles suisses:

Fribourg Le « Projet de Paix Prévention des conflits violents » 9

revoit ses ambitions à la baisse

Rien d’opérationnel avant deux ou trois ans

Vatican:

Rome Derniers préparatifs avant l’ouverture du Jubilé 12

Plus de 60’000 personnes pour la messe de minuit

Le site internet de la semaine

Noël en timbres-poste9

Avis

L’agence APIC informe ses abonnés que la rédaction sera fermée vendredi 24 et samedi 25 décembre, à l’occasion de la fête de Noël. Il n’y aura donc pas de service de nouvelles durant ces deux jours. Le service reprendra normalement à partir du dimanche 26 décembre. L’APIC vous remercie de votre compréhension et vous souhaite un joyeux Noël.

APIC Reportage

Avec la reprise des pourparler de paix, la petite communauté juive de Syrie reprend espoir

Nous espérons la paix pour l’an 2000, si le Bon Dieu le veut !

Jacques Berset, Agence APIC

Damas, 23 décembre 1999 (APIC) « Musulmans, chrétiens, juifs, en Syrie tout le peuple espère la paix pour l’an 2000. Notre président Assad veut vraiment faire la paix. Cela permettra à tout le monde de mieux vivre… » A la veille de Noël, le chef du Conseil de la Communauté juive de Syrie, Youssef Kh. Jajati, ponctue son sentiment par un très oriental « Si le Bon Dieu le veut! ». A Damas, l’une des plus anciennes communautés juives du monde, réduite à la portion congrue, mise sur la paix pour survivre.

Au téléphone, « Abu Khalil », comme l’interpellent familièrement les passants dans les rues de Damas, se révèle plus optimiste que lors de notre première rencontre peu de temps après l’arrivée au pouvoir en Israël du Premier ministre Ehoud Barak. En effet, les signes annonciateurs de dégel s’accumulent: après la reprise le 15 décembre du premier round des négociations de paix entre la Syrie et Israël, Farouk al-Charaa, ministre syrien des Affaires étrangères, doit rencontrer Barak le 3 janvier prochain à Shepherdstown, une localité historique près de Washington. Barak a laissé entendre que le prix de la paix serait le retrait du Golan, un territoire annexé appartenant à la Syrie, où vivent 17’000 colons israéliens.

Au Grand Magasin de la rue de Port Saïd, entre les squares Ash Sham et Yossof Al’Azmeh, au centre de Damas, le patron, « Abu Khalil » nous accueille avec un large sourire. Pour lui comme pour les membres de la communauté juive syrienne, qu’il dirige depuis les années 60, la paix a aussi une dimension religieuse: « A la synagogue, nous prions chaque jour pour la paix ! » Au-delà des bonnes paroles, c’est également une réalité de vie: dans son entreprise de confection et d’import-export, juifs, chrétiens et musulmans travaillent ensemble sans aucun problème. « Nous sommes tous Syriens, il n’y a pas de différence! « 

30’000 juifs il y a un demi-siècle, quelques centaines aujourd’hui

Le Grand Magasin, situé dans le même bâtiment que le gouvernorat de Damas, a pignon sur rue. Dans la ville, tout le monde le connaît sous son appellation française. L’on y vend vêtements, montres suisses et bijoux, et les employés appartiennent à toutes les communautés. Dans les rayons, nous saluons un employé palestinien; dans l’atelier de confection, trois ouvriers syriens taillent des vêtements dans des tissus importés d’Italie et de Tchéquie; à la réception, c’est une employée chrétienne qui nous reçoit. Dans ses deux autres ateliers, Youssef Jajati emploie une cinquantaine d’ouvriers, tous musulmans. « Le Grand Mufti de la République arabe syrienne, Cheikh Ahmad Kuftaro, est mon ami. Je lui rends visite à l’occasion de chaque fête, son fils est déjà venu à la synagogue, nous sommes tous un même peuple, nous vivons ensemble depuis des générations ».

Image idéalisée d’une société syrienne tolérante, celle d’avant les pogroms de 1947, les attaques de synagogues par des foules taraudées par le nationalisme arabe, hostiles à la création de l’Etat d’Israël en Palestine? Avant la fin du Mandat français sur la Syrie et l’évacuation du pays par la France en 1946, la communauté juive syrienne comptait plus de 30’000 âmes. Aujourd’hui, quelques centaines…

« Je suis très fâché quand je vois que la plupart des synagogues sont fermées, que notre école juive, qui porte le nom du rabbin Ben Memoun, n’a plus que vingt élèves .. Nous sommes très peu à être restés. » Le chef de la communauté espère qu’avec la normalisation, certains reviendront. Encore une fois, « si le Bon Dieu le veut ! » Ses coreligionnaire avaient-ils des raisons de quitter le pays ? « Plus aujourd’hui. Grâce à Dieu, depuis que le président Assad est au pouvoir, le gouvernement nous protège, c’est plus comme avant ! Les juifs qui ont quitté Damas pour l’Amérique n’ont pas tous réussi; les jeunes oui, mais les vieux comme moi n’aiment pas l’Amérique », lance-t-il dans un grand éclat de rire. Tout fier, Abu Khalil sort les photos des audiences accordées par le président Hafez Al-Assad.

Le gouvernement syrien, depuis quelques années, octroie des visas aux juifs à conditions qu’ils ne s’installent pas en Israël, qui reste encore considéré comme un pays ennemi. Certains, qui travaillent dans l’import-export, font régulièrement la navette entre New York et Damas. Les trois fils Jajati, qui ont gardé la nationalité syrienne, se sont d’ailleurs établis à Brooklyn, où ils possèdent deux magasins de confection.

3000 ans de présence juive en Syrie

« Dans la rue, tous sont mes amis, tous me connaissent, m’appellent amicalement par mon nom: Abu Khalil ! Tandis qu’à New York, dans le quartier de Brooklyn, où se trouve une bonne partie de la diaspora séfarade syrienne, qui me connaît ?  » De plus, souligne-t-il, les juifs ont le droit et le devoir de rester dans ce pays qui est aussi le leur: ils y sont chez eux depuis près de 3’000 ans. Abraham est passé par la Syrie avant de s’établir au pays de Canaan; c’est à Damas qu’il a secouru son neveu Lot menacé par des envahisseurs venus d’Orient. La synagogue du prophète Elie, à Jubar, près de Damas, remonte à 2718 ans et elle est toujours ouverte! Une des synagogues d’Alep, que Youssef Jajati va restaurer pour une somme de 7 millions de livres syriennes, date de l’époque du roi David: « Elle est plus vieille que le Temple de Salomon! » Il vient de recevoir l’autorisation de rénover une autre synagogue historique d’Alep.

L’actuelle capitale syrienne était déjà au temps du Christ l’une des villes les plus anciennes de l’Asie Mineure. Située à l’intersection de deux importantes routes commerciales, la Via Maris (qui reliait la Mésopotamie à la Méditerranée) et la Route du Roi (du Nord de la Syrie à l’Arabie et à la Mer Rouge), Damas abritait une importante population juive. Il s’agit en effet de l’une des communautés religieuses les plus anciennes de Syrie.

De nombreux disciples de Jésus s’y réfugièrent lors des persécutions de Jérusalem qui firent suite au martyre de saint Etienne. Les Actes des Apôtres mentionnent d’ailleurs les nombreuses synagogues de la ville à l’époque où Saul – le futur saint Paul – fut terrassé devant Damas, alors qu’il s’y rendait sur mandat du grand prêtre de Jérusalem pour détruire la nouvelle foi. Aujourd’hui, les juifs syriens sont en voie d’extinction à cause de l’émigration. Le rêve américain n’affole pas que les juifs: les chrétiens, mais aussi des musulmans, font également la queue au consulat des Etats-Unis pour obtenir le précieux visa. « Le dollar est mieux coté que la livre syrienne, tout le monde souhaite un meilleur avenir économique ».

Pour se marier, il faut aller en Amérique

Les communautés d’Alep, de Qamishli, à la frontière turque, et de Damas sont exsangues. A tel point que c’est devenu un véritable casse-tête pour les jeunes qui ont choisi de rester de trouver un/une partenaire pour se marier. « Ils ont tous quitté le pays pour l’Amérique…et comme il est impossible pour nous, qui sommes des ’juifs purs’, d’épouser quelqu’un d’une autre religion, juif ou chrétien, c’est très difficile », regrette Youssef Jajati. Qui s’est vu obligé, avec le départ du dernier rabbin il y a 6 ans, de faire venir occasionnellement un rabbin d’Istanbul. Sa présence est nécessaire pour la boucherie rituelle, afin que la communauté dispose de viande kasher, qu’elle entrepose dans de grands congélateurs remplis tous les 2 à 3 mois. Le rabbin vient également de Turquie pour les circoncisions. Parfois pour la cérémonie de « bar mitzva », quand le garçon de 13 ans entre solennellement dans la communauté adulte.

Dans la vieille ville de Damas, Haret al-Yahoud – l’ancien quartier juif peuplé aujourd’hui de musulmans chiites et sunnites et de réfugiés palestiniens – jouxte le quartier chrétien qui se déploie le long de Bab Sharqi. « Tous y vivent ensemble sans problèmes ». Sur la vingtaine de synagogues du quartier, deux seulement sont encore ouvertes. A la synagogue « Mynian », qui date du début du siècle, un groupe d’une dizaine d’hommes du quartier – il en faut plus de dix pour que le service religieux puisse se dérouler – se réunit pour la prière. Un des officiants déroule les rouleaux de la Torah, la Loi, extraits de l’Arche, le coffre sacré devant lequel brûlent constamment des lampes. L’assistance psalmodie « Chéma’ Israël » (Ecoute Israël), les premières paroles de la profession de foi du croyant, en se balançant en rythme. Quelques jeunes enfants sont venus avec leur père, qui leur explique le sens des prières. Sur la teva, la tribune au centre de la synagogue, une inscription en hébreu nous accueille: « Soyez bénis quand vous venez, soyez bénis quand vous partez ». A la sortie de la synagogue, sa kippa sur la tête, l’officiant nous lance: « Nous prions tous jours que Dieu apporte la paix dans cette région du monde ». Avant de rentrer à la maison en poussant son landau à travers les rues animées du quartier chrétien. (apic/be)

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