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APIC – Dossier

Visite du pape Jean Paul II en Inde

De notre envoyée spéciale Caroline Boüan

Inde: 40’000 personnes célèbrent la messe avec le pape Jean Paul II

Le pape rappelle le témoignage de Mère Teresa

New Delhi, 7 novembre 1999 (APIC) Le pape Jean Paul II, lors du troisième jour de sa visite pastorale en Inde, qu’il quittera lundi pour la Géorgie, a célébré dimanche une messe au « Jawarharlar Nehru Stadium » de New Delhi, devant une foule estimée à près de 40’000 fidèles rassemblés dans un stade pouvant en contenir près du double. A la fin de la messe, le pape a rappelé le témoignage de Mère Teresa décédée il y a deux ans et demandé que son engagement en faveur des pauvres parmi les pauvres ne soit jamais oublié.

La cérémonie s’est déroulée juste avant que ne débute le festival de « Diwali », la plus importante fête religieuse de la communauté hindoue, qui rassemble la très grande majorité des Indiens (82%). La célébration de « Diwali » consacre le triomphe de la lumière sur l’obscurité et du bien sur le mal. L’ambiance était à la fête dans la capitale indienne décorée pour ce festival de la lumière hindou, auquel participent également les membres des minorités religieuses chrétiennes et musulmanes. Les chrétiens ne sont qu’une petite minorité dans la capitale indienne, qui compte 13 millions d’habitants.

C’est dans un stade à moitié plein mais enthousiaste que Jean Paul II a célébré la messe de conclusion du Synode pour l’Asie, le matin du 7 novembre 1999, à New Delhi, le troisième jour de son voyage en Inde, contesté par des groupuscules fondamentalistes hindous qui accusent l’Eglise catholique de pratiquer des conversions forcées.

Conçu pour recevoir plus du triple, le « Jawaharlal Nehru Stadium » ne contenait en effet que près de 20’000 fidèles catholiques au moment de l’arrivée du pape. Le contrôle exercé par les forces de sécurité responsables des entrées étant très sévère, beaucoup d’Indiens attendaient encore de pouvoir pénétrer dans le stade alors que la cérémonie était déjà commencée. Ils devaient ensuite remplir une bonne moitié du stade, tandis que les places situées derrière l’autel du pape restaient vides. Si la 89ème visite du pape à l’étranger a suscité l’ire de groupuscules extrémistes hindous, les autorités indiennes ont rapidement calmé le jeu et faire taire la contestation. Mais cette visite, destinée à promulguer l’exhortation post-synodale « Ecclesia in Asia », n’a pas reçu un accueil aussi chaleureux que lors de la visite pastorale de 1986.

Samedi, le président indien Kocheril Raaman Narayanan recevant le pape Jean Paul II, a pourtant déclaré que sa venue à New Delhi coïncidait avec la célébration par les hindous du passage de l’obscurité à la lumière et qu’ils espèrent que le souverain pontife « ajoute un peu de lumière à cette fête ».

Visite à une communauté minoritaire

« Les catholiques sont spécialement minoritaires dans le diocèse de Delhi où ils représentent seulement 45 ou 50’000 fidèles », a fait remarquer le porte-parole du Saint-Siège pendant la célébration, pour expliquer le peu d’affluence. « C’est d’ailleurs en partie pour cela que le pape a choisi de venir à New Delhi », a déclaré Joaquin Navarro-Valls. Venir remettre le document du Synode des évêques sur l’Asie – où les chrétiens sont minoritaires – dans un Etat comme le Kérala, au sud de l’Inde, où la minorité catholique est importante, ou bien aux Philippines – pays majoritairement catholique – aurait été « beaucoup moins significatif ».

Une messe aux couleurs de l’Inde

L’accueil réservé à Jean Paul II a toutefois été chaleureux à son arrivée, tandis que le pape faisait le tour du stade dans sa papamobile et saluait la foule. Quelques minutes auparavant, la procession des prêtres et des évêques avait rejoint l’autel accompagnée de jeunes indiennes vêtues de saris rouges, qui avançaient avec des mouvements de danse le long des allées en portant des cierges. La célébration ayant lieu en effet le jour-même de la fête de la lumière en Inde, « Diwali », la messe était célébrée en l’honneur de « Jésus, lumière du monde ». Un peu plus tard, le caractère indien de la célébration devait de nouveau être mis en valeur par une chorégraphie effectuée par six Indiens en culottes bouffantes de soie rouge, dansant pieds nus devant l’autel, au moment de l’offrande du pain et du vin.

Parmi les évêques présents, les évêques indiens de rite syro-malabar et syro-malankar se remarquaient particulièrement grâce à leurs ornements colorés et brillants. Outre les évêques indiens, les évêques d’Asie déjà présents la veille lors de la remise officielle de l’exhortation apostolique concélébraient la messe avec le pape. Le porte-parole du Saint-Siège a précisé à ce propos qu’aucun évêque n’avait pu venir de Chine, ni même du Laos, du Cambodge, et de Timor-Est.

Hommage à Mère Teresa

La supérieure des religieuses missionnaires de la charité, Sœur Nirmala, était elle aussi présente lors de la cérémonie. Au moment de la prière de l’angélus, à l’issue de la célébration, le pape Jean Paul II a fait spécialement mention de Mère Teresa, à laquelle Sœur Nirmala a succédé. « De cette terre qui conserve la dépouille mortelle de Mère Teresa de Calcutta, j’appelle toute l’Eglise à ne jamais oublier son témoignage d’amour évangélique, spécialement envers les plus pauvres parmi les pauvres », a lancé le pape. « Mère Teresa aimait l’Inde. Elle est avec le peuple indien pour toujours ».

La cérémonie s’est ensuite terminée par une remise officielle par Jean Paul II d’exemplaires de l’exhortation apostolique « Eglise en Asie », à des catholiques des différents pays d’Asie, tant des prêtres que des religieux et des laïcs, représentant l’ensemble de l’Eglise du continent. Les laïcs pour leur part avaient fait l’objet d’une attention spéciale du pape lors de son homélie. « C’est surtout vous qui êtes appelés à transformer la société en répandant la pensée du Christ dans les mentalités, dans les coutumes, dans les lois et dans les structures du monde où vous vivez », leur avait-il déclaré. « Un des principaux défis que vous devrez affronter est de faire que la lumière de l’Evangile rayonne sur la famille et sur la défense de la vie et de la dignité humaine », avait ajouté Jean-Paul II. « L’Eglise compte sur les laïcs de l’Asie, hommes et femmes, pour qu’ils reflètent la lumière du Christ partout où les ténèbres du péché, de la division et de la discrimination altèrent l’image de Dieu ».

Jean Paul II offre en Inde les fruits du Synode pour l’Asie

Arrivé en Inde dans la soirée du 5 novembre, le pape a remis aux évêques dès le lendemain à New Delhi le document qui a motivé sa visite. Il s’agit d’une exhortation apostolique, adressée à l’Eglise d’Asie, où le pape tire les principaux enseignements du Synode des évêques pour l’Asie, tenu à Rome du 19 avril au 14 mai 1998. Samedi, le pape a d’abord rendu visite au président de la République Kocheril Raman Narayanan et a rencontré le Premier ministre Atal Bihari Vajpayee, du parti nationaliste hindou BJP, et le vice-Premier ministre.

Dès avant l’arrivée du pape dans la capitale indienne, d’importantes mesures de sécurité avaient été prises pour éviter des débordements annoncés par certains groupes fondamentalistes hindous. Le porte-parole du Saint-Siège a toutefois tenu des propos rassurants aux journalistes. A ses yeux, une manifestation d’opposition n’est pas encore un « mouvement populaire ». Et d’ajouter: « Ces derniers mois, le nombre des parents hindous demandant d’inscrire leurs enfants dans les 14’000 écoles catholiques de l’Inde a tellement augmenté qu’on ne peut pas tous les accepter », montrant bien que l’intolérance religieuse en Inde est davantage le fait de groupuscules qu’un mouvement de masse.

Protocole respecté

Lors des premières visites officielles, ces tensions ont été évoquées – ces dernières années, la communauté chrétienne a enregistré plus d’une centaine d’attaques et d’agressions, dont certaines mortelles – et surtout le besoin de dialogue entre les cultures et les religions. Les visites au président indien, au Premier ministre et au vice-Premier se sont déroulées selon les règles du protocole indien prévues pour les chefs d’Etat. Jean Paul II a d’abord été accueilli devant le palais présidentiel de New Delhi, le Rashtrapati Bawan, vaste édifice de pierres roses construit vers 1930 sur une colline au milieu de jardins pour être à l’époque la résidence des vice-rois britanniques.

Des cavaliers et des gardes d’honneur vêtus d’uniformes blancs et coiffés de turbans colorés, attendaient le pape sous le soleil, au pied des marches du palais. Salué par quelques coups de canons, le pape est arrivé en voiture pour être accueilli immédiatement par le président indien et sa femme en sari, qui l’ont salué les mains jointes à la manière indienne, tandis qu’étaient exécutés les hymnes du Vatican et de l’Inde. Jean Paul II, lui-même accompagné des évêques et cardinaux de sa suite, semblait plutôt détendu et souriant, même s’il se déplaçait lentement et avec précaution. Saluant plusieurs autorités politiques indiennes présentes, le pape a notamment adressé quelques mots à Sonia Gandhi, dont le mari, Rajiv Gandhi, l’avait reçu à New Delhi en 1986 lorsqu’il était Premier ministre.

En Inde, la liberté religieuse est garantie par la Constitution

Avec le président, Jean Paul II s’est entretenu pendant environ une demi-heure. Evoquant le caractère multiethnique et multireligieux de son pays, le président a assuré qu’il y a en Inde une liberté religieuse garantie par une « Constitution laïque, tant dans la lettre que dans l’esprit ». « Nous croyons en la coexistence possible des religions », a-t-il précisé, tout en saluant le travail réalisé dans les écoles catholiques, dont il a lui-même bénéficié durant son enfance dans l’Etat du Kérala.

Au cours de la rencontre avec le Premier ministre indien, Shri A. B. Vajpayee, celui-ci a insisté sur les efforts de son pays pour combattre la pauvreté et pour stimuler le développement. Le ministre a également redit au pape que la liberté religieuse était réelle en Inde, tout en reconnaissant qu’il existe « quelques groupes intolérants ». Il a également fait part de son intérêt pour le message publié en mai 1998 par les évêques à la suite du Synode pour l’Asie, message qui encourageait les peuples asiatiques au respect réciproque des différentes traditions.

Au mausolée de Gandhi

A l’issue de ces contacts officiels, Jean-Paul II s’est rendu à quelques kilomètres de là au mausolée de Gandhi pour y rendre hommage au « père de la nation », assassiné en 1948. Avant d’entrer dans l’enceinte du Raj Ghat, grand espace vert planté d’arbres au centre duquel se trouve le monument funéraire, le pape s’est déchaussé pour parcourir en simples sandales la cinquantaine de mètres qui le séparaient du monument. Il y a fait déposer une couronne de fleurs sur plaque de marbre située à l’endroit où le corps de Gandhi a été incinéré. Jean Paul II a fait ensuite le tour du mausolée au son d’une musique indienne, avant de jeter selon l’usage quelques pétales de roses sur l’édifice, imité ensuite par les évêques et cardinaux de sa suite. Manquant alors de perdre l’équilibre à cause de ses sandales, c’est en chaussettes que Jean Paul II a regagné le portail d’entrée du mausolée pour y signer un livre d’or. Avant d’y apposer sa signature, le pape y a écrit en anglais cette parole de Gandhi: « Aucune culture ne peut survivre, si elle cherche à être exclusive ». (apic/cip/imed/kna/be)

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