Paris: Islam sur Seine

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La «schorba» de la rue de Tanger rassemble les démunis

Paris, 23 décembre 1999 (Jean-Claude Noyé/APIC) Cette année, à l’heure où les chrétiens s’apprêtent fébrilement à fêter Noël, les musulmans sont en plein mois de jeûne du Ramadan. A côté du repentir et du sacrifice, le Ramadan est aussi le mois du partage, de la convivialité, et de la fête. Rencontre au cœur Paris, rue de Tanger, pour la «schorba», une soupe communautaire.

Mardi 19 décembre, au 39 rue de Tanger, dans un quartier populaire du 19° arrondissement de Paris, à la mosquée Ad’Dawa. Au deuxième étage d’un ancien entrepôt de textile sommairement aménagé depuis 1979, quinze hommes d’origine maghrébine s’affairent autour de huit marmites. Chacune contient cent litres de «schorba», la soupe à base de légumes et de viande de mouton servie gratuitement pendant le Ramadan aux nécessiteux, avec un oeuf dur, du lait, des dattes, des mandarines et quelques tranches de pain brioché.

Presque cinq heures : les haut-parleurs relaient l’appel de l’imam à la prière. Les cuisiniers et hommes de service, tous bénévoles, rompent le jeûne avec un verre de lait et quelques dattes, puis se retrouvent au coude à coude pour la prière rituelle dite du Maghreb A peine celle-ci achevée, une cohorte d’hommes emplit la grande salle commune. Tous se jettent de bon coeur sur la nourriture. Suivant les prescriptions du jeûne du Ramadan, ils n’ont rien mangé ni même bu de toute la journée.

La plupart sont originaires du Maghreb. «Il y a aussi des Africains, des Turcs, des Moyen-Orientaux. Je croise même parfois des paroissiens, surpris de me voir là, et, de temps à autre, des convertis l’islam», explique Michel. Ce diacre de la toute proche paroisse catholique Notre-Dame des Foyers vient donner un coup de main pour la distribution de la nourriture. «Nous avons de bons rapports avec la mosquée. Ensemble, avec l’aide d’’Espace 19’, une maison de quartier non confessionnelle, nous avons lancé le groupe ’Mosaïque’, d’inspiration scoute, afin de sortir les jeunes du quartier de la violence», commente-t-il.

Larbi Kéchat, recteur de la mosquée Ad’Dawa, souligne : «Nous voulons établir un pont entre l’islam et les diverses religions, par le biais de rencontres régulières et de colloques. Nous avons créé parallèlement à la mosquée un centre socioculturel afin d’informer les fidèles, tant sur les valeurs fondamentales de leur religion que sur le contexte dans lequel ils vivent. Notre but est la création d’un climat favorable à l’émergence d’un islam pleinement partie prenante de l’identité structurelle de la France, respectueux de son contexte laïc et conscient de son statut de religion minoritaire».

Un millier de démunis accueillis chaque jour

La mosquée de la rue de Tanger accueille un nombre croissant de fidèles : jusqu’à plus de 1’000 le vendredi, pour la prière de rupture du jeûne. Comment fonctionnent la mosquée et le centre socioculturel ? «Presque exclusivement avec les dons des fidèles : à cet égard, la mosquée tourne quasi miraculeusement. Tout le personnel est bénévole. L’accueil de près de 1’200 personnes démunies chaque soir pendant le Ramadan représente un coût de 300’000 FF, soit la moitié de notre budget annuel. Nous acceptons des dons de l’étranger mais nous refusons toute ingérence, que ce soit des pays du Maghreb ou des pays du Proche-Orient», assure Larbi Kéchat.

Et d’expliquer que l’organisation de l’islam en France bute sur l’insuffisante autonomie des mosquées par rapport à ces pays. Autre difficulté récurrente : l’impossibilité, à l’heure actuelle, de former convenablement des imams autochtones oblige à recourir à des imams étrangers, peu à même de comprendre le contexte français et de s’y intégrer. Plus grave : l’extrême difficulté à obtenir le permis de construire de vraies mosquées, équipées en conséquence et susceptibles de mettre un terme à l’islam des caves et son cortège de prêches obscurantistes.

Les animateurs de la mosquée Ad’Dawa bataillent eux-mêmes depuis de longues années pour obtenir l’autorisation de construire, à la même adresse, une salle de prière surmontée de coupoles rondes et, attenant, un bâtiment moderne de plusieurs étages où seraient abrités des services administratifs, sociaux et culturels plus étoffés. «La préfecture de police, la mairie du 19° arrondissement et les divers services de la ville de Paris concernés ont donné leur accord, mais le maire de Paris continue à faire la sourde oreille», regrette Larbi Kéchat.

Les pouvoirs publics seraient-ils les seuls responsables des maux de la communauté musulmane ? «Nous sommes nos propres ennemis. Nos querelles nous font le plus grand tort. Tant que nous n’y aurons pas mis fin, le dossier de la représentativité de l’islam restera bloqué», admet ce fin lettré. Non sans laisser entendre que l’initiative du ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement ne doit pas rester sans réponse. Quand bien même elle a été perçue par les musulmans comme autoritaire et humiliante. Le ministre a en effet récemment consulté six grandes mosquées, cinq fédérations de musulmans et plusieurs personnalités musulmanes influentes. Il les a expressément invitées à signer une déclaration des droits et devoirs du fidèle musulman de France où figure une reconnaissance explicite de la laïcité. Il souhaite travailler avec les signataires à la création d’une organisation centrale représentative de l’islam. (apic/jcn/mp)

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