Voyage de Jean Paul II en Géorgie, du 8 au 9 novembre

APIC – Dossier

D’une portée œcuménique non négligeable: un pas vers Moscou

Tbilissi, 3 novembre 1999 (APIC) Jean Paul II se rendra en Géorgie du 8 au 9 novembre. Après la Roumanie, en mai dernier, la Géorgie est le second pays à majorité orthodoxe que le pape visite. Une visite qui s’inscrit dans le prolongement du voyage en Inde, du 5 au 8 novembre. Plus court et plus discret que celui de Roumanie, ce séjour devrait néanmoins avoir une portée œcuménique non négligeable. Le Patriarche de Géorgie et celui de Moscou sont assez proches. «C’est un petit pas mais un pas réel vers l’Eglise orthodoxe russe», affirme-t-on du côté du Vatican.

«La visite de Jean Paul II en Géorgie ne doit pas être considérée seulement sous l’aspect du prestige politique que cela donne au pays, mais avant tout comme une rencontre entre deux Eglises chrétiennes», commente Ketevan Bagration Orsini, princesse géorgienne dont la famille, les Bagration, a régné sur la Géorgie jusqu’au moment de son annexion par la Russie au début du XIXème siècle. Ketevan Bagration connaît bien le patriarche Ilia II, à la tête de l’Eglise orthodoxe de Géorgie depuis 1977.

«Cette visite n’aurait pas pu s’accomplir si le patriarche n’y avait pleinement consenti», assure Ketevan Bagration. Selon elle, même si certains orthodoxes conservateurs s’y sont opposés, la majorité du Saint-Synode orthodoxe a accepté d’inviter le pape. «Et on ne peut pas dire que ce soit le gouvernement géorgien qui ait «poussé» l’Eglise orthodoxe dans ce sens. Il s’agit d’un choix apostolique de la part du patriarche, et cela apparaît notamment dans le fait que le président Edouard Chevarnadze avait déjà invité Jean Paul II à venir en Géorgie au début de l’année 1993″.

La lettre au pape

«J’avais personnellement porté la lettre», se souvient-elle «parce qu’à l’époque il n’y avait pas encore de nonciature en Géorgie». Cette invitation des autorités politiques n’avait donc pas suffit, souligne Ketevan Bagration. Selon elle, si la visite du pape n’a lieu qu’aujourd’hui, c’est parce que, jusqu’à présent, le patriarche Ilia II ne pensait pas que le moment était opportun, en particulier à cause des positions du Saint-Synode, et de celles du patriarchat de Moscou».

«Aujourd’hui, l’Eglise de Géorgie se sent plus libre, vis-à-vis de l’Eglise orthodoxe russe», estime Ketevan Bagration. «Je pense personnellement que l’exemple de la Roumanie a déterminé la décision du patriarcat d’envoyer l’invitation au pape au mois de mai dernier. Le patriarche en est très heureux. Il m’a confié un jour que le pape et lui se sont engagés mutuellement à prier quotidiennement l’un pour l’autre».

Pas de véritables ruptures avec Rome

A la Congrégation pour les Eglises Orientales, à Rome, on fait remarquer par ailleurs que les relations entre les orthodoxes et les catholiques sont «plus faciles» en Géorgie qu’en Roumanie. «Il n’y a pas eu de véritable rupture avec Rome», explique-t-on, «mais plutôt une séparation progressive, par manque de relations effectives». L’autre raison pour laquelle les relations sont moins tendues est le fait qu’il n’y a pas d’Eglise catholique de rite bysantin en Géorgie. Enfin, s’il y a eu quelques problèmes concernant le droit de propriété et l’utilisation par l’Eglise orthodoxe de plusieurs églises originairement catholiques, la Congrégation pour les Eglises Orientales a très peu insisté pour les récupérer, et cela a contribué à créer un bon esprit entre les deux confessions.

On compte environ 100’000 catholiques en Géorgie et une dizaine de prêtres, sur une population totale de 5,5 millions d’habitants. Parmi eux, 50’000 sont de rite latin, et dépendent de Mgr Giuseppe Pasotto, administrateur apostolique des latins du Caucase, basé à Tbilissi. Les 50’000 autres catholiques présents sont de rite arménien. Il y a en effet une forte minorité arménienne en Géorgie, sous la juridiction de Mgr Nerses Der Nersessian, Ordinaire des catholiques arméniens d’Europe Orientale, basé en Arménie, dans la ville de Gumri située au nord-ouest du pays, à une cinquantaine de kilomètres de la Géorgie. «La Géorgie se sent très proche de l’Arménie parmi les républiques du Caucase», précise du reste Ketevan Bagration, «tant au niveau politique que culturel et religieux».

Significatif pour la Géorgie moderne

Programme pas trop chargé

Arrivé à Tbilissi en début d’après-midi le 8 novembre, Jean Paul II se rendra dans la résidence du patriarche pour y rencontrer Ilia II et des membres du Saint-Synode, puis ira visiter la cathédrale patriarcale, qui se trouve à une vingtaine de kilomètres de là, dans la très ancienne capitale du pays, Mtskheta. La tradition veut que cette cathédrale ait abrité la tunique du Christ, gagnée autrefois par un Géorgien à un légionnaire romain, lors d’un jeu de dés.

Le lendemain matin, 9 novembre, Jean Paul II ira bénir une maison de la Caritas de Géorgie avant de célébrer la messe dans le Palais des sports de Tbilissi. «Le travail de la Caritas Géorgie est un exemple caractéristique de la collaboration entre les deux Eglises», souligne-t-on à la Congrégation pour l’Unité des chrétiens. Cette Caritas ­ qui compte une soixantaine de centres annexes dans le pays – fonctionne très bien et elle est très appréciée tant de l’Etat que de la population.

Dans l’après-midi, le pape rencontrera le président de la république Edouard Chevarnadze, puis des représentants du monde de la culture et de la science, parmi lesquels les académiciens et de nombreux cinéastes. «La culture géorgienne est restée très vivante même sous le régime soviétique», souligne Ketevan Bagration. «La Géorgie est la seule République soviétique qui a réussi à conserver l’usage officiel de sa langue à cette époque». Selon elle, l’Eglise orthodoxe a joué un grand rôle dans cette conservation de la culture nationale, d’où l’idée, aujourd’hui, «qu’être Géorgien signifie être orthodoxe».

Enfin, le pape ira visiter l’église catholique des saints Pierre et Paul, la seule église catholique restée ouverte sous le régime soviétique. Il quittera Tbilissi dans la soirée pour repartir vers l’Italie.

D’après Ketevan Bagration, on s’attend en Géorgie à des paroles fortes du pape appelant à la paix dans la région du Caucase. On ne sait toutefois pas si le Saint-Siège et le patriarcat de Géorgie envisagent que le pape et le patriarche signent ensemble une déclaration sur le Caucase, similaire à celle signée àà Bucarest entre Jean Paul II et le patriarche roumain en mai 1999, à propos du conflit du Kosovo. (apic/imed/pr)

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