La perspective de faire du Zimbabwe une «nation chrétienne» provoque un débat houleux

Le christianisme ne doit pas devenir religion officielle

Harare, 3 novembre 1999 (APIC) La Communauté évangélique du Zimbabwe (EFZ) vient de déclencher une vive controverse en proposant que ce pays d’Afrique australe soit officiellement déclaré «nation chrétienne». Cette proposition, qui a reçu l’appui du Conseil des Eglises du Zimbabwe (ZCC), la plus grande organisation oecuménique du pays, a suscité l’opposition des adeptes des religions traditionnelles, des musulmans, mais aussi de l’Eglise catholique.

Dans une pétition adressée à la Commission chargée par le gouvernement de recueillir les opinions du public pour l’élaboration d’une nouvelle constitution, le président de l’EFZ, Andrew Wutawunashe, demande que le préambule énonce que «le Zimbabwe est une nation chrétienne où Dieu Tout-Puissant règne en maître». «La constitution doit déclarer que le christianisme est la religion officielle du Zimbabwe et qu’il aura cours au parlement, dans les manifestations publiques, les cérémonies officielles et dans les réunions d’élèves. La Bible doit être enseignée dans les écoles», précise Andrew Wutawunashe.

L’EFZ et le ZCC regroupent la grande majorité des protestants du Zimbabwe. L’EFZ affirme représenter à elle seule trois millions de chrétiens sur une population totale de 11 millions d’habitants.

Selon le secrétaire général du ZCC, Densen Mafinyani, une telle déclaration ne ferait que reconnaître le fait que la majorité des Zimbabwéens sont chrétiens. Dans la plupart des manifestations publiques, et notamment dans les cérémonies officielles, font remarquer les partisans de la proposition, il est fait mention de la foi chrétienne et l’on récite des prières. La majorité des titulaires d’une charge publique jurent sur la Bible lorsqu’ils prêtent serment.

La proposition a aussi l’oreille du président de la Commission constitutionnelle, Godfrey Chidyausiku, juge auprès de la Cour suprême. «Dans l’ensemble du Zimbabwe, le christianisme occupe une place très importante dans notre vie. Nous avons de la chance que cela n’ait pas été une cause de conflit, comme dans d’autres pays». Le vice-président de la Commission, l’évêque anglican Jonathan Siyachitema, ancien président du ZCC, a également bien accueilli le projet.

Un large front d’opposants

Le cheikh Omar Phiri, porte-parole de la communauté musulmane du Zimbabwe, estime au contraire que la religion doit rester une affaire personnelle. «Ce n’est pas une question qu’il faut trancher en fonction de la majorité. Si l’on accepte que la religion est une affaire personnelle, on ne saurait faire de telles propositions. Le Zimbabwe n’a pas à être un Etat chrétien, musulman ou autre.»

«La Conférence des évêques catholique s’oppose à toute religion officielle au Zimbabwe, qu’il s’agisse du christianisme, de la religion traditionnelle ou de toute autre religion. Elle n’a aucun désir de voir l’établissement d’une bureaucratie gouvernementale chargée de contrôler et d’administrer la religion», a souligné son porte-parole, le Père Oskar Wermter. L’Eglise catholique réclame la liberté de religion pour elle-même et pour tous les citoyens du Zimbabwe.

Pour le professeur Gordon Chavunduka, président de l’Association nationale des guérisseurs traditionnels, de nombreux Zimbabwéens se sentiraient insultés si la constitution déclarait le Zimbabwe comme Etat chrétien.

Nicholas Ndebele, président de l’Organisation des droits de la personne, estime qu’aucune constitution ne doit comporter de connotation religieuse, car cela risque de mener au fondamentalisme. «Ce serait un précédent dangereux. Il existe d’autres religions: la religion africaine traditionnelle, le bouddhisme et l’islam. Il faut leur faire une place à toutes, et chacun doit être libre de pratiquer sa propre religion.» (apic/eni/mp)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/la-perspective-de-faire-du-zimbabwe-une-nation-chretienne-provoque-un-debat-houleux/